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	<title>Archives des Spiritualité - Martin Hoegger</title>
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	<description>Blog de Martin Hoegger</description>
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	<title>Archives des Spiritualité - Martin Hoegger</title>
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		<title>Jérusalem : une journée de pèlerinage et de prière</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Oct 2026 06:49:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jésus et ses disciples descendant les « escalier de l&#8217;unité ». S. Pierre en Gallicante Lire ici le texte intégral de cette journée Jérusalem, le 20 octobre 2026.&#160;À la veille du congrès de « Vers un concile de Jérusalem II » (TJCII), je consacre une journée à la prière dans les lieux saints de Jérusalem. Je désire [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Jésus et ses disciples descendant les « escalier de l&rsquo;unité ». S. Pierre en Gallicante</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong><em><a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/Jerusalem-sur-les-chemins-de-lunite-une-journee-de-pelerinage-et-de-priere.pdf" data-type="link" data-id="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/Jerusalem-sur-les-chemins-de-lunite-une-journee-de-pelerinage-et-de-priere.pdf">Lire ici le texte intégral de cette journée</a></em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Jérusalem, le 20 octobre 2026</strong></em><strong>.</strong>&nbsp;À la veille du congrès de « Vers un concile de Jérusalem II » (TJCII), je consacre une journée à la prière dans les lieux saints de Jérusalem. Je désire me préparer intérieurement à cette rencontre entre croyants juifs et croyants venus des nations, appelés à redécouvrir leur communion en Jésus le Messie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant ce congrès, je ressens le besoin d’écouter le Seigneur. L’unité est d’abord un don de Dieu à accueillir. Dans chaque lieu, je médite une parole biblique et prie avec intensité pour que l’Esprit nous conduise sur un chemin de réconciliation.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Au cimetière protestant du mont Sion</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En me rendant au Mont Sion depuis de monastère des Clarisse, où réside, je passe devant le «&nbsp;Jerusalem University College&nbsp;», institut d’études bibliques installé dans les anciens bâtiments de l’école fondée en 1853 par Samuel Gobat, évêque anglican d’origine suisse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Invité par quatre dames américaines qui m’avaient demandé de les photographier, je visite ensuite le cimetière protestant voisin, utilisé depuis le XIXe siècle par les anglicans et les protestants allemands. Sur son portail, deux inscriptions, anglaise et allemande, proclament : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur » (Apocalypse 14,13).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je m’arrête devant la tombe de Samuel Gobat (1799-1879), évêque d’origine suisse de l’Église anglicane. Son visage sculpté a été mutilé lors de la profanation de plus de trente tombes, en janvier 2023. Cet acte antichrétien, condamné également par des responsables juifs, m’attriste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je découvre aussi la tombe de Michael Solomon Alexander (1799-1845), premier évêque anglican de Jérusalem, d’origine juive. Ces deux hommes, l’un juif devenu disciple de Jésus, l’autre chrétien issu des nations, reposent dans le même cimetière. Leur voisinage évoque les deux composantes de l’Église que TJCII cherche à rapprocher.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>À la Dormition et au Cénacle</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À la basilique de la Dormition, je participe à l’office de midi des bénédictins allemands. La lecture de 1 Jean 2,2 m’interpelle : le Christ s’est offert pour nos péchés, mais aussi pour ceux du monde entier. J’y vois une évocation de la communion entre l’Église issue d’Israël et celle des nations. Dans la crypte, une mosaïque de la Pentecôte rappelle que l’Esprit rassemble les disciples.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Cénacle, une sculpture d’olivier attire mon regard. Elle évoque Romains 11 : les croyants des nations sont greffés sur l’olivier d’Israël. Paul les avertit : « Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte » (11,18).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les épis de blé et les raisins au pied de l’oliver, ainsi que la vigne et le pélican évoquent le don eucharistique du Christ. Des inscriptions islamiques rappellent également l’histoire musulmane du lieu. Elles me font méditer sur le sang de l’Alliance, « versé pour la multitude » (Marc 14,24). Je prie pour tous les habitants de cette terre, juifs, chrétiens et musulmans.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Au tombeau de David et au Mur occidental</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au tombeau de David situé à côté du Cénacle, je médite en hébreu le Psaume 23 : « Il restaure mon âme ». Je prie pour que Dieu restaure tous ceux qui viennent ici, particulièrement les personnes blessées et fatiguées. Cette promesse me rappelle l’invitation de Jésus : « Venez à moi […] et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Matthieu 11,28-29).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mur occidental, parmi les hommes juifs en prière, j’ouvre un psautier et lit « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » (Psaume 25,14). Ce secret m’évoque le mystère révélé par Paul : la communion entre Juifs et non-Juifs dans le Messie.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Aux «&nbsp;escaliers de l’unité&nbsp;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Près de Saint-Pierre en Gallicante, je retrouve mon lieu préféré de Jérusalem : les anciens escaliers où, selon une tradition, Jésus aurait prié pour l’unité avant sa Passion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je médite Jean 17,20 : Jésus prie pour ses disciples juifs, mais aussi pour ceux qui croiront grâce à leur témoignage, parmi toutes les nations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une aquarelle de ces escaliers, réalisée à ma demande par Beni Gassenbauer il y a une dizaine d’années, occupe une place de choix dans mon salon. Elle me rappelle quotidiennement cet appel : « Que tous soient un »&nbsp;!</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Au Golgotha et au Saint-Sépulcre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">A travers les souks, je me rends ensuite à la Basilique de la Résurrection. Je monte au Golgotha, presque désert, et m’agenouille et médite Éphésiens 2,13-18 : « C’est lui qui est notre paix ». Par sa croix, le Christ réconcilie Juifs et non-Juifs sans effacer leurs différences.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au tombeau du Christ, je pose ma tête sur la pierre et médite le récit d’Emmaüs. Le Ressuscité ouvre les Écritures et embrase le cœur des disciples. Après deux minutes, un moine nous fait sortir ! Mais cette parole demeure : « N’y avait-il pas comme un feu qui brûlait au-dedans de nous ? » (Luc 24,32).</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>« Il est notre paix » : une prophétie gravée dans la pierre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je termine cette journée de pèlerinage devant le&nbsp;<em>Monument pour la paix</em>, réalisé en 1966 par l’artiste israélien Igael Tumarkin, face au mont Sion. Sur une colonne de pierre est gravée, en hébreu et en arabe, la prophétie d’Ésaïe : « De leurs épées, ils forgeront des socs de charrue […] Une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre » (Ésaïe 2,4).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir prié au Cénacle, sur les escaliers de l’unité et au Golgotha, cette parole vient éclairer tout mon pèlerinage. Dans ces lieux, j’ai médité sur le don de la vie de Jésus, lui qui « est notre paix » (Éphésiens 2,14). Par sa croix, il a ouvert un chemin de réconciliation entre Juifs et non-Juifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la veille du sommet de TJCII, je confie au Seigneur cette promesse de paix, priant pour que la communion inaugurée par le Christ devienne visible à Jérusalem et parmi tous les peuples.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Le cœur de Jésus et notre coeur.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 05:52:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La spiritualité du Sacré-Coeur vue par un protestant Image : Le Sacré-coeur selon Rouault (Musée du Hiéron, Paray-le-Monial) Du 9 au 12 octobre 2026, le mouvement «&#160;Artisans de paix&#160;» a organisé à Paray-le-Monial une rencontre interreligieuse consacrée à la spiritualité du cœur. Dans ce lieu où s’est développée, au XVIIe siècle, la spiritualité du Sacré-Cœur, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong><em>La spiritualité du Sacré-Coeur vue par un protestant</em></strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Image : <em>Le Sacré-coeur selon Rouault (Musée du Hiéron, Paray-le-Monial)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Du 9 au 12 octobre 2026, le mouvement «&nbsp;<a href="https://www.artisans-de-paix.org/fr/">Artisans de paix</a>&nbsp;» a organisé à Paray-le-Monial une rencontre interreligieuse consacrée à la spiritualité du cœur. Dans ce lieu où s’est développée, au XVIIe siècle, la spiritualité du Sacré-Cœur, chacun était invité à partager ce que représente le cœur dans sa propre tradition religieuse : catholique, protestante, musulmane ou bouddhiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai été invité à présenter la compréhension du cœur dans la tradition protestante, en puisant à ses sources bibliques et dans la pensée des Réformateurs, Martin Luther et Jean Calvin. J’ai également souhaité partager une expérience personnelle qui a marqué mon chemin spirituel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette rencontre m’a donné l’occasion de poursuivre une réflexion commencée l’année précédente, lors d’une session œcuménique à Paray-le-Monial, où j’avais découvert la spiritualité du Sacré-Cœur. Elle m’a aussi permis de m’interroger sur la manière dont cette spiritualité peut nourrir notre vocation commune à devenir des artisans de paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>A la découverte d’un «&nbsp;puits spirituel&nbsp;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’année dernière, j’ai été invité à donner une conférence sur le chemin œcuménique vers 2033, année du jubilé des 2000 ans de la résurrection du Christ. Je suis engagé depuis dix ans sur ce chemin avec le&nbsp;<a href="https://www.jc2033.world/fr/">mouvement JC2033</a>. Cette conférence avait lieu à Paray-le Monial, lors d’une rencontre œcuménique organisée dans le cadre du réseau «&nbsp;<a href="https://fraternitepentecote.fr/">Fraternité Pentecôte</a>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est à cette occasion que j’ai découvert la spiritualité du Sacré-Cœur, que je connaissais encore très peu. J’étais accompagné d’autres frères et sœurs protestants qui, comme moi, entraient dans cet univers spirituel. Durant cette rencontre, le souvenir de l’évangéliste Carlos Payan, récemment décédé, a souvent été évoqué. Lui-même avait été touché par cette spiritualité et a initié des rencontres œcuméniques en ce lieu.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons, en effet, découvert ce que j’appellerais un « puits » auquel il vaut la peine de venir puiser, également pour des protestants, bien que l’expression « Sacré-Cœur » soit étrangère à notre tradition. Il est bon, en effet, de se laisser rejoindre, interpeller et renouveler par d’autres formes de spiritualité chrétienne. D’autant plus que cette spiritualité est centrée sur le Christ, ce qui rejoint la piété protestante</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rappelons brièvement&nbsp;<a href="https://sacrecoeur-paray.org/decouvrir/le-coeur-de-jesus/">l’origine de cette spiritualité</a>. Au XVIIe siècle, Marguerite-Marie Alacoque, religieuse de la Visitation, reçut plusieurs apparitions du Christ. Jésus lui montra son cœur, un cœur flamboyant, en lui disant : « Voici le cœur qui a tant aimé les hommes. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette parole m’a immédiatement rappelé ce verset de l’Évangile de Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marguerite-Marie fut appelée à répondre à cet amour en se donnant elle-même au Christ. Il me semble que tous les chrétiens peuvent recevoir quelque chose de cette expérience : la vie chrétienne est fondamentalement un dialogue de cœur à cœur avec le Christ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette découverte m’a donné le désir d’approfondir cette spiritualité, d’abord en retournant à ses racines bibliques, puis en l&rsquo;examinant à la lumière de ma tradition protestante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je commencerai donc par un parcours biblique, avant d&rsquo;évoquer la place du cœur chez Martin Luther et Jean Calvin. Je partagerai ensuite un témoignage personnel sur un événement décisif de mon chemin spirituel, lorsque mon cœur s’est embrasé de l’amour de Dieu. Enfin, je reviendrai sur le lien entre la spiritualité du cœur et notre vocation à devenir artisans de paix.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>1. Les racines bibliques de la spiritualité du cœur</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne vais pas faire ici un cours de théologie biblique, mais j’ai tout de même ouvert ma concordance de la TOB et regardé le mot « cœur ». C’est impressionnant : dans la Traduction œcuménique de la Bible, le mot « cœur » apparaît 819 fois. Le cœur est donc un thème majeur de l’Écriture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En français le cœur désigne la vie affective, mais en hébreu son sens est beaucoup plus large. Il est, selon le&nbsp;<em>Vocabulaire de théologie biblique</em>&nbsp;«&nbsp;le centre de l’être, là où l’homme dialogue avec lui-même (Gn 17.17&nbsp;; Dt 7.17), assume ses responsabilités, s’ouvre ou se ferme à Dieu…Le cœur est la source même de sa personnalité consciente, intelligente et libre, le lieu de ses choix décisifs<a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftn1"><sup>[1]</sup></a>.