Israël est-il le peuple de Dieu ?

Voir ici la vidéo de mon message, à partir de la minute 44.

Mettez-vous à la place de ces disciples de Jésus qui vivaient dans la Turquie actuelle, à qui Pierre dit : « vous n’étiez pas le peuple de Dieu, mais maintenant vous êtes le peuple de Dieu. Vous n’aviez pas connu la compassion de Dieu, mais maintenant vous avez connu la compassion de Dieu. » (1 Pierre 2.9-10)

Imaginez la profondeur de cette révélation. Ils ne connaissaient pas le Dieu d’Israël, ils vivaient dans le paganisme, et voici qu’on leur applique tout ce que l’Ancien Testament disait d’Israël. Ils sont appelés à la sainteté, à vivre dans la Parole, à aimer comme Dieu les a aimés, à le mettre en premier et à aimer leurs proches comme eux-mêmes. 

Ce n’est pas un simple changement de statut religieux, c’est une transformation radicale de leur identité. Ils découvrent qu’ils sont devenus le peuple de Dieu, appelés par la Parole de Dieu, visités par sa miséricorde, pardonnés et vivant dans l’Esprit, tout comme Israël l’a été pendant plus de mille ans.

Tout cela, ils ne le savaient pas. Ils le savent maintenant et ils le vivent : « Vous êtes le peuple de Dieu. »

Une question délicate

Cependant se pose une question délicate. Si délicate que j’aimerais attirer votre attention spirituelle et demander votre prière, afin que je parle droitement, selon la vérité.

La question est la suivante : si l’Église, le peuple de Dieu, le peuple juif est-il encore le peuple de Dieu, ou bien l’Église l’a-elle remplacé ? C’est une question délicate, aussi à cause de la situation actuelle.  

La réponse du Nouveau Testament à cette question est clairement oui, Israël est toujours le peuple de Dieu.

« Les dons et les appels de Dieu sont irrévocables », dit en effet Paul en parlant du peuple juif. (Romains 11.29) 

Et dès le début de l’Évangile, Marie, dans son chant du Magnificat, déclare : « Le Seigneur a relevé Israël, son serviteur, en souvenir de sa miséricorde, comme il l’avait promis à nos pères, à Abraham et à sa descendance pour toujours. »

Pour toujours ! La descendance d’Abraham est le serviteur de Dieu, le peuple de Dieu jusqu’à aujourd’hui. Si Marie le dit, qui suis-je pour le contester ? Voilà ce que dit le Nouveau Testament.

La tragédie de l’histoire de l’Église

Pourtant la tragédie de l’histoire de l’Église, c’est d’avoir fait, dès le deuxième siècle, le raisonnement suivant : parce qu’Israël a refusé de croire en Jésus-Christ et, surtout, l’a crucifié, Dieu aurait rejeté son peuple et l’aurait remplacé par l’Église.  Il ne le visite plus et il déchu de sa grâce.  C’est cette « théologie du remplacement » qui a traversé les siècles. 

Elle s’est cristallisée de manière tragique lors du concile de Nicée, en 325, où l’empereur Constantin écrivait aux Églises : « Nous ne voulons rien avoir à faire avec cette détestable race des Juifs. » https://www.hoegger.org/article/nicee-judaisme/

L’empereur, avec toute son autorité, a donc affirmé que l’Église devait tourner le dos au peuple juif. Alors que le Christ est juif, de mère juive et qu’il accomplit les prophéties juives de l’Ancien Testament !

Cet « enseignement du mépris » – comme le dit Jules Isaac – a traversé les siècles, jusqu’au paroxysme de la Shoah, ce massacre de six millions de Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale.

Heureusement, cet enseignement a été progressivement abandonné au lendemain de la guerre, à la suite du dialogue judéo-chrétien où les Thèses de Seelisberg, du côté protestant en 1946 et la Déclaration Nostra Aetate, vingt ans plus tard, sont des pierres milliaires. 

« L’Alliance jamais révoquée »

Un des acquis de ce dialogue est que l’Alliance avec Israël est irrévocable. Comme le dit le sous-titre du « Manuel de la théologie d’Israël », un livre important récemment écrit par des théologiens protestants, l’Alliance n’est « jamais révoquée ». https://shs.cairn.info/revue-revue-sens-2025-5-page-96?lang=fr    Par conséquent, le peuple juif reste le peuple choisi par Dieu, appelé à « pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec son Dieu » (Michée 6,8).

L’Alliance jamais révoquée ? Je dois vous dire que pendant de longues années, j’ai moi-même eu une profonde hésitation à ce sujet, alors même que j’étais membre des Amitiés judéo-chrétiennes depuis le temps de mes études, en 1985. Ce n’est que récemment, en 2020 que j’ai reçu la conviction que le peuple juif est vraiment encore le peuple de Dieu, à la suite, je crois, d’une grâce particulière de Dieu. 

Il semble aussi que cet acquis du dialogue judéo-chrétien soit aujourd’hui remis en cause, surtout à cause du conflit israélo-palestinien. Certains, même dans l’Église, considèrent le peuple juif comme un peuple comme les autres, et même pire que les autres. Regardez son comportement à l’égard des Palestiniens et le « génocide » perpétré à Gaza, disent-ils. 

Certes, on peut ne pas être d’accord avec certaines lignes de la politique du gouvernement de l’état d’Israël. D’ailleurs l’opposition en Israël ne se gêne pas de le dire et de grandes manifestations ont lieu. Mais remettre en cause le choix de Dieu est une autre affaire. 

J’en ai fait l’expérience l’année dernière où j’ai donné un message dans ce même temple du Mont sur Lausanne sur le verset « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables », où Paul affirme que le peuple juif continue à être aimé de Dieu. https://www.hoegger.org/article/mystere-israel/ J’ai publié ma prédication sur Facebook laquelle a suscité de nombreuses réactions critiques, certaines venant de pasteurs de mon Église qui remettaient radicalement en question l’élection d’Israël.  

La responsabilité de l’Église aujourd’hui

Je reviens au texte de la première lettre de Pierre : « Approchez-vous de lui (le Christ), pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu », Je le mets en lien avec l’Évangile lu ce jour : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jean 14.6)

Cet appel du Christ suivi par celui de Pierre, est valable pour tous, pour le Juifs et les non-Juifs. