La liturgie, source d’espérance, sept chemins ouverts par la rencontre de Synaxe

Le groupe Synaxe, lors de sa visite au Parlement européen, Strasbourg.

La 40e rencontre internationale de Synaxe, réunie à Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, en juillet 2026, m’a permis de vivre une semaine particulièrement riche autour du thème « La liturgie, source d’espérance ». Avec une quarantaine de moines, de moniales et d’amis issus des traditions orthodoxe, catholique et protestante, j’ai découvert différentes manières de célébrer, de prier et de comprendre la liturgie.

Dans les six premières parties, je présente les principales étapes et contributions de cette rencontre. Chaque sous-titre renvoie à un article. Dans la septième, je propose une réflexion plus personnelle : à la lumière de la lettre aux Hébreux, la liturgie m’apparaît comme une « ancre de l’âme » qui nous fixe dans le Christ et nous engage sur la « voie infiniment supérieure » de l’amour.

Une rencontre placée sous le signe de l’espérance

Le père Philadelphos, nouveau président (orthodoxe) de Synaxe, a ouvert la rencontre en rappelant que la liturgie transforme le regard sur Dieu, le prochain et la création. Le métropolite du Bénélux Athénagoras a transmis le message du patriarche Bartholomée, présentant la divine liturgie comme une anticipation du Royaume de Dieu. Anne Burghardt, secrétaire générale de la Fédération luthérienne mondiale, a souligné que le culte façonne le peuple chrétien et l’envoie pour pratiquer la justice. Accueillis au Centre évangélique du Refuge par François Dardenne, les participants ont ainsi commencé une semaine de prière, d’écoute et de découverte mutuelle.

La liturgie orthodoxe, entrée dans le Royaume

Le père Amphilochios, moine de l’Église orthodoxe grecque, a présenté l’Eucharistie comme le lieu où se manifeste la nature de l’Église, communion rassemblée autour du Christ ressuscité. La théologienne française Sandrine Caneri a rappelé l’enracinement de la liturgie orthodoxe dans la prière d’Israël, tandis que le professeur Christos Filiotis en a développé les dimensions communautaire, trinitaire et cosmique. La divine liturgie présidée par le métropolite Athénagoras a donné à vivre ces enseignements. Par la prière, l’assemblée entre symboliquement dans le Royaume, avant d’être renvoyée dans le monde pour y servir la réconciliation et la création.

L’Eucharistie au cœur du chemin vers l’unité

Le dialogue sur l’Eucharistie a révélé la souffrance provoquée par les divisions chrétiennes. Irina Brandt, orthodoxe roumaine mariée à un pasteur protestant suisse, a exprimé la contradiction vécue par les foyers mixtes, unis dans le mariage mais séparés à la table eucharistique. Christos Filiotis a reconnu que ces expériences poussent les Églises à avancer, sans dissocier communion eucharistique et communion ecclésiale. Co-président du dialogue entre l’Église orthodoxe et la communion anglicane, Athénagoras a appelé à poursuivre patiemment le dialogue. Sœur Bénédicte, diaconesse de Reuilly, a proposé le chemin d’Emmaüs comme pédagogie de l’unité : marcher ensemble, écouter les Écritures et laisser le Christ ouvrir les cœurs avant la fraction du pain.

Aux sources juives de la liturgie

À Strasbourg, la pasteure Florence Taubmann, présidente d’honneur des Amitiés judéo-chrétiennes de France, a retracé l’histoire du judaïsme alsacien, marquée par les persécutions, la Shoah et la renaissance des communautés. À la synagogue de la Paix, Janine Elkouby, présidente des Amitiés judéo-chrétiennes de Strasbourg, a présenté la Torah et le Shabbat comme des lieux de transmission, de liberté et de sanctification du temps. La visite de la statue médiévale de la Synagogue aux yeux bandés, à la cathédrale, a invité les chrétiens à reconnaître les aveuglements de leur propre histoire, en particulier envers les juifs. À la chapelle des diaconesses, la menorah allumée chaque Shabbat a offert une autre image : celle d’une fraternité qui ouvre les yeux et choisit la rencontre.

La liturgie catholique, mémoire et attente

Au monastère bénédictin de Rosheim, la messe dominicale et la rencontre avec les sœurs ont montré comment la liturgie façonne une vie d’écoute et d’hospitalité. Le père Maurizio Bevilacqua, directeur de l’Institut de la vie consacrée de Rome, a invité à accueillir le joug du Christ doux et humble. Jacqueline Cuche a ensuite présenté la liturgie catholique comme enracinée dans la prière d’Israël et tendue vers l’accomplissement du Royaume. L’écoute de la Parole de Dieu, l’Eucharistie et l’intercession unissent mémoire, présence et attente. 

Le culte protestant, un espace de rencontre

La pasteure Isabelle Gerber a montré que la liturgie protestante ne se réduit ni à une succession de paroles ni à une simple organisation du culte. Elle constitue un héritage vivant, un espace de rencontre avec Dieu, une école de prière et un lieu où se construit l’espérance chrétienne. L’expérience de la clinique Rhéna, présentée par Sœur Claudine, diaconesse de Strasbourg et la pasteure Régine Kakouridis, a illustré une coopération avec les communautés catholique et juive attentive à l’accompagnement des personnes et offrant un lieu de culte interreligieux. L’histoire de Sainte-Marie-aux-Mines relatée par le pasteur Jean-Philippe Lepelletier a rappelé sa diversité confessionnelle unique en Europe. Enfin, lors du culte protestant, Florence Taubmann a présenté la liturgie comme un service : prier aussi pour ceux qui ne peuvent plus prier.

La liturgie, ancre de l’âme

Au terme de cette rencontre, une image de la lettre aux Hébreux s’est formée en moi : comme l’espérance, la liturgie est « une ancre de l’âme », qui fixe notre existence dans le Christ ressuscité. La liturgie ne supprime ni les tempêtes ni les divisions, mais elle rattache continuellement notre existence, et celle de l’Église, au Christ ressuscité.

Orthodoxes, catholiques et protestants célèbrent différemment, mais tous sont tournés vers le même Royaume. La troisième Lectio divina animée par Irina Brandt sur 1 Corinthiens 13 m’a rappelé le critère essentiel : sans l’amour, la liturgie est vide de sens. Célébrer nous engage à aimer, servir, pardonner et rechercher l’unité sur cette « voie infiniment supérieure ».

Martin Hoegger 


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