&nbsp;»</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Le cœur de Dieu</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me suis demandé combien de fois la Bible parle du cœur de Dieu lui-même. Étonnamment, les passages sont peu nombreux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;Dans l’Ancien Testament, nous trouvons d’abord cette parole du Psaume 33 : « Les pensées de son cœur subsistent de génération en génération » (Ps 33,11). Les pensées du cœur de Dieu demeurent pour toujours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis vient cette parole bouleversante du prophète Osée : « Mon cœur en moi est bouleversé » (Os 11,8). Dieu exprime ici son émotion devant l’infidélité de son peuple. Son amour est plus fort que sa colère. Il ne peut se résoudre à abandonner ceux qu’il aime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous pourrions également évoquer le Cantique des cantiques, si nous le lisons non seulement comme un poème célébrant l’amour humain, mais aussi comme une image de l’amour entre Dieu et son peuple : « Place-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras ; car l’amour est fort comme la mort » (Ct 8,6).</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Le cœur humain et la promesse d’un cœur nouveau</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sinon, la Bible parle surtout du cœur humain : du cœur qui cherche Dieu, du cœur partagé, du cœur qui s’égare, du cœur qui s’endurcit. Pensons au cœur endurci du Pharaon.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la Bible parle aussi du cœur pur : « Crée en moi un cœur pur. » Elle parle du cœur qui écoute. La prière de Salomon est une des plus belles de toute l’Écriture : « Donne-moi un cœur qui écoute. » (1 R3.9) Lorsque Dieu lui dit : « Demande ce que tu veux et je te le donnerai », Salomon ne demande ni richesse ni puissance, mais un cœur attentif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis il y a cette immense promesse biblique : celle du cœur nouveau. Déjà Moïse annonçait qu’un jour Dieu circoncira le cœur de son peuple afin qu’il puisse marcher selon sa volonté, de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force. (Dt 30.6) Les prophètes reprendront cette promesse : « J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. » (Ez 36.26) Le cœur nouveau est l’œuvre de Dieu qui transforme notre être intérieur afin de nous rendre capables de l’aimer et d’aimer notre prochain.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>2. « Je suis doux et humble de cœur »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Venons-en maintenant à cette parole de Jésus dans l’Évangile de Matthieu : « Venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez sur vous mon joug… car je suis doux et humble de cœur. » (11.28)</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le seul passage du Nouveau Testament où Jésus parle explicitement de son propre cœur. Il est Dieu venu parmi nous avec un cœur humain. Voilà une réalité d’une grande profondeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la tradition biblique, le joug désigne notamment la Loi de Dieu, la Torah, cette Parole donnée au peuple pour qu’il vive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque Jésus dit : « Prenez sur vous mon joug », il ne propose pas une autre loi. Il n’est pas venu abolir la Torah, mais l’accomplir. Il la vit pleinement, de l’intérieur, dans l’amour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jésus réalise parfaitement ce qu’exprime le psalmiste : « Combien j’aime ta Loi ! » (Ps 119,97). Toute sa vie est orientée vers la volonté du Père.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jésus promet également le repos : « Je vous donnerai du repos. » Pourquoi peut-il donner ce repos ? Parce qu’il vit pleinement dans l’obéissance à Dieu. Lorsque nous vivons la Parole de Dieu, nous recevons la paix : la paix du cœur, mais aussi la paix entre nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque Jésus dit : « Je suis doux et humble de cœur », il révèle en réalité la Nouvelle Alliance. Le cœur doux et humble, c’est le cœur circoncis annoncé par Moïse. C’est le cœur nouveau annoncé par les prophètes. C’est le cœur capable d’écouter, le cœur devenu réceptif à Dieu. La Loi n’est plus extérieure à nous : elle est écrite sur le cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jésus vit cette réalité parfaitement et il nous communique son Esprit afin que nous puissions, nous aussi, entrer dans cette obéissance intérieure. Pensons aux disciples d’Emmaüs : « Notre cœur ne brûlait-il pas au dedans de nous ? » (Luc 24.32)&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur du disciple est appelé à devenir un cœur embrasé par la Parole de Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, cette expression « doux et humble de cœur » nous conduit au centre de l’Évangile : la Nouvelle Alliance et la transformation intérieure opérée par l’Esprit Saint.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais nous avançons toujours humblement, à genoux en quelque sorte, car nous avons constamment besoin du pardon de Dieu et de la force de son Esprit pour marcher à la suite du Christ.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>3. Le cœur nouveau chez Luther et Calvin&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’aimerais maintenant me tourner vers deux grandes figures de la Réforme : Martin Luther et Jean Calvin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle place accordent-ils au cœur dans leur compréhension de la foi chrétienne ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un élément m’a particulièrement frappé : tous deux ont choisi un cœur comme symbole de leur foi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2017, à l’occasion des 500 ans de la Réforme, un groupe œcuménique allemand avait retenu cette parole du prophète Ézéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau » (Ez 36,26).</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai beaucoup aimé ce choix, car il rappelle que la véritable réforme de l’Église commence par le renouvellement de nos cœurs.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>La rose de Martin Luther</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/luther-rose-1-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-9580" srcset="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/luther-rose-1-1024x1024.jpg 1024w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/luther-rose-1-300x300.jpg 300w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/luther-rose-1-150x150.jpg 150w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/luther-rose-1-768x768.jpg 768w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/luther-rose-1.jpg 1300w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le symbole choisi par Martin Luther pour résumer sa foi représente un cœur au milieu d’une rose. Au centre de ce cœur se trouve une croix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette image, devenue l’emblème des Églises luthériennes, exprime de manière très parlante la nouveauté de l’Évangile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Luther écrit : « Le cœur est placé au milieu d’une rose blanche qui indique que la foi donne la consolation, la joie et la paix<a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftn2"><sup>[2]</sup></a>. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque notre cœur croit au Christ, l’Esprit Saint fait fleurir notre vie comme une rose!</p>



<p class="wp-block-paragraph">La foi nous fait vivre cette « transplantation cardiaque spirituelle » annoncée par Ézéchiel : « Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36,26).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Luther, le salut signifie la venue de l’Esprit saint dans notre cœur qui nous assure que nous sommes aimés et accueillis par Dieu, pardonnés et libérés, renouvelés pour vivre et aimer comme Jésus a aimé.&nbsp;</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Jean Calvin et le cœur du Christ doux et humble&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son commentaire de Matthieu 11,29, Jean Calvin ne développe pas une symbolique particulière du cœur. Pas de mystique du «&nbsp;Sacré-cœur&nbsp;» chez lui&nbsp;! Ce qui lui importe avant tout, c’est que le croyant apprenne à se revêtir de la douceur et de l’humilité du Christ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le joug de Jésus devient « aisé » lorsque le disciple, à son exemple, apprend à vivre dans ces dispositions intérieures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Calvin écrit :</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Puisque Jésus-Christ, ayant exhorté ses disciples à porter son joug afin que la difficulté ne leur fasse pas peur, ajoute aussitôt après :&nbsp;« Apprenez de moi », signifiant que ce joug ne nous sera pas pénible lorsque, à son exemple, nous serons accoutumés et conduits à la douceur et à l’humilité<a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftn3"><sup>[3]</sup></a>.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Calvin souligne également que, durant toute sa vie terrestre, Jésus s’est offert de tout cœur à Dieu. Selon la lettre aux Hébreux, il est venu pour accomplir sa volonté (He 10,5-10).</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Loi de Dieu est inscrite dans son cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, cette fidélité n’a pas épargné au Christ de grands combats. Dans son humanité, il a assumé notre faiblesse et traversé l’angoisse et la souffrance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est particulièrement sur la croix que son amour s’est manifesté dans toute sa profondeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Calvin écrit dans l’Institution de la Religion chrétienne :</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Le témoignage de l’amour incomparable qu’il nous portait a été encore plus grand lorsqu’il a soutenu les assauts horribles des tourments de la mort. Pourtant, dans son angoisse, il n’a pas pensé à lui afin d’assurer notre bien » (II,16,5).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cet amour ne s’arrête pas à la croix. Dans sa gloire, le Christ ressuscité intercède continuellement pour nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Calvin affirme que Jésus tourne le regard du Père vers son cœur saint et juste plutôt que vers notre misère&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Jésus fixe les yeux du Père sur sa justice et les détourne de nos péchés, nous réconciliant si fortement avec son cœur qu’il nous donne accès, par son intercession, à son trône » (II,16,16).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette orientation du regard divin vers le Christ libère le croyant de l’angoisse du jugement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme l’écrit le théologien réformé Paul Wells : « Pour Calvin, l’union avec Christ est le cœur de l’Évangile…&nbsp;En Christ, nous trouvons la fontaine de vie, le médiateur à qui nous sommes unis dans sa mort et sa résurrection, d’où jaillit la vie nouvelle. L’Esprit scelle la parole de vérité dans nos cœurs, rend témoignage de Christ et est le principe permanent de la communion avec Christ<a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftn4"><sup>[4]</sup></a>.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment vient à nous l’Esprit saint&nbsp;? Avec tout le mouvement de la Réforme, Calvin répond que c’est par la Parole de Dieu et par les sacrements reçus par la foi. La Parole doit être non seulement écoutée et mais aussi vécue dans un amour qui se met au service et rencontre le Christ dans les frères et sœurs (Mat 25.40) et dans la vie fraternelle (Mat 18.21).&nbsp;</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>La transformation du cœur par la grâce</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans&nbsp;<em>l’Institution de la religion chrétienne</em>, Calvin cite souvent les prophéties de Jérémie et d’Ezéchiel annonçant que Dieu donnera «&nbsp;un cœur nouveau&nbsp;», «&nbsp;un cœur de chair&nbsp;» (Ez 36.36&nbsp;; 11.19&nbsp;; Jér 32.40).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il souligne aussi la nécessité de la «&nbsp;circoncision du cœur&nbsp;»&nbsp;: «&nbsp;Moïse, à plusieurs reprises, a enseigné au peuple que la vraie conversion doit être faite de tout son cœur, de toute son âme et, en parlant de la circoncision du cœur, il évoque les profondeurs de l’être.&nbsp;» (III,3,6)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Calvin insiste fortement sur l’incapacité de l’être humain à se renouveler par ses seules forces. Tant que notre cœur n’est pas transformé par l’Esprit de Dieu, nous ne pouvons véritablement accomplir le bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il écrit :</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Il est impossible de rien tirer de bien de notre cœur à moins qu’il ne soit transformé. [&#8230;] Le Seigneur commence en nous son œuvre en suscitant en nos cœurs l’amour, le désir et la recherche du bien et de la justice, ou plus exactement, en inclinant, formant et conduisant nos cœurs à la justice » (II,3,6).</p>



