La liturgie catholique, mémoire et attente

Le groupe Synaxe dans l’église du monastère bénédictin de Rosheim

Le dimanche 5 juillet 2026, la rencontre de Synaxe consacrée au thème « La liturgie, source d’espérance » s’est poursuivie au monastère bénédictin de Rosheim. Après la découverte de la tradition orthodoxe la veille, cette journée était consacrée au sens de la liturgie dans l’Église catholique. La célébration eucharistique, la rencontre avec la communauté bénédictine, la conférence de Jacqueline Cuche et le dialogue final ont permis d’aborder la liturgie sous des angles complémentaires.  

À l’écoute du Christ, doux et humble de cœur

La journée commence par la messe dominicale célébrée avec la communauté bénédictine. Sœur Marie-Pierre, prieure du monastère, se réjouit d’accueillir « de nouveaux visages et des habits différents », image de la diversité ecclésiale réunie au sein de Synaxe. Dans l’église, une statue de saint Benoît, un doigt posé sur les lèvres, rappelle l’importance du silence et de l’écoute. Marie portant l’enfant Jésus évoque l’Église tournée vers le Christ, tandis que le grand crucifix suspendu au-dessus de l’autel place la célébration sous le signe de la mort et de la résurrection.

Dans son homélie sur Matthieu 11,25-30, le père Maurizio Bevilacqua, missionnaire claretain de Rome, souligne que le salut est un don accueilli par ceux qui reconnaissent leur pauvreté devant Dieu. Cette attitude n’exclut nullement l’intelligence, mais invite à renoncer à la prétention de tout maîtriser. Prendre le joug du Christ signifie entrer dans le chemin exigeant de l’Évangile et devenir, à sa suite, artisan de paix.

Une communauté bénédictine où la liturgie ouvre à l’accueil

La rencontre avec les sœurs permet ensuite de découvrir comment la liturgie façonne concrètement la vie du monastère. Fondée en 1862, la communauté habite des bâtiments marqués par une histoire plus ancienne et par les bouleversements successifs de l’Alsace. Sœur Marie-Éliane évoque son engagement monastique en 1964, au moment de la rencontre historique entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras. Elle y avait discerné un appel à consacrer sa vie à l’unité des chrétiens.

Au cœur de la tradition bénédictine se trouve l’invitation à « ne rien préférer à l’œuvre de Dieu ». Les offices rythment la journée et ramènent sans cesse la communauté à l’essentiel. La lectio divina et l’adoration eucharistique prolongent cette prière. Lorsque la messe ne peut être célébrée faute de prêtre, les sœurs accordent davantage de temps à la lecture méditée de l’Écriture.

Cette vie de prière ne les sépare pas du monde. La fabrication de millions d’hosties chaque année, la boutique et les multiples rencontres avec la population locale deviennent autant de formes de service. Même les travaux de rénovation ont suscité de nouvelles solidarités. La liturgie ouvre ainsi à l’accueil : elle rassemble la communauté devant Dieu et la rend disponible aux personnes qui viennent chercher une écoute, une présence ou simplement un lieu où reprendre souffle.

La liturgie, source d’espérance : une perspective catholique

Dans l’après-midi, Jacqueline Cuche, présidente d’honneur de l’Amitié Judéo-Chrétienne, propose une réflexion sur la manière dont la liturgie catholique nourrit l’espérance. Elle commence par rappeler ses racines dans la prière d’Israël. La liturgie des Heures est largement constituée des psaumes, qui portent devant Dieu la détresse, la supplication, l’action de grâce et la louange. Les cantiques évangéliques, notamment le Magnificat, prolongent cette espérance biblique en célébrant déjà l’accomplissement des promesses de Dieu.

L’Eucharistie s’inscrit elle aussi dans l’héritage du repas pascal juif. Elle est mémorial : non un simple souvenir du passé, mais une actualisation du salut donné par Dieu. Le sacrifice du Christ, compris comme rapprochement avec Dieu, n’est pas répété ; les croyants sont rendus participants de son unique offrande.

Les signes liturgiques — crucifix, cierges, encens, gestes et processions — engagent tout l’être dans la prière. L’intercession ouvre en même temps la célébration aux souffrances du monde. Enfin, chaque Eucharistie est tournée vers l’avenir : elle annonce la venue du Christ et anticipe les noces de l’Agneau. La liturgie nourrit ainsi une espérance active, enracinée dans la fidélité de Dieu et attentive aux artisans de paix qui, souvent discrètement, font déjà apparaître les signes du Royaume.

Une espérance partagée dans la prière

La journée s’achève par un dialogue entre participants de différentes traditions chrétiennes. Sandrine Caneri en résume le fil conducteur par cette affirmation : « Choisir la vie, c’est choisir l’espérance. » Elle évoque également, à la suite de saint Silouane, l’humilité de Dieu manifestée dans le Christ. La liturgie conduit les croyants à accueillir cette manière divine d’être et à entrer eux-mêmes dans une attitude de service.

Florence Taubmann observe que le protestantisme est parfois devenu très cérébral. Elle rappelle la nécessité de la prière et la vocation de la communauté à porter celui qui ne sait plus prier ou n’en a plus la force. Le père José Maria Hernandez souligne, pour sa part, que l’insistance catholique sur la présence eucharistique ne doit jamais faire oublier l’attente eschatologique : l’Eucharistie annonce aussi le retour du Seigneur.

Sœur Bénédicte, diaconesse de Reuilly, montre que la répétition liturgique n’est pas une routine, mais une fidélité qui façonne l’existence. Sœur Marie-Pierre confirme que la prière commune constitue une source quotidienne d’espérance. Elle rappelle enfin la place du Notre Père dans la Règle de saint Benoît : la prière conduit au pardon et à la réconciliation.

Au terme de cette journée, la liturgie apparaît comme un chemin où mémoire, présence et attente se rejoignent. Elle enracine les croyants dans le Christ, les rassemble dans la communion et les envoie dans le monde comme témoins de l’espérance.

Martin Hoegger

Autres articles sur la rencontre de Synaxe. Lire ici : https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/


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