Les 70 ans de la Mission évangélique Braille et les 50 ans de son camp d’été
Salle del Castillo, Vevey. Le choeur « One Step » a chanté des Gospels lors de la deuxième partie de la soirée
La Mission évangélique Braille (MEB) a célébré cette année un double anniversaire particulièrement significatif : les 70 ans de sa fondation officielle et les 50 ans de son camp d’été. Le 20 juillet 2026 une fête dans la grande et belle salle del Castillo, à Vevey, a permis de relire une histoire marquée par la fidélité de Dieu, l’engagement de nombreux bénévoles et collaborateurs, ainsi que par une volonté constante de rendre la Parole de Dieu accessible aux personnes aveugles et malvoyantes. Les témoignages de plusieurs acteurs de cette aventure ont montré comment cette œuvre a su évoluer tout en restant fidèle à sa vocation première.
Une œuvre bâtie sur la fidélité
En ouvrant la rencontre, le président Thierry Wolfrath a rappelé que les chiffres de 70 ans et de 50 camps racontent avant tout une histoire de fidélité. Derrière chaque livre braille, chaque enregistrement audio ou chaque camp se cachent des milliers d’heures de travail discret : transcription, relecture, impression, envoi des ouvrages, accueil des participants. Cette œuvre n’a jamais recherché la visibilité, mais a permis à des milliers de personnes de recevoir la Bible et une littérature chrétienne dans des formats accessibles.
Le président a également souligné l’importance des camps d’été, véritables lieux de rencontre où naissent des amitiés durables. Si les livres transmettent la Parole, les camps permettent de vivre la communion fraternelle. Il a exprimé sa reconnaissance envers les bénévoles, les bénéficiaires, les donateurs et les collaborateurs qui, chacun à leur manière, rendent cette mission possible. Il a enfin mis en valeur le caractère interconfessionnel de la MEB et son ouverture croissante à l’Afrique, où elle soutient aujourd’hui des projets éducatifs, inclusifs et de développement.
L’intuition visionnaire d’Edith Huber
Premier invité de la table ronde, Alain Décoppet, auteur d’un livre sur l’histoire de la MEB, a retracé les origines de la Mission évangélique Braille en évoquant sa fondatrice, Edith Huber. Devenue aveugle à vingt ans, celle-ci traversa une longue période de révolte avant de vivre une rencontre décisive avec le Christ. Cette expérience transforma son regard sur sa propre existence et fit naître en elle le désir de partager l’Évangile avec d’autres personnes aveugles.
Très rapidement, elle entreprit de transcrire des textes bibliques en braille et chercha tous les moyens disponibles pour rendre les Écritures accessibles. Son intuition ne s’arrêta pas au braille. Elle comprit également l’importance des séjours communautaires et pressentit le potentiel des futurs supports audio. Alain Décoppet a montré combien cette femme avait su anticiper les évolutions techniques tout en gardant comme priorité la rencontre avec le Christ. Il a également rappelé les différentes étapes de développement de l’œuvre, depuis Lausanne jusqu’aux réorganisations qui ont permis son renouveau dans les années 1970.
L’ouverture œcuménique et le développement international
Ancien président de la MEB, Gérald Cavin est revenu sur deux tournants majeurs de son histoire.
Le premier fut la décision de réaliser une édition braille de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB). À une époque où l’œuvre était encore fortement marquée par ses origines évangéliques, ce choix suscita des discussions importantes. Finalement, la volonté de proposer une Bible pouvant être reçue par l’ensemble de la francophonie chrétienne l’emporta. Cette décision ouvrit durablement la Mission évangélique Braille à une véritable dimension œcuménique. Elle fut rendue possible grâce à une étroite collaboration avec l’Asile des aveugles de Lausanne pour l’impression et avec la Société biblique suisse pour l’édition du texte. Les innovations techniques dans l’embossage du braille permirent ensuite de mener à bien ce vaste projet éditorial.
Le second tournant concerna la coopération avec l’Afrique. Initialement centrée sur la diffusion de littérature chrétienne, la mission prit progressivement conscience que l’annonce de l’Évangile devait aussi répondre aux besoins fondamentaux des personnes. Une réflexion née de situations concrètes conduisit l’association à soutenir des projets d’alphabétisation, de scolarisation, de formation professionnelle et d’autonomie économique. Gérald Cavin a montré comment cette évolution élargissait la mission sans en modifier l’inspiration évangélique.
Une famille qui continue de grandir
Corinne Vergne, présidente de la MEB France, a témoigné de son expérience personnelle en tant qu’aveugle. Entrée dans les camps en 1994, elle a découvert une véritable famille spirituelle. Les soirées de partage, les chants, les enseignements bibliques et la qualité des relations humaines ont marqué durablement son parcours.
Selon elle, malgré les changements de lieux, de responsables et d’organisation, l’essentiel demeure inchangé : la mission reste une communauté chrétienne où la solidarité, l’amitié et l’écoute mutuelle occupent une place centrale. Les camps permettent à chacun de vivre pleinement sa foi tout en bénéficiant d’un climat d’accueil et de confiance.
Préparer l’avenir sans perdre son âme
En tant qu’actuel secrétaire général, Thoma Vuilleumier a porté le regard vers l’avenir. Il a rappelé que, malgré les progrès technologiques, les besoins restent immenses. De nombreuses personnes aveugles n’ont toujours pas accès à la lecture, à l’éducation, à la culture ou à une pleine participation à la vie des Églises, particulièrement dans plusieurs pays africains.
Pour lui, les prochaines années devront conjuguer innovation et fidélité. Les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle et les supports numériques ouvriront des perspectives inédites, mais elles ne remplaceront jamais les relations humaines. Il a identifié trois priorités qui devront continuer à façonner l’identité de la MEB : demeurer une œuvre explicitement chrétienne, poursuivre une innovation adaptée à des moyens souvent modestes et préserver une culture de proximité où bénéficiaires, bénévoles, donateurs et collaborateurs forment une véritable communauté. C’est cette alliance entre foi, créativité et relations humaines qui permettra à la Mission évangélique Braille de poursuivre son service dans les décennies à venir.
Une reconnaissance personnelle
Cette célébration a fait remonter de nombreux souvenirs. J’ai eu la joie de collaborer avec la Mission évangélique Braille dès 1989, alors que j’étais directeur de la Société biblique suisse. Nous avons travaillé ensemble à la réalisation et à la diffusion de la Bible en français fondamental en braille, présentée notamment à l’UNESCO et au pape Jean-Paul II.
Je garde surtout un souvenir très vivant d’un voyage en Côte d’Ivoire et au Bénin avec Alain Décoppet et Robert Schmidt, alors secrétaire général de la MEB. Cette visite a contribué à ouvrir de nouvelles perspectives de coopération en Afrique, notamment dans le domaine de l’alphabétisation des personnes aveugles. Elle illustre bien ce que cette fête a mis en lumière : une œuvre qui, depuis 70 ans, ne cesse d’élargir son horizon tout en restant fidèle à sa vocation première, celle de rendre la Parole de Dieu accessible à tous.
Martin Hoegger


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