<p class="wp-block-paragraph">En s’appuyant sur Ézéchiel, Calvin affirme que Dieu seul peut renouveler notre cœur. Dans sa polémique contre le libre-arbitre, il refuse de surestimer les capacités humaines et de minimiser la grâce divine. (II,5,8)&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Tout ce qui est en nous doit être changé complètement pour que nous soyons incités au bien et que tout ce qui est mis à la place procède de la grâce de Dieu&nbsp;» (II,3,8)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la ligne de saint Augustin, Calvin rappelle que «&nbsp;la grâce de Dieu est nécessaire pour accomplir ce que Dieu commande et qu’elle nous est promise pour cela&nbsp;» (II,4,9) «&nbsp;Comme le dit Augustin, ce que Dieu promet, nous ne le faisons pas naturellement, ni par notre libre arbitre,&nbsp;; c’est lui qui le fait par sa grâce.&nbsp;» (II.4.8)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le renouvellement du cœur est donc, pour Calvin comme pour Luther, une œuvre de l’Esprit Saint.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>« Je t’offre mon cœur, Seigneur »</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/Coeur-Calvin-2-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-9582" srcset="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/Coeur-Calvin-2-1024x1024.jpeg 1024w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/Coeur-Calvin-2-300x300.jpeg 300w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/Coeur-Calvin-2-150x150.jpeg 150w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/Coeur-Calvin-2-768x768.jpeg 768w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/Coeur-Calvin-2-1536x1536.jpeg 1536w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/Coeur-Calvin-2.jpeg 1920w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Comme Luther, Jean Calvin a choisi le cœur comme emblème personnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son symbole représente une main offrant un cœur à Dieu, accompagné de cette devise : « Je t’offre mon cœur, Seigneur, promptement et sincèrement.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette image exprime la réponse du croyant à l’amour de Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Calvin offre son cœur à la suite de Jésus, qui s’est lui-même offert entièrement à son Père. À son exemple, la vocation du chrétien est de consacrer sa vie à Dieu (III,6,5).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dieu veut en effet la consécration de notre cœur&nbsp;: «&nbsp;Notre Seigneur nous commande d’avoir une étonnante consécration du cœur, qui ne doit être perturbé par la moindre convoitise. Il réclame un cœur remarquablement bien disposé qu’il ne veut pas voir, le moins du monde, enclin à contrevenir à la Loi de l’amour du prochain.&nbsp;» (II,7,49).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon Calvin, l’essentiel de la vie chrétienne est d’acquérir la simplicité du cœur, un coeur exempt de toute tromperie. La vraie simplicité ne s’acquiert pas d’un coup, mais dans un long voyage, où nous trébuchons et où nous devons persévérer&nbsp;jour après jour. (III,6,5)</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Offrir son cœur&nbsp;» à quelqu’un est une déclaration d’amour. Pour Calvin, la foi est un amour exclusif pour Dieu.&nbsp;Les mots « promptement et sincèrement » expriment cette disponibilité intérieure : répondre à Dieu sans remettre à plus tard, avec un cœur entier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette disposition apparaît de manière particulièrement frappante dans une lettre adressée à Guillaume Farel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir été chassé de Genève, Calvin exerçait son ministère à Strasbourg. Lorsque Farel le pressa de revenir à Genève, il éprouva une grande résistance intérieure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il écrivit alors :</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Si j’avais le choix, je préférerais faire n’importe quoi plutôt que de t’obéir, mais comme je me rappelais que je ne m’appartiens pas, j’offre mon cœur en sacrifice, offert au Seigneur. [&#8230;] Je soumets donc mon cœur, lié et enchaîné, en obéissance à Dieu ; et en quittant mon propre jugement, je me mets à disposition de ceux dont j’espère que c’est Dieu même qui parle à travers eux<a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftn5"><sup>[5]</sup></a>. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce témoignage révèle combien l’offrande du cœur engage concrètement notre liberté et notre volonté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne suffit pas de parler de l’amour de Dieu. Encore faut-il lui permettre de transformer nos décisions et notre manière de vivre.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>4. Un cœur brûlant : témoignage personnel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Arrivé à ce point de ma conférence, permettez-moi d’évoquer un événement qui a été déterminant dans mon propre chemin spirituel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je le fais avec d’autant plus de confiance que la démarche des Artisans de paix souhaite offrir un espace au partage des expériences de l’Esprit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En octobre 1975, j’ai participé à la rentrée de la Faculté de théologie Jean Calvin, à Aix-en-Provence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’y suis arrivé athée et j’en suis reparti croyant, transformé par la puissance de la Parole de Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que j’écoutais une conférence de l’historien Pierre Chaunu, une parole de l’Évangile a transpercé mon cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je dis bien « transpercé », car j’en ai éprouvé une vive douleur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce soir-là, pour la première fois de ma vie, je me suis mis à genoux et j’ai prié du fond du cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un seul mot est sorti de ma bouche : « Pardon ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cette époque, j’étais en conflit avec plusieurs personnes. La Parole de Dieu m’avait fait comprendre qu’en blessant ces personnes, c’était aussi Dieu que j’avais blessé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lendemain, alors que je rentrais en train à Lausanne, un feu s’est allumé dans mon cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En une fraction de seconde, j’ai su que Dieu est amour et qu’il demeurait en moi. Ce feu, qui s’est allumé ce jour-là, ne s’est jamais éteint.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai ouvert ma Bible et suis tombé sur cette parole de la première lettre de Jean :</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Dieu est amour. Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4,16).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette parole disait exactement ce que j’éprouvais dans mon cœur brûlant. Pour moi, ce feu ne pouvait venir que de Dieu !</p>



<p class="wp-block-paragraph">De retour chez moi, j’ai été conduit à redire ce petit mot, « pardon », aux personnes que j’avais blessées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que j’étais jusque-là très peu fraternel, j’ai compris que la fraternité commence par un premier pas vers l’autre, accompagné de ce mot parfois si difficile à prononcer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce fut pour moi une sorte de « chemin de Damas », ou une&nbsp;<em>conversio subita</em>, selon l’expression de Jean Calvin, dans les deux sens possibles du terme latin : une conversion à la fois « subite » et « subie » !</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de ce moment, j’ai consacré ma vie à la Parole de Dieu, avec le désir de l’étudier, de la comprendre et de la servir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai commencé par passer une année académique à Aix-en-Provence, puis j’ai poursuivi mes études à Lausanne, où j’ai finalement été consacré au ministère pastoral.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En repensant aujourd’hui à cette expérience, je vois combien elle rejoint ce que nous avons découvert dans les Écritures et chez les Réformateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dieu touche notre cœur par sa Parole, nous révèle son amour et nous appelle à répondre en lui offrant notre vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette expérience intérieure ne peut rester enfermée en nous-mêmes. Elle nous conduit vers les autres, en particulier vers ceux avec lesquels nous avons besoin de nous réconcilier.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>5. Les perles du cœur : apprendre à écouter</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/image.jpeg" alt="" class="wp-image-9571" style="width:542px;height:auto" srcset="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/image.jpeg 1024w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/image-300x300.jpeg 300w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/image-150x150.jpeg 150w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/10/image-768x768.jpeg 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La spiritualité du Sacré-Cœur rejoint également une démarche de prière que j’ai développée à travers un petit bracelet composé de douze perles, que j’ai appelé «&nbsp;<a href="https://www.hoegger.org/article/jeuner-et-prier-avec-le-coeur-et-des-perles/">les Perles du cœur</a>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’idée m’en est venue sur une île grecque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces perles ont différentes couleurs : les blanches évoquent la confiance, les rouges les blessures, les jaunes la lumière, les bleues le chemin et les perles de l’écoute, en forme de grains de riz. En touchant ces perles, je dis ma confiance à Dieu, je lui présente mes blessures, j’invoque sa lumière et lui demande de me conduire sur un juste chemin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au centre se trouve la « perle du cœur », entourée de « perles de l’écoute ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elles me rappellent cette prière de Salomon : « Donne-moi un cœur qui écoute. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jésus nous invite à prier dans le secret, dans notre chambre intérieure, c’est-à-dire dans notre cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La perle du cœur me rappelle constamment cette invitation. Je la touche souvent au cours de la journée et m’endors en la caressant et en demandant intérieurement à Dieu de garder mon cœur et de me donner sa paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce geste très simple m’aide à revenir à l’essentiel : demeurer en présence de Dieu et rester attentif à sa Parole.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En la touchant je fais mémoire aussi de mon expérience d’embrasement du cœur quand j’avais 20 ans.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà pourquoi il me semble précieux, en tant que protestant, de puiser dans ce «&nbsp;puits spirituel&nbsp;» qu’est la spiritualité du Sacré-Cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’essentiel n’est peut-être pas tant le terme lui-même que la réalité qu’il désigne : le cœur du Christ, qui a tant aimé les hommes, et ce dialogue de cœur à cœur avec Dieu et avec nos prochains auquel il nous appelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>6. Du cœur pacifié à l’artisan de paix</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette béatitude nous ramène à la vocation qui rassemble les Artisans de paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La spiritualité du Sacré-Cœur nous rappelle que la paix que nous désirons pour le monde doit aussi prendre naissance au plus profond de nous-mêmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme nous y invitent les Écritures, nous avons à «&nbsp;garder notre cœur plus que tout, car c’est de lui que jaillissent les sources de la vie&nbsp;» (Pr 4.23).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Garder notre cœur ne va pas de soi, mais nécessite une vigilance de chaque instant. Notre cœur est cette vigne à émonder, comme le dit Jésus (Jean 15).&nbsp;&nbsp;Chaque émondage produit une nouvelle vie dans la plante, de même chaque renoncement fait par amour, provoque un jaillissement de vie.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La paix ne se limite pas aux décisions politiques : elle se construit aussi dans la conscience et peut rompre le cycle de la violence. Elle grandit lorsque nous nous tournons vers Dieu et accueillons sa réconciliation, en faisant ce nettoyage de tout ce qui doit être enlevé de notre cœur.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela nécessite de donner une place centrale à la prière. Face à la violence, le chrétien est appelé non seulement à s’opposer au mal, mais aussi à prier pour la transformation de ceux qui le commettent.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’enseignement de Jésus — « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5,44) — devient ainsi le principe fondamental d’une révolution pacifique. La prière pour les auteurs de violence exprime la conviction qu’aucun cœur n’est inaccessible à l’action de Dieu.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un cœur ainsi pacifié devient capable d’aimer et d’agir avec compassion. Être artisan de paix, c’est reconnaître la dignité singulière de chaque personne et contribuer, par nos actes, à l’unité et à la fraternité humaines.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Une prière </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je voudrais terminer par cette prière que j’ai écrite après une lectio divina sur les Paroles de Jésus&nbsp;:&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Je suis doux et humble de cœur (Matthieu 11.28)</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Abba Père, nous venons à toi</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Et te demandons de verser en nous ton Esprit,</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Comme tu l’as fait en Jésus,</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Lui qui avait un cœur doux et humble,</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Habité par l’Esprit saint.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Répands en nous le même Esprit</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Pour que nous vivions comme lui</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Dans la confiance et la justice.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">A sa suite, nous accomplirons ta loi</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">En t’aimant de tout notre cœur</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Et notre prochain comme nous-mêmes.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Nous trouverons alors le repos de nos âmes</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Et vivrons dans la joie tous les jours.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftnref1"><sup>[1]</sup></a>&nbsp;Paris, Cerf, 1977, p. 176.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftnref2"><sup>[2]</sup></a>&nbsp;Voici ce qu’il en dit, dans sa lettre envoyée à Lazare Spengler le 8 juillet 1530 :</p>



<p class="wp-block-paragraph">« D’abord, il y a une croix noire avec un coeur au milieu. Cette croix doit me rappeler que la foi au Crucifié nous sauve ! Qui croit en lui de toute son âme est justifié. Cette croix est noire pour indiquer la mortification, la douleur par laquelle le chrétien doit passer. Le coeur néanmoins conserve sa couleur naturelle : car la croix n’altère pas la nature, elle ne tue pas, elle vivifie. Le juste vivra par la foi, c’est-à-dire par la foi au Crucifié.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le coeur est placé au milieu d’une rose blanche qui indique que la foi donne la consolation, la joie et la paix. La rose est blanche et non rouge, parce que ce n’est pas la joie et la paix du monde mais celle des esprits ; le blanc est la couleur des esprits et des anges.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La rose est dans un champ d’azur, pour montrer que cette joie dans l’esprit et dans la foi est un commencement de la joie céleste qui nous attend ; celle-ci y est déjà comprise, elle existe déjà en espoir, mais le moment de la consommation n’est pas encore venu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce champ, vous y voyez aussi un cercle d’or. Il indique que la félicité dans le ciel durera éternellement et qu’elle est supérieure à toute autre joie, à tout autre bien, comme l’or est le plus précieux des métaux ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftnref3"><sup>[3]</sup></a>&nbsp;<em>Commentaires de Jehan Calvin sur la concordance ou harmonie composée de trois évangélistes, ascavoir S. Matthieu, S. Marc, et S. Luc,</em>&nbsp;Genève, 1561, p. 231.</p>



<h1 class="wp-block-heading" style="font-size:clamp(0.875rem, 0.875rem + ((1vw - 0.2rem) * 0.773), 1.3rem);"><a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftnref4"><sup>[4]</sup></a>&nbsp;Paul Wells, «&nbsp;L’union avec le Christ – Au cœur de la doctrine chrétienne selon Jean Calvin.&nbsp;»&nbsp;<em>Revue Réformée,</em>&nbsp;<a href="https://larevuereformee.net/articlerr/n257">&nbsp;2011/1 – Janvier 2011&nbsp;</a></h1>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="applewebdata://8BD8DFAF-4134-4D3B-8C42-D3F8C1CDE6EF#_ftnref5"><sup>[5]</sup></a>&nbsp;<em>CR</em>&nbsp;11,100</p>
<p>L’article <a href="https://www.hoegger.org/article/le-coeur-de-jesus/">Le cœur de Jésus et notre coeur.</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.hoegger.org">Martin Hoegger</a>.</p>
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		<title>La liturgie, source d&#8217;espérance, sept chemins ouverts par la rencontre de Synaxe</title>
		<link>https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jul 2026 09:33:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le groupe Synaxe, lors de sa visite au Parlement européen, Strasbourg. La 40e rencontre internationale de Synaxe, réunie à Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, en juillet 2026, m’a permis de vivre une semaine particulièrement riche autour du thème « La liturgie, source d’espérance ». Avec une quarantaine de moines, de moniales et d&#8217;amis issus des traditions orthodoxe, [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/">La liturgie, source d&rsquo;espérance, sept chemins ouverts par la rencontre de Synaxe</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.hoegger.org">Martin Hoegger</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Le groupe Synaxe, lors de sa visite au Parlement européen, Strasbourg.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La 40e rencontre internationale de Synaxe, réunie à Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, en juillet 2026, m’a permis de vivre une semaine particulièrement riche autour du thème « La liturgie, source d’espérance ». Avec une quarantaine de moines, de moniales et d&rsquo;amis issus des traditions orthodoxe, catholique et protestante, j’ai découvert différentes manières de célébrer, de prier et de comprendre la liturgie. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les six premières parties, je présente les principales étapes et contributions de cette rencontre. Chaque sous-titre renvoie à un article. Dans la septième, je propose une réflexion plus personnelle : à la lumière de la lettre aux Hébreux, la liturgie m’apparaît comme une « ancre de l’âme » qui nous fixe dans le Christ et nous engage sur la « voie infiniment supérieure » de l’amour. </p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.hoegger.org/article/synaxe-introduction/">Une rencontre placée sous le signe de l’espérance</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le père Philadelphos, nouveau président (orthodoxe) de Synaxe, a ouvert la rencontre en rappelant que la liturgie transforme le regard sur Dieu, le prochain et la création. Le métropolite du Bénélux Athénagoras a transmis le message du patriarche Bartholomée, présentant la divine liturgie comme une anticipation du Royaume de Dieu. Anne Burghardt, secrétaire générale de la Fédération luthérienne mondiale, a souligné que le culte façonne le peuple chrétien et l’envoie pour pratiquer la justice. Accueillis au Centre évangélique du Refuge par François Dardenne, les participants ont ainsi commencé une semaine de prière, d’écoute et de découverte mutuelle.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.hoegger.org/article/la-liturgie-orthodoxe-une-source-desperance-et-de-communion/">La liturgie orthodoxe, entrée dans le Royaume</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le père Amphilochios, moine de l’Église orthodoxe grecque, a présenté l’Eucharistie comme le lieu où se manifeste la nature de l’Église, communion rassemblée autour du Christ ressuscité. La théologienne française Sandrine Caneri a rappelé l’enracinement de la liturgie orthodoxe dans la prière d’Israël, tandis que le professeur Christos Filiotis en a développé les dimensions communautaire, trinitaire et cosmique. La divine liturgie présidée par le métropolite Athénagoras a donné à vivre ces enseignements. Par la prière, l’assemblée entre symboliquement dans le Royaume, avant d’être renvoyée dans le monde pour y servir la réconciliation et la création.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.hoegger.org/article/leucharistie-au-coeur/">L’Eucharistie au cœur du chemin vers l’unité</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dialogue sur l’Eucharistie a révélé la souffrance provoquée par les divisions chrétiennes. Irina Brandt, orthodoxe roumaine mariée à un pasteur protestant suisse, a exprimé la contradiction vécue par les foyers mixtes, unis dans le mariage mais séparés à la table eucharistique. Christos Filiotis a reconnu que ces expériences poussent les Églises à avancer, sans dissocier communion eucharistique et communion ecclésiale. Co-président du dialogue entre l’Église orthodoxe et la communion anglicane, Athénagoras a appelé à poursuivre patiemment le dialogue. Sœur Bénédicte, diaconesse de Reuilly, a proposé le chemin d’Emmaüs comme pédagogie de l’unité : marcher ensemble, écouter les Écritures et laisser le Christ ouvrir les cœurs avant la fraction du pain.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.hoegger.org/article/sources-juives-de-lesperance/">Aux sources juives de la liturgie</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À Strasbourg, la pasteure Florence Taubmann, présidente d’honneur des Amitiés judéo-chrétiennes de France, a retracé l’histoire du judaïsme alsacien, marquée par les persécutions, la Shoah et la renaissance des communautés. À la synagogue de la Paix, Janine Elkouby, présidente des Amitiés judéo-chrétiennes de Strasbourg, a présenté la Torah et le Shabbat comme des lieux de transmission, de liberté et de sanctification du temps. La visite de la statue médiévale de la Synagogue aux yeux bandés, à la cathédrale, a invité les chrétiens à reconnaître les aveuglements de leur propre histoire, en particulier envers les juifs. À la chapelle des diaconesses, la&nbsp;<em>menorah&nbsp;</em>allumée chaque Shabbat a offert une autre image : celle d’une fraternité qui ouvre les yeux et choisit la rencontre.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-catholique/">La liturgie catholique, mémoire et attente</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au monastère bénédictin de Rosheim, la messe dominicale et la rencontre avec les sœurs ont montré comment la liturgie façonne une vie d’écoute et d’hospitalité. Le père Maurizio Bevilacqua, directeur de l’Institut de la vie consacrée de Rome, a invité à accueillir le joug du Christ doux et humble. Jacqueline Cuche a ensuite présenté la liturgie catholique comme enracinée dans la prière d’Israël et tendue vers l’accomplissement du Royaume. L’écoute de la Parole de Dieu, l’Eucharistie et l’intercession unissent mémoire, présence et attente.&nbsp;</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.hoegger.org/article/culte-protestant/">Le culte protestant, un espace de rencontre</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La pasteure Isabelle Gerber a&nbsp;montré que la liturgie protestante ne se réduit ni à une succession de paroles ni à une simple organisation du culte. Elle constitue un héritage vivant, un espace de rencontre avec Dieu, une école de prière et un lieu où se construit l’espérance chrétienne.&nbsp;L’expérience de la clinique Rhéna, présentée par Sœur Claudine, diaconesse de Strasbourg et la pasteure Régine Kakouridis, a illustré une coopération avec les communautés catholique et juive attentive à l’accompagnement des personnes et offrant un lieu de culte interreligieux. L’histoire de Sainte-Marie-aux-Mines relatée par le pasteur&nbsp;Jean-Philippe Lepelletier a rappelé sa diversité confessionnelle unique en Europe. Enfin, lors du culte protestant, Florence Taubmann a présenté la liturgie comme un service : prier aussi pour ceux qui ne peuvent plus prier.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-ancre/">La liturgie, ancre de l’âme</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au terme de cette rencontre, une image de la lettre aux Hébreux s’est formée en moi : comme l&rsquo;espérance, la liturgie est « une ancre de l’âme »,  qui fixe notre existence dans le Christ ressuscité. La liturgie ne supprime ni les tempêtes ni les divisions, mais elle rattache continuellement notre existence, et celle de l’Église, au Christ ressuscité. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Orthodoxes, catholiques et protestants célèbrent différemment, mais tous sont tournés vers le même Royaume. La troisième <em>Lectio divina </em>animée par Irina Brandt sur 1 Corinthiens 13 m’a rappelé le critère essentiel : sans l’amour, la liturgie est vide de sens. Célébrer nous engage à aimer, servir, pardonner et rechercher l’unité sur cette « voie infiniment supérieure ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Martin Hoegger&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/">La liturgie, source d&rsquo;espérance, sept chemins ouverts par la rencontre de Synaxe</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.hoegger.org">Martin Hoegger</a>.</p>
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		<title>La liturgie, ancre de l’âme</title>
		<link>https://www.hoegger.org/article/liturgie-ancre/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jul 2026 06:31:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À la suite de la riche rencontre de Synaxe, qui s’est tenue à Sainte-Marie-aux-Mines du 1er au 7 juillet 2026 sur le thème « La liturgie, source d’espérance », je voudrais apporter une réflexion personnelle sur le sens de la liturgie à partir d’un passage de la lettre aux Hébreux. Après avoir écouté des représentants [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">À la suite de la riche <a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/">rencontre de Synaxe, </a>qui s’est tenue à Sainte-Marie-aux-Mines du 1er au 7 juillet 2026 sur le thème « La liturgie, source d’espérance », je voudrais apporter une réflexion personnelle sur le sens de la liturgie à partir d’un passage de la lettre aux Hébreux. Après avoir écouté des représentants de diverses traditions chrétiennes, participé à leurs célébrations et partagé leurs expériences, une image biblique s’est formée moi : celle de l’espérance comme « ancre de l’âme ». Elle peut aussi être appliquée à la liturgie.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Porter l’espérance à son accomplissement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La lettre aux Hébreux présente l’espérance non comme un simple sentiment d’optimisme, mais comme une réalité fondée sur l’œuvre de Dieu : « Notre désir est que chacun de vous montre la même ardeur à porter l’espérance à son épanouissement jusqu’à la fin » (He 6,11). L’espérance est appelée à croître, à mûrir et à orienter toute l’existence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liturgie participe à cette croissance. À chaque célébration, elle replace les croyants dans l’histoire du salut et les invite à regarder au-delà des préoccupations immédiates. Les Écritures proclamées, les psaumes, les prières, les gestes et l’eucharistie orientent l’Église vers le Royaume qui vient. La liturgie apprend ainsi à vivre dans l’attente confiante de l’accomplissement des promesses de Dieu.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>« Saisir l’espérance proposée »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’auteur de la lettre aux Hébreux invite les croyants à « saisir l’espérance proposée » (He 6,18). Cette espérance est un don offert qu’il faut accueillir. La liturgie est précisément l’un des lieux où ce don est continuellement proposé au peuple de Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque eucharistie unit mémoire, présence et avenir. Nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, nous accueillons sa présence au milieu de nous et nous attendons son retour dans la gloire. Durant la rencontre de Synaxe, le père José Maria Hernandez rappelait avec justesse que l’eucharistie ne peut être comprise uniquement comme la célébration de la présence du Christ : elle demeure aussi une attente de son accomplissement eschatologique. Toute liturgie est tendue vers la venue définitive du Seigneur.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>L’ancre qui pénètre au-delà du voile</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’image la plus forte de ce passage est celle de l’ancre : « Elle est pour nous comme une ancre de l’âme, bien fermement fixée, qui pénètre au-delà du voile » (He 6,19).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette image est paradoxale. Une ancre descend normalement vers le fond de la mer ; ici, elle s’élève vers le sanctuaire céleste. Elle est fixée là où le Christ est entré comme « précurseur » (He 6,20). Notre espérance ne repose donc pas sur nos propres forces, mais sur le Christ glorifié qui nous précède auprès du Père.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liturgie rend cette réalité présente. Elle nous unit à la liturgie céleste où le Christ exerce éternellement son sacerdoce. Lorsque l’Église chante le Sanctus avec les anges, elle manifeste que son véritable point d’ancrage est déjà dans le Royaume. Le père Christos Filiotis l’a souligné en présentant la divine liturgie comme une montée vers le Royaume. Les croyants ne viennent pas seulement écouter un enseignement : ils sont introduits dans la communion trinitaire et associés à la louange du ciel.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Une stabilité au cœur des tempêtes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ancre ne supprime pas les vagues, mais elle empêche le navire de dériver. De même, la liturgie ne fait pas disparaître les épreuves, les divisions ou les inquiétudes, mais elle rattache continuellement notre vie au Christ ressuscité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette intuition rejoignait les interventions entendues durant la rencontre. Sandrine Caneri présentait l’espérance comme un choix enraciné dans l’humilité de Dieu. Florence Taubmann rappelait, quant à elle, que la liturgie engage toute la personne. Par les gestes, le chant, le silence, les symboles et la beauté, elle fait expérimenter l’espérance avant même que celle-ci ne soit formulée en concepts.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Une ancre dans la communion trinitaire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La liturgie est enfin une ancre parce qu’elle nous introduit dans la vie même de Dieu. Toute célébration est adressée au Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint. En s’unissant à la prière du Christ, l’Église participe déjà à la communion de la Trinité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est aussi, me semble-t-il, l’un des fondements de la vocation œcuménique de Synaxe. Malgré la diversité de leurs traditions liturgiques, tous les chrétiens sont tournés vers le même sanctuaire céleste, où le Christ est entré pour nous. Avant même que l’unité visible soit pleinement réalisée, ils partagent déjà la même espérance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liturgie apparaît ainsi comme une véritable « ancre de l’âme ». Elle fixe notre existence dans le Christ ressuscité, nous fait participer dès maintenant à la liturgie du ciel et nous permet de vivre, au cœur des incertitudes de ce monde, de cette espérance déjà solidement établie « au-delà du voile », là où Jésus est entré comme notre précurseur.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>L’amour, une voie infiniment supérieure… aussi pour la liturgie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au dernier jour de Synaxe, le 6 juillet, la <em>l<a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/Lamour-une-voie-infiniment-superieure.pdf">ectio divina animée par Irina Brandt</a> </em>sur 1 Corinthiens 12,31–13,13 a apporté un éclairage important. Paul annonce « une voie infiniment supérieure » : celle de l’amour. Cette voie vaut aussi pour la liturgie. Sans la charité, les plus belles célébrations risquent de rester vaines. Mais lorsqu’elle conduit à aimer, à servir, à pardonner et à rechercher l’unité, la liturgie porte son fruit. L’amour devient alors le critère de son authenticité. Ancrés dans le Christ par la célébration, nous sommes envoyés sur cette voie supérieure : vivre la « vive charité » au cœur de nos relations et de notre monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Martin Hoegger&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Autres articles sur la rencontre de Synaxe. Lire ici&nbsp;:&nbsp;</em><a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/"><em>https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/</em></a><em></em></p>
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		<title>Le culte protestant, un espace de rencontre</title>
		<link>https://www.hoegger.org/article/culte-protestant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jul 2026 05:53:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La pasteure Florence Taubmann célébrant la Sainte Cène dans la chapelle de Fertrup (Sainte-Marie-aux-Mines) La dernière journée de la rencontre de Synaxe, le 6 juillet 2026, a été consacrée à la contribution protestante au thème « La liturgie, source d’espérance ». À Sainte-Marie-aux-Mines, les participants ont découvert plusieurs dimensions de cette tradition : sa compréhension [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>La pasteure Florence Taubmann célébrant la Sainte Cène dans la chapelle de Fertrup (Sainte-Marie-aux-Mines) </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">La dernière journée de la <a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/">rencontre de Synaxe,</a> le 6 juillet 2026, a été consacrée à la contribution protestante au thème « La liturgie, source d’espérance ». À Sainte-Marie-aux-Mines, les participants ont découvert plusieurs dimensions de cette tradition : sa compréhension théologique de la liturgie, le dialogue avec les autres Églises, une expérience interreligieuse à Strasbourg, l’histoire singulière du protestantisme dans le Val d’Argent et, pour conclure, la célébration d’un culte.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>La liturgie protestante, une source d’espérance et un chemin de communion</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/28.-La-liturgie-protestante-une-source-desperance-et-un-chemin-de-communion.pdf">Dans sa conférence, </a></em>la pasteure Isabelle Gerber, présidente de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, a rappelé que le protestantisme possède une véritable tradition liturgique. La Réforme n’a pas supprimé l’héritage ancien de l’Église : elle l’a réorienté autour de l’Évangile. La liturgie est ainsi un exercice d’humilité, car elle rappelle que l’Église ne commence pas avec ceux qui célèbrent aujourd’hui. Chaque génération reçoit une prière qui la précède et qu’elle transmet à son tour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la tradition protestante, la vie de l’Église s’organise autour de deux foyers : la Parole et les sacrements. Isabelle Gerber constate toutefois qu’un déséquilibre s’est installé au profit de la prédication, tandis que les gestes, les symboles et la Sainte-Cène ont perdu de leur place. Or la foi ne s’adresse pas seulement à l’intelligence : elle engage aussi le corps, les émotions, le chant et la participation de l’assemblée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liturgie doit donc être expliquée et vécue comme un chemin : accueil, confession du péché, annonce de la grâce, écoute de la Parole, sacrement, intercession et envoi. Elle fait passer du « je » au « nous » et crée des liens avec Dieu, entre les croyants et entre les Églises. Elle devient une école de prière et, dans les moments où les mots manquent, une « ancre » qui porte la foi. Isabelle Gerber conclut par une formule suggestive : « espérance » est l’anagramme de « repères ». La liturgie offre précisément ces repères qui permettent d’avancer vers le Christ. </p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Transmettre le sens de la liturgie : un défi partagé</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs interventions ont souligné que la liturgie s’apprend d’abord par l’expérience. Une diaconesse de Strasbourg a raconté combien la préparation d’un culte lui avait permis d’en découvrir la logique intérieure. Florence Taubmann a rapproché cette expérience de la parole d’Israël au Sinaï : « Nous ferons et nous entendrons. » La pratique peut précéder la compréhension.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sandrine Caneri a relevé des convergences avec la tradition orthodoxe : la liturgie est un héritage reçu, plus grand que ceux qui la célèbrent. Elle conduit aussi au service du prochain, dans la ligne de saint Jean Chrysostome et du « sacrement du frère ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Interrogée par Irina Brandt sur la manière de redonner aux protestants le sens de la liturgie, Isabelle Gerber a reconnu que certains éléments avaient été abandonnés par réaction contre le catholicisme. Gestes, symboles et vêtements liturgiques peuvent pourtant servir l’annonce de l’Évangile. La rencontre entre les traditions aide ainsi chaque Église à redécouvrir des dimensions de son propre héritage.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>À la clinique Rhéna, un lieu de recueillement ouvert à tous</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/Clinique-Rhena.pdf"><em>La présentation de la clinique Rhéna de Strasbourg</em> </a>par Sœur Claudine et la pasteure Régine Kakouridis a offert un exemple concret de coopération entre traditions protestante, catholique et juive. Au cœur de l’établissement, un lieu de recueillement a été conçu non comme un espace de culte commun, mais comme un lieu de silence et de prière ouvert à tous. Aucun symbole confessionnel n’y domine. Le livre des Psaumes, une Bible et le récit d’Élie à l’Horeb, gravé sur une plaque d’onyx, évoquent une présence divine qui se manifeste dans « le murmure d’un souffle léger ». Patients, proches et soignants peuvent ainsi s’y arrêter, prier ou simplement trouver un moment de paix.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Sainte-Marie-aux-Mines, un laboratoire de coexistence protestante</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Guidés par le pasteur Jean-Philippe Lepelletier, les participants ont ensuite découvert l’histoire religieuse exceptionnelle de Sainte-Marie-aux-Mines. La ville fut pendant plusieurs siècles un lieu de coexistence entre luthériens, réformés, catholiques, mennonites, amish et, plus tard, juifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’église Saint-Pierre-sur-l’Hâte, le groupe a découvert l’histoire du «&nbsp;<em>simultaneum</em>&nbsp;», imposé sous Louis XIV : le chœur était réservé aux catholiques et la nef aux protestants. Ce partage, longtemps marqué par les tensions, témoigne aujourd’hui d’une histoire progressivement réconciliée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vallée a également accueilli des luthériens germanophones et des réformés francophones, puis germanophones. Le temple réformé construit en 1634, où le culte a été célébré sans interruption, garde la mémoire de cette diversité linguistique et ecclésiale. Le Val d’Argent fut aussi une terre d’accueil pour les mennonites suisses. C’est dans cette région que Jacob Amman provoqua, à la fin du XVIIe siècle, la séparation qui donna naissance au mouvement amish.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fil du temps, les relations entre luthériens et réformés se sont transformées. Les collaborations se sont multipliées, une liturgie commune s’est développée et, en 2012, une unique paroisse protestante de Sainte-Marie-aux-Mines a été créée. Cette histoire mouvementée illustre le passage possible de la coexistence à la communion. Une vallée autrefois traversée par les divisions confessionnelles est ainsi devenue un signe de réconciliation et un témoignage de la fécondité du dialogue. <a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/Sainte-Marie-aux-Mines-un-laboratoire-de-la-coexistence-protestante.pdf">(<em>Pour en savoir plus, lire ici</em>) </a></p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>La liturgie, service de l’espérance et don de l’Esprit</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La rencontre s’est achevée par un culte présidé par la pasteure Florence Taubmann. Sa prédication a pris pour point de départ la prière du psaume 51 : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange. » <em><a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/32.b.-Meditation-de-la-pasteure-Florence-Taubmann.pdf">(Lire ici sa méditation). </a></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette demande, elle discerne un mouvement d’espérance. La prière peut d’abord être intérieure, silencieuse ou balbutiante. Dieu ouvre les lèvres afin qu’elle devienne parole partagée. La liturgie est ainsi la publication de la prière : elle devient un service rendu à ceux qui ne savent plus ou ne peuvent plus prier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le liturge ne cherche pas à imposer sa marque personnelle. Il entre dans une « nuée de témoins » et reçoit une prière qui le précède. Son modèle est le Christ, venu non pour être servi, mais pour servir. Dans les situations de guerre et de violence, la persévérance des communautés qui continuent à célébrer manifeste la résistance de l’espérance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de 1 Corinthiens 12, Florence Taubmann a enfin proposé de regarder la diversité des traditions liturgiques comme une diversité de charismes donnés par l’unique Esprit. La liturgie orthodoxe souligne l’entrée dans l’éternité de Dieu, la liturgie catholique l’universalité de l’Église, tandis que les liturgies protestantes insistent davantage sur l’écoute actuelle de la Parole. Ces accents ne s’opposent pas : ils peuvent s’enrichir mutuellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La rencontre de Synaxe s’est ainsi achevée sur un appel à l’amitié entre les Églises. Selon une parole de la Règle de Reuilly citée par Florence Taubmann, « la force contagieuse d’un nouvel amour au cœur des Églises peut seule laver le mal du monde ». La liturgie devient alors non seulement une source d’espérance pour ceux qui la célèbrent, mais un service commun rendu au monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Martin Hoegger&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Autres articles sur la rencontre de Synaxe. Lire ici&nbsp;:&nbsp;</em><a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/"><em>https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/</em></a><em></em></p>
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		<item>
		<title>La liturgie catholique, mémoire et attente</title>
		<link>https://www.hoegger.org/article/liturgie-catholique/</link>
					<comments>https://www.hoegger.org/article/liturgie-catholique/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jul 2026 05:23:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le groupe Synaxe dans l&#8217;église du monastère bénédictin de Rosheim Le dimanche 5 juillet 2026, la rencontre de Synaxe consacrée au thème « La liturgie, source d’espérance » s’est poursuivie au monastère bénédictin de Rosheim. Après la découverte de la tradition orthodoxe la veille, cette journée était consacrée au sens de la liturgie dans l’Église [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Le groupe Synaxe dans l&rsquo;église du monastère bénédictin de Rosheim</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dimanche 5 juillet 2026, <a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/">la rencontre de Synaxe consacrée au thème « La liturgie, source d’espérance </a>» s’est poursuivie au monastère bénédictin de Rosheim. Après la découverte de la tradition orthodoxe la veille, cette journée était consacrée au sens de la liturgie dans l’Église catholique. La célébration eucharistique, la rencontre avec la communauté bénédictine, la conférence de Jacqueline Cuche et le dialogue final ont permis d’aborder la liturgie sous des angles complémentaires.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>À l’écoute du Christ, doux et humble de cœur</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La journée commence par la messe dominicale célébrée avec la communauté bénédictine. Sœur Marie-Pierre, prieure du monastère, se réjouit d’accueillir « de nouveaux visages et des habits différents », image de la diversité ecclésiale réunie au sein de Synaxe. Dans l’église, une statue de saint Benoît, un doigt posé sur les lèvres, rappelle l’importance du silence et de l’écoute. Marie portant l’enfant Jésus évoque l’Église tournée vers le Christ, tandis que le grand crucifix suspendu au-dessus de l’autel place la célébration sous le signe de la mort et de la résurrection.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son homélie sur Matthieu 11,25-30, le père Maurizio Bevilacqua, missionnaire claretain de Rome, souligne que le salut est un don accueilli par ceux qui reconnaissent leur pauvreté devant Dieu. Cette attitude n’exclut nullement l’intelligence, mais invite à renoncer à la prétention de tout maîtriser. Prendre le joug du Christ signifie entrer dans le chemin exigeant de l’Évangile et devenir, à sa suite, artisan de paix.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Une communauté bénédictine où la liturgie ouvre à l’accueil</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La rencontre avec les sœurs permet ensuite de découvrir comment la liturgie façonne concrètement la vie du monastère. Fondée en 1862, la communauté habite des bâtiments marqués par une histoire plus ancienne et par les bouleversements successifs de l’Alsace. Sœur Marie-Éliane évoque son engagement monastique en 1964, au moment de la rencontre historique entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras. Elle y avait discerné un appel à consacrer sa vie à l’unité des chrétiens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cœur de la tradition bénédictine se trouve l’invitation à « ne rien préférer à l’œuvre de Dieu ». Les offices rythment la journée et ramènent sans cesse la communauté à l’essentiel. La lectio divina et l’adoration eucharistique prolongent cette prière. Lorsque la messe ne peut être célébrée faute de prêtre, les sœurs accordent davantage de temps à la lecture méditée de l’Écriture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette vie de prière ne les sépare pas du monde. La fabrication de millions d’hosties chaque année, la boutique et les multiples rencontres avec la population locale deviennent autant de formes de service. Même les travaux de rénovation ont suscité de nouvelles solidarités. La liturgie ouvre ainsi à l’accueil : elle rassemble la communauté devant Dieu et la rend disponible aux personnes qui viennent chercher une écoute, une présence ou simplement un lieu où reprendre souffle.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>La liturgie, source d’espérance : une perspective catholique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’après-midi, Jacqueline Cuche, présidente d’honneur de l’Amitié Judéo-Chrétienne, propose une réflexion sur la manière dont la liturgie catholique nourrit l’espérance. <em>(<a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/25.b.-J.-Cuche-La-liturgie-catholique.pdf">Lire ici sa conférence</a>).</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"> Elle commence par rappeler ses racines dans la prière d’Israël. La liturgie des Heures est largement constituée des psaumes, qui portent devant Dieu la détresse, la supplication, l’action de grâce et la louange. Les cantiques évangéliques, notamment le Magnificat, prolongent cette espérance biblique en célébrant déjà l’accomplissement des promesses de Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Eucharistie s’inscrit elle aussi dans l’héritage du repas pascal juif. Elle est mémorial : non un simple souvenir du passé, mais une actualisation du salut donné par Dieu. Le sacrifice du Christ, compris comme rapprochement avec Dieu, n’est pas répété ; les croyants sont rendus participants de son unique offrande.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les signes liturgiques — crucifix, cierges, encens, gestes et processions — engagent tout l’être dans la prière. L’intercession ouvre en même temps la célébration aux souffrances du monde. Enfin, chaque Eucharistie est tournée vers l’avenir : elle annonce la venue du Christ et anticipe les noces de l’Agneau. La liturgie nourrit ainsi une espérance active, enracinée dans la fidélité de Dieu et attentive aux artisans de paix qui, souvent discrètement, font déjà apparaître les signes du Royaume.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Une espérance partagée dans la prière</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La journée s’achève par un dialogue entre participants de différentes traditions chrétiennes. Sandrine Caneri, théologienne orthodoxe, en résume le fil conducteur par cette affirmation : « Choisir la vie, c’est choisir l’espérance. » Elle évoque également, à la suite de saint Silouane, l’humilité de Dieu manifestée dans le Christ. La liturgie conduit les croyants à accueillir cette manière divine d’être et à entrer eux-mêmes dans une attitude de service.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Florence Taubmann observe que le protestantisme est parfois devenu très cérébral. Elle rappelle la nécessité de la prière et la vocation de la communauté à porter celui qui ne sait plus prier ou n’en a plus la force. Le père José Maria Hernandez souligne, pour sa part, que l’insistance catholique sur la présence eucharistique ne doit jamais faire oublier l’attente eschatologique : l’Eucharistie annonce aussi le retour du Seigneur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sœur Bénédicte, diaconesse de Reuilly, montre que la répétition liturgique n’est pas une routine, mais une fidélité qui façonne l’existence. Sœur Marie-Pierre confirme que la prière commune constitue une source quotidienne d’espérance. Elle rappelle enfin la place du Notre Père dans la Règle de saint Benoît : la prière conduit au pardon et à la réconciliation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au terme de cette journée, la liturgie apparaît comme un chemin où mémoire, présence et attente se rejoignent. Elle enracine les croyants dans le Christ, les rassemble dans la communion et les envoie dans le monde comme témoins de l’espérance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Martin Hoegger</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Autres articles sur la rencontre de Synaxe. Lire ici&nbsp;:&nbsp;</em><a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/"><em>https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/</em></a><em></em></p>
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		<title>Aux sources juives de la liturgie</title>
		<link>https://www.hoegger.org/article/sources-juives-de-lesperance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jul 2026 04:46:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Janine Elkouby devant « l&#8217;Arche sainte » Le 3 juillet 2026, la rencontre bisannuelle de Synaxe, consacrée au thème « La liturgie, source d’espérance », s’est poursuivie à Strasbourg par une journée à la découverte du judaïsme. Pour les participants chrétiens, il s’agissait de se mettre à l’écoute des « racines qui nous portent », selon l’image [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Janine Elkouby devant « l&rsquo;Arche sainte »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 3 juillet 2026, la r<a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/">encontre bisannuelle de Synaxe, consacrée au thème « La liturgie, source d’espérance »</a>, s’est poursuivie à Strasbourg par une journée à la découverte du judaïsme. Pour les participants chrétiens, il s’agissait de se mettre à l’écoute des « racines qui nous portent », selon l’image de l’apôtre Paul, et de mieux comprendre le sens du Shabbat, au cœur de la vie juive. De l’histoire du judaïsme alsacien à la synagogue de la Paix cette journée a dessiné un chemin de mémoire, de transmission et de conversion.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Le judaïsme alsacien, une histoire de fidélité et de renaissance</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant la visite de la synagogue, Florence Taubmann, présidente d’honneur des Amitiés judéo-chrétiennes de France, a retracé l’histoire du judaïsme alsacien. Présentes dès le Moyen Âge, les communautés juives ont subi discriminations, expulsions et massacres, notamment lors de la peste noire de 1349. Chassées des villes, elles ont développé dans les campagnes un judaïsme rural presque unique en Europe occidentale, dont témoignent encore de nombreuses anciennes synagogues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’émancipation accordée à la Révolution française a ouvert une nouvelle période. Au XIXe siècle, la construction de nombreuses synagogues manifeste la vitalité retrouvée des communautés. Mais le XXe siècle apporte de nouvelles épreuves : destruction de la synagogue du quai Kléber, persécutions nazies et mort de milliers de Juifs alsaciens dans la Shoah.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après 1945, la vie juive renaît. Strasbourg redevient un centre important du judaïsme français et du dialogue judéo-chrétien. Cette histoire de persévérance introduisait ainsi la visite de la synagogue de la Paix : malgré les ruptures et les violences, la transmission de la foi n’a jamais cessé.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>La synagogue de la Paix, entre mémoire et espérance</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Accueilli par Janine Elkouby, présidente des Amitiés judéo-chrétiennes de Strasbourg, le groupe a découvert la synagogue de la Paix, inaugurée en 1958 pour remplacer celle du quai Kléber, incendiée par les nazis en 1940. Orientée vers Jérusalem, elle témoigne de l’attachement à la ville sainte et de la fidélité d’une communauté qui a choisi de reconstruire après la catastrophe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À travers cette visite, la synagogue de la Paix apparaît comme bien davantage qu&rsquo;un lieu de culte. Elle est à la fois un mémorial de l&rsquo;histoire du judaïsme alsacien, un espace où la Torah est transmise de génération en génération et un lieu où se nourrit l&rsquo;espérance d&rsquo;Israël. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les visiteurs chrétiens, cette rencontre offre aussi l&rsquo;occasion de mieux comprendre les racines communes des deux traditions et de poursuivre un dialogue fondé sur la connaissance réciproque, le respect et l&rsquo;amitié. <em><a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/9.-Janine-Elkouby-La-synagogue-de-la-Paix-a-Strasbourg-.pdf">(Pour en savoir plus, lire ici) </a></em></p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>L’Arche sainte, demeure de la Torah</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Devant l’Arche sainte, Janine Elkouby a présenté les rouleaux de la Torah, cœur de la vie liturgique juive. Revêtus de manteaux richement ornés, parfois couronnés d’argent, ils sont lus à l’aide du&nbsp;<em>yad,</em>&nbsp;une petite main qui permet de suivre le texte sans toucher le parchemin. Ce respect ne s’adresse pas à un objet sacralisé pour lui-même, mais aux paroles qu’il porte et transmet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Torah a pu être appelée la « patrie portative du peuple juif ». Pendant près de deux millénaires de dispersion, elle a permis à Israël de conserver son identité et de transmettre l’Alliance de génération en génération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une coutume alsacienne l’illustre de manière concrète : la mappa. Le linge utilisé lors de la circoncision d’un enfant est ensuite décoré et transformé en bande destinée à entourer un rouleau de la Torah. La vie de l’enfant est ainsi symboliquement reliée à la Parole de Dieu. La transmission passe par des textes, mais aussi par des gestes, des objets et des rites qui inscrivent la mémoire dans l’existence quotidienne. <em><a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/10.-Janine-Elkouby-LArche-sainte.pdf">(Pour en savoir plus, lire ici)</a></em></p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Le Shabbat, sanctifier le temps et retrouver la liberté</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur de la rencontre fut consacré au Shabbat. Janine Elkouby l’a présenté à partir du récit de la création : après six jours, Dieu cesse son œuvre et sanctifie le septième jour. Ce repos n’est pas un simple arrêt. Il rappelle que le monde n’appartient pas à l’être humain et que celui-ci est appelé à collaborer avec Dieu pour poursuivre l’œuvre de la création.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant six jours, l’être humain agit et transforme le monde. Le septième, il renonce à son emprise sur les choses pour retrouver la relation à Dieu, aux autres et à la création. Les deux commandements bibliques, « souviens-toi » et « observe » le Shabbat, expriment cette double vocation : faire mémoire et préserver un temps différent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Shabbat est aussi une école de dignité. Le repos concerne les maîtres comme les serviteurs, les étrangers et même les animaux. Personne ne peut être réduit à son utilité ou à sa capacité de produire. Dans une société dominée par la performance, le Shabbat rappelle ainsi que savoir s’arrêter est un acte de liberté et que la sanctification du temps peut devenir une source d’espérance.<em> <a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/12.-Janine-Elkouby-Le-Shabbat.pdf">(Pour en savoir plus, lire ici) </a></em></p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Des yeux bandés aux yeux ouverts</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large is-style-default"><img loading="lazy" decoding="async" width="798" height="1024" src="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/Ecclesia-Synagoga.Strasbourg-1-798x1024.jpg" alt="" class="wp-image-9374" srcset="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/Ecclesia-Synagoga.Strasbourg-1-798x1024.jpg 798w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/Ecclesia-Synagoga.Strasbourg-1-234x300.jpg 234w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/Ecclesia-Synagoga.Strasbourg-1-768x986.jpg 768w, https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/Ecclesia-Synagoga.Strasbourg-1.jpg 977w" sizes="auto, (max-width: 798px) 100vw, 798px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.hoegger.org/article/synagoga-strasbourg/">La journée s’est poursuivie par un itinéraire symbolique entre deux images</a>. À la cathédrale de Strasbourg, la statue médiévale de la Synagogue représente une femme aux yeux bandés, face à une Église triomphante. Cette iconographie témoigne d’une théologie qui a longtemps considéré Israël comme aveugle et remplacé par l’Église. L’histoire invite aujourd’hui les chrétiens à retourner la question : l’aveuglement n’a-t-il pas aussi été le leur lorsqu’ils ont oublié leurs racines juives et laissé se développer un « enseignement du mépris » ? <em><a href="https://www.hoegger.org/article/synagoga-strasbourg/">(Pour en savoir plus, lire ici</a>)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">À la chapelle des diaconesses, une autre image s’est offerte au groupe. Chaque vendredi soir et durant le Shabbat, une&nbsp;<em>menorah</em>&nbsp;est allumée en signe de solidarité avec le peuple juif. Cette fraternité s’est aussi concrétisée dans la collaboration entre les Diaconesses, la clinique juive Adassa et la clinique catholique Sainte-Odile, aujourd’hui réunies dans la clinique Rhéna.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre la Synagogue aux yeux bandés et la<em>&nbsp;menorah</em>&nbsp;allumée se dessine un chemin de conversion : ouvrir les yeux, reconnaître les racines juives de la foi chrétienne et apprendre à marcher ensemble dans l’espérance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Martin Hoegger</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Autres articles sur la rencontre de Synaxe. Lire ici&nbsp;:&nbsp;</em><a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/"><em>https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/</em></a><em></em></p>
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		<title>La liturgie orthodoxe, entrée dans le Royaume</title>
		<link>https://www.hoegger.org/article/la-liturgie-orthodoxe-une-source-desperance-et-de-communion/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Jul 2026 15:47:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans la chapelle de Fertrup, Sainte-Marie.aux-Mines, 4 juillet 20206) La rencontre de l’Association œcuménique Synaxe (Sainte-Marie-aux-Mines, 2-6 juillet), consacrée au thème « La liturgie, source d’espérance », a accordé une place importante à la tradition orthodoxe. Conférences, dialogues et célébration de la divine liturgie ont permis d’en découvrir plusieurs dimensions complémentaires. L’Eucharistie y apparaît comme [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Dans la chapelle de Fertrup, Sainte-Marie.aux-Mines, 4 juillet 20206)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/">rencontre de l’Association œcuménique Synaxe </a>(Sainte-Marie-aux-Mines, 2-6 juillet), consacrée au thème « La liturgie, source d’espérance », a accordé une place importante à la tradition orthodoxe. Conférences, dialogues et célébration de la divine liturgie ont permis d’en découvrir plusieurs dimensions complémentaires. L’Eucharistie y apparaît comme manifestation de l’Église, la liturgie comme héritière de la prière d’Israël, et la célébration comme une expérience de communion qui engage toute l’existence. La divine liturgie a aussi donné à vivre ce que les conférences avaient exposé : une entrée dans le Royaume de Dieu qui transforme le regard porté sur le monde.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>I. L’Eucharistie révèle la nature de l’Église</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/2.-Synaxe-Conference-Amphilochios.pdf">Dans sa conférence,</a> le père archimandrite <strong>Amphilochios </strong>a présenté l’Eucharistie comme le cœur de la liturgie et le lieu où se manifeste la nature même de l’Église. Dès les premières communautés chrétiennes, la fraction du pain rassemble les disciples autour du Christ ressuscité. L’Église n’est donc pas d’abord une institution, mais une communion qui se réalise dans l’assemblée eucharistique. Cette perspective, développée par Nicolas Afanassiev et Jean Zizioulas, souligne également la dimension ministérielle de la célébration : l’évêque préside l’assemblée comme signe de son unité dans le Christ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Eucharistie est aussi le lieu d’une tension œcuménique. Elle exprime l’unité à laquelle les chrétiens sont appelés, tout en révélant douloureusement leurs divisions. Pour la tradition orthodoxe, la pleine communion eucharistique ne peut précéder l’unité ecclésiale, mais en constitue l’accomplissement. Le chemin œcuménique demeure donc exigeant. Pourtant, à l’image des disciples d’Emmaüs, les Églises sont appelées à marcher ensemble jusqu’au jour où la communion pourra pleinement se manifester dans la fraction du pain.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette première conférence a été suivie par un vif dialogue sur le sens de&nbsp;l’Eucharistie au cœur du chemin vers l’unité chrétienne. Témoignages de foyers mixtes, partage d’expériences liturgiques et lectio divina ont révélé à la fois la souffrance des divisions persistantes et l’espérance d’une communion qui grandit déjà dans la rencontre et la Parole.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>II. Aux sources juives de la liturgie orthodoxe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sandrine Caneri</strong> a montré combien la liturgie orthodoxe demeure enracinée dans la tradition d’Israël. Ses rythmes quotidien, hebdomadaire et annuel prolongent ceux de la prière juive. Les vêpres ouvrent la journée dès le soir, conformément au rythme biblique de la création. Les psaumes, les litanies et les grandes intentions de prière présentent également de nombreuses parentés avec les offices synagogaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La place du samedi est particulièrement significative. Le dimanche ne supprime pas le Shabbat, mais en accomplit l’attente. Le samedi reste marqué par le repos, la mémoire des défunts et l’espérance de la résurrection, tandis que le dimanche, premier et huitième jour, ouvre sur la nouvelle création.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liturgie orthodoxe rejoint également la démarche du Midrash lorsqu’elle développe, par ses hymnes, les dialogues à peine esquissés dans les Écritures. Redécouvrir ces racines invite les chrétiens à l’humilité : ils ont reçu d’Israël un héritage spirituel qu’ils sont appelés à mieux connaître. Cette reconnaissance peut aussi contribuer à renouveler le dialogue entre juifs et chrétiens. (<em><a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/17.-S.-Caneri-Aux-sources-juives-de-la-liturgie-orthodoxe.pdf">Pour en savoir plus sur sa conférence. Lire ici</a></em>)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dialogue qui a suivi l’intervention de Sandrine Caneri a approfondi la question des relations entre judaïsme et christianisme. <a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/18.-Un-dialogue-sur-les-racines-jui-ves-de-la-liturgie-chretienne.pdf">(<em>Lire ici</em>)</a></p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>III. Une liturgie qui transforme la vie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le père <strong>Christos Filiotis </strong>a développé huit dimensions de la liturgie orthodoxe, <a href="https://www.hoegger.org/wp-content/uploads/2026/07/19.-C.-Filiotis-La-liturgie-orthodoxe-une-source-desperance-pour-le-monde.pdf"><em>dans sa conférence</em>.</a> Elle est d’abord « l’œuvre du peuple » et s’oppose à une conception individualiste de la foi. Le salut est un événement communautaire : nul ne devient chrétien seul. La liturgie permet ainsi à l’être humain de devenir véritablement une personne, un visage tourné vers Dieu et vers les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle est également inséparable de la résurrection du Christ, source de l’espérance chrétienne. Chaque dimanche proclame la victoire de la vie sur la mort. Cette espérance conduit à la fraternité et au pardon. Le baiser de paix, placé avant la confession de foi, rappelle qu’on ne peut proclamer une même foi sans rechercher la réconciliation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liturgie est encore une école de beauté, par les chants, les icônes, l’encens et l’architecture. Elle exprime la foi au Dieu trinitaire, communion d’amour. Elle ouvre aussi à la sauvegarde de la création, représentée par le pain, le vin et l’eau. Enfin, elle conduit au silence, indispensable au discernement dans un monde saturé de bruit.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>IV. Communion, personne et réconciliation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dialogue avec Christos Filiotis a donné une dimension concrète à sa réflexion. Le<strong> père Pacôme</strong> a raconté l’exemple d’un fidèle qui allumait trois cierges : pour sa famille, pour ses amis et pour ses ennemis. Il a également évoqué saint Amphiloque de Patmos, qui demandait parfois comme pénitence de planter des arbres. La réconciliation avec Dieu concerne ainsi les relations humaines autant que la création.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sandrine Caneri </strong>a souligné qu’une communion réelle existe déjà entre les chrétiens, même lorsqu’ils ne peuvent partager l’Eucharistie. La fraternité, la prière et la recherche commune de la vérité sont déjà des signes de l’action de Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Christos Filiotis a ensuite distingué l’individu isolé de la personne qui existe dans la relation. <strong>Irina Brandt </strong>a illustré cette conception par le souvenir d’un prêtre orthodoxe de Lausanne qui interrompit un jour la liturgie jusqu’à ce que deux personnes en conflit se réconcilient. Ce geste exprimait une conviction essentielle : la communion eucharistique appelle une communion vécue entre les personnes.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>V. Entrer dans le Royaume pour retourner dans le monde</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La divine liturgie de saint Jean Chrysostome, présidée par le métropolite <strong>Athénagoras </strong>de Belgique dans la chapelle de Fertrup, a permis aux participants de vivre ce que les conférences avaient exposé. Les psaumes chantés en grec et en français, les icônes, l’encens, les litanies et les gestes des célébrants ont introduit l’assemblée dans une prière où l’Écriture est omniprésente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La préparation du pain et du vin rassemble symboliquement autour du Christ la Mère de Dieu, les anges, les prophètes, les apôtres, les saints, les vivants et les défunts. Toute l’Église, terrestre et céleste, est ainsi présente. La liturgie de la Parole conduit ensuite à la liturgie eucharistique, dont l’épiclèse souligne l’action de l’Esprit Saint.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La célébration commence par la proclamation : « Béni est le Royaume du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Elle est une entrée dans le Royaume, mais non une fuite hors du monde. À la fin, les fidèles sont envoyés pour témoigner de ce qu’ils ont reçu et servir la création tout entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La contribution orthodoxe à la rencontre de Synaxe a ainsi montré que la liturgie est source d’espérance parce qu’elle rassemble ce qui est dispersé. Elle unit la Parole et l’Eucharistie, l’héritage d’Israël et la foi chrétienne, la personne et la communauté, l’humanité et la création, le temps présent et le Royaume à venir. Elle ne supprime pas les divisions entre les Églises, mais elle rappelle leur vocation commune à la communion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’espérance liturgique n’est pas une attente passive. Elle prend corps dans la fraternité, le pardon, la prière pour les ennemis, le respect de la création et la marche persévérante vers l’unité. Comme l’a rappelé le métropolite Athénagoras, « les murs qui séparent nos Églises ne montent pas jusqu’au ciel ». La liturgie permet déjà d’entrevoir cette unité accomplie en Dieu et invite les chrétiens à en devenir, dès aujourd’hui, les témoins dans le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Martin Hoegger</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Autres articles sur la rencontre de Synaxe. Lire ici&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/">https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/</a></em></p>
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		<title>Mémoire, prière et espérance</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 23:05:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Quatuor Aviv lors de la commémoration du jour de la Shoah J’ai participé à la commémoration de&#160;Yom HaShoah&#160;(le jour de la mémoire de l’élimination de six millions de juifs par le nazisme durant la seconde guerre mondiale) à la synagogue de Lausanne, le 14 avril 2026. C’était un moment d’une grande intensité spirituelle. Dans [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em><strong>Le Quatuor Aviv lors de la commémoration du jour de la Shoah</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai participé à la commémoration de&nbsp;<em>Yom HaShoah</em>&nbsp;(le jour de la mémoire de l’élimination de six millions de juifs par le nazisme durant la seconde guerre mondiale) à la synagogue de Lausanne, le 14 avril 2026. C’était un moment d’une grande intensité spirituelle. Dans le silence de l’assemblée, mémoire, prières et musique se sont entrelacées pour faire résonner une même exigence : ne pas oublier, mais aussi continuer à vivre.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette célébration ne se limitait pas à un regard tourné vers le passé ; elle ouvrait un chemin de responsabilité pour le présent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des moments qui m&rsquo;a marqué fut la récitation du&nbsp;<em>Kaddish des endeuillés.</em>&nbsp;Ce texte, d’une grande beauté, commence par ces mots :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Qu’il soit magnifié et sanctifié, son grand Nom… »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et il se poursuit par une longue louange, une élévation du Nom de Dieu au-dessus de toute chose. Ce qui m&rsquo;a frappé, c’est que cette prière, pourtant dite dans le deuil, ne parle pas directement de la mort. Elle ne décrit pas la souffrance ni la perte ; elle se tourne entièrement vers Dieu, vers son règne et vers la paix qu’il promet.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un contexte comme celui de la Shoah, cette prière prend une force particulière : elle affirme que, même au cœur de l’abîme, la relation à Dieu n’est pas brisée. Elle devient même un acte de responsabilité. Réciter le&nbsp;<em>Kaddish,</em>&nbsp;c’est affirmer que la vie est plus forte que la mort.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Mémoire et réflexion</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;allocution du rabbin&nbsp;<em>Eliezer Shai di Martino</em>&nbsp;a éclairé cela. Il a rappelé que&nbsp;<em>Yom HaShoah</em>&nbsp;est non seulement un jour de mémoire, mais aussi un jour de réflexion. « Lorsque les ténèbres s’étendent, a-t-il dit, les manifestations de la joie semblent disparaître. Et pourtant, nous sommes appelés à devenir des porteurs de lumière et d’amour. »&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son appel à la responsabilité a résonné avec force : raconter afin que le « plus jamais » ne soit pas une simple formule, mais un engagement concret.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rabbin a également souligné que la haine ne surgit pas brutalement, mais qu’elle commence par de petits signes, presque imperceptibles. Cette lucidité donne à la mémoire une dimension éthique : se souvenir, c’est apprendre à discerner et à agir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’évocation des combattants du ghetto de Varsovie a illustré cette exigence. Leur résistance, bien que militairement vouée à l’échec, a redonné au peuple juif dignité et espérance. Elle a marqué un passage décisif : ne plus être seulement victime, mais devenir acteur de son histoire.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>La prière pour les victimes&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cœur de la célébration, la prière pour&nbsp;<em>Yom HaShoah (El Male Rahamim)</em>&nbsp;a donné voix au deuil collectif :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Dieu plein de compassion, qui réside dans les hauteurs, accorde un repos véritable… aux âmes des six millions de Juifs… »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette prière ne cherche pas à expliquer l’inexplicable mais fait mémoire des victimes et les confie à la miséricorde de Dieu. Elle affirme que leurs vies ne sont pas perdues pour Dieu. Le passage «&nbsp;<em>Qu’ils reposent en paix dans le Jardin d’Éden. Que le Maître de miséricorde les abrite à jamais sous ses ailes, et qu’il lie leurs âmes dans le lien de la vie,</em>&nbsp;» ouvre une perspective d’espérance : au-delà de la mort, en Dieu leur vie demeure.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après cette prière pour le jour de la&nbsp;<em>Shoa,</em>&nbsp;le psaume 83, cri biblique face à la menace d’anéantissement, puis le&nbsp;<em>Kaddish,</em>&nbsp;ont été psalmodiés, comme pour sceller l’ensemble dans la prière&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;O Dieu, sors de ton silence ; Dieu, ne reste pas inerte et muet. Voici tes ennemis qui grondent, tes adversaires qui relèvent la tête. Contre ton peuple, ils trament un complot, ils intriguent contre ton trésor. Ils disent : « Allez ! supprimons leur nation, que le nom d&rsquo;Israël ne soit plus mentionné ! » (Ps. 83.1-2)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite six bougies rappelant les six millions de morts ont été allumées par six membres de la communauté israélite. Comme si, au cœur même de la nuit de l’histoire, ces six flammes affirmaient encore que la lumière n’a pas été vaincue.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Dire l&rsquo;incompréhensible avec la musique&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La musique a ensuite prolongé cette méditation avec l’œuvre&nbsp;<em>«&nbsp;<a href="chatgpt://generic-entity?number=0">Different Trains</a></em>&nbsp;»&nbsp;de&nbsp;<a href="chatgpt://generic-entity?number=1"><em>Steve Reich</em></a><em>,</em>interprétée par le quatuor&nbsp;<em>Aviv,</em>&nbsp;un ensemble international reconnu, dont le nom signifie « printemps » en hébreu et qui incarne un souffle de renouveau et de vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette pièce, marquée par l’histoire personnelle du compositeur, repose sur une intuition bouleversante : les trains qu’il empruntait enfant aux États-Unis, durant la période de la IIe guerre mondiale, auraient pu être, s’il avait vécu en Europe, des trains de déportation. L’œuvre met en dialogue deux réalités opposées : l’innocence des voyages ordinaires et l’horreur des transports vers les camps.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par l’utilisation de voix enregistrées – celles de témoins, de survivants – et par leur transposition musicale, Reich crée un véritable « mémorial sonore ».&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La musique ne raconte pas seulement l’histoire ; elle la fait entendre, presque physiquement. Dans la deuxième partie, consacrée à l’Europe en guerre, les mots évoquent les wagons à bestiaux, les enfants arrachés, les numéros tatoués. Rien n’est inventé : ce sont des fragments de vies réelles. La troisième partie, après la guerre, laisse apparaître une absence irréparable : « aujourd’hui, ils ont tous disparu ». Ainsi, la musique rejoint la prière : elle ne donne pas de réponse, mais elle garde la mémoire vivante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le quatuor a interprété le&nbsp;<a href="chatgpt://generic-entity?number=2">Quatuor à cordes n°15 en la mineur</a>&nbsp;de Beethoven, présenté comme « une œuvre de guérison ». Composée après une grave maladie, cette œuvre porte en elle un mouvement de traversée : de la souffrance vers une forme de paix intérieure. Dans le contexte de&nbsp;<em>Yom HaShoah,</em>&nbsp;elle n’efface pas la douleur, mais elle ouvre un espace où la vie peut reprendre souffle.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>Faire mémoire, une vocation&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette commémoration m’a fait comprendre que faire mémoire n’est pas seulement un devoir, mais une vocation. Entre la prière, la parole et la musique, quelque chose s’est transmis : se tenir devant le mystère du mal sans renoncer à l’espérance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et au cœur de tout, cette affirmation proclamée avec force :<br><em>« Am Israël ‘haï » — le peuple d’Israël est vivant.<br></em>Une parole qui, au-delà de la douleur, affirme que la vie, malgré tout, continue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, en tant que chrétien, cette soirée a d’abord été une prière de repentance. Car les auteurs de la Shoah étaient en majorité issus de peuples marqués par le baptême, mais infidèles à cet appel fondamental :&nbsp;<em>« Tu aimeras ton prochain comme toi-même »</em>&nbsp;(Lévitique 19,18), parole inscrite au pied même de la synagogue de Lausanne.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec l’amour de Dieu, ce commandement est, selon&nbsp;Jésus-Christ, le cœur de toute la Loi (Marc 12,31). Le voir ainsi trahi dans l’histoire appelle à une profonde repentance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis mon regard s’est tourné vers le cri de Jésus sur la croix :&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »&nbsp;</em>Cri qui fut aussi celui de tant de Juifs plongés dans la nuit de la Shoah.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cri, partagé, ouvre un chemin de communion. Il m’appelle à me rendre proche du peuple dont Jésus est issu, à reconnaître en lui un frère, et à m’engager à ne «&nbsp;<em>plus jamais</em>&nbsp;» l’abandonner, particulièrement en ces temps dramatiques où cette fidélité demeure un appel urgent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En sortant de la synagogue, le quatuor Aviv a offert un dernier moment inattendu et émouvant en improvisant sur les cordes l’hymne national israélien,&nbsp;<em>« Hatikva » — « l’espérance ».</em>&nbsp;Cette poignante mélodie a résonné comme un écho vivant de toute la commémoration, un moment intense, où la mémoire de la Shoa était portée, dans la prière, par une espérance indestructible.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>“Stay with us, for it is nearly evening”</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Hoegger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Apr 2026 16:51:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>The Focolare Movement has asked me to comment on the ‘Word of Life’ for April for its German-speaking region — Germany, Austria and German-speaking Switzerland. It is taken from the account of the road to Emmaus (Luke 24:29). It is a journey from Jerusalem to Emmaus I should have made myself this month, with a [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">The Focolare Movement has asked me to comment on the<a href="https://www.focolare.us/word-of-life/"> ‘<u>Word of Life</u>’</a> for April for its German-speaking region — Germany, Austria and German-speaking Switzerland. It is taken from the account of the road to Emmaus (Luke 24:29).</p>



<p class="wp-block-paragraph">It is a journey from Jerusalem to Emmaus I should have made myself this month, with a group, <a href="https://www.jc2033.world/en/blog/walking-the-emmaus-trail-from-april-10-to-17-2026-1250.html"><u>as part of JC2033…</u> </a>But the current war has made this project impossible. We have postponed it until next year, after Easter.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>“Stay with us, for evening is falling.”</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Two disciples leave Jerusalem, disheartened by Jesus’ death the previous day. They had hoped for so much, and now everything seems lost. On the road to the village of Emmaus, a stranger joins them. He listens to their sorrow and then explains the Scriptures to them: their hearts are warmed, though they do not yet know who he is. Upon reaching the village, the stranger pretends to continue on his way. But they urge him: “Stay with us, for it is nearly evening” (Luke 24:29). And the stranger agrees. During the meal, he takes bread and gives thanks in front of the disciples, before disappearing. Then their eyes are opened and they recognise that it is Jesus. Immediately they return to Jerusalem to announce the great news of the resurrection to the other disciples.</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Stay with us, for evening is falling.’ These words seem simple, almost banal. Yet some Church Fathers recognize in them the cry of the soul that does not wish to sink into darkness: without Christ, night engulfs everything, but with him, even night becomes light. Others emphasise that Jesus pretends to walk away to awaken our desire to keep him with us: he waits for us to invite him. For Augustine, the words “stay with us” symbolise our prayer and our desire for the constant presence of Christ, not only during a meal, but throughout the Christian life.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>“Stay with us, for evening is falling.”</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">This plea of the disciples is also our own. Even today, there is no shortage of nights. In our world, these take the form of wars, injustices and violence, but also of growing loneliness, spiritual emptiness and the suffering of a wounded creation. In our personal lives, these nights take the form of illness, bereavement, anxiety, discouragement and so many other forms of desolation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">There are also more inward nights: the ‘night of faith’ when God seems absent and prayer seems futile. And some even speak of a ‘night of the spirit’, a darkness where all consolation vanishes. A painful trial, yet a path of purification where God works deeply to unite us to himself.</p>



<p class="wp-block-paragraph">It is this night that Jesus experienced when, on the cross, he cried out: “My God, my God, why have you forsaken me?” (Matthew 27:46). Chiara Lubich writes that he passed through all our nights: he is “the Light that became darkness and Love that became disunity<sup>[1]</sup>. ” From then on, our nights are filled with his presence and can become a place of encounter with him. Experienced alone, this darkness crushes us; shared in mutual love, it fades away, giving way to the joy promised by the Gospel.</p>



<p class="has-large-font-size wp-block-paragraph"><strong>“Stay with us, for evening is coming. ”</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">These words of the disciples do not belong solely to Luke’s account. They are given to us today as a prayer that can become our own. In our personal nights and in the nights of the world, we can say them with confidence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A few years ago, I went through such a night, following a labour dispute. It lasted more than two years. This prayer, “stay with me”, often filled my mind. I also shared what I was going through with a Christian group. A strong unity was thus built up, with the spiritual presence of the Risen One among us. It gave me encouragement and light. Other paths then opened up before me.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Christ responds to those who invite him. He dwells through his enlightening Word, through the shared Bread in which he gives himself, through fraternal presence, sometimes in the guise of a stranger. The Risen One, who has traversed all the dark valleys, accompanies us through ours. Let us not delay in calling upon him, united in his name, and, like the disciples of Emmaus, let us go forth to proclaim this good news: “It is true! The Lord has risen.<sup>[2]</sup>”</p>



<p class="wp-block-paragraph">Some suggestions for reflection and discussion:</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Where do I experience darkness, night, and disunity?</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Can I share these experiences with others? With whom?</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Where have I found comfort, help, light, or even experienced the resurrection?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Martin Hoegger, Lausanne</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><sup>[1]</sup> Quoted by Giuseppe Maria Zanghí, <em>La creazione. 3. La persona e le sue notti,</em> in <em>Nuova Umanità,</em> XXXVI (2014/4-5), p. 352</p>



<p class="wp-block-paragraph"><sup>[2]</sup>&nbsp;Luke 24:34</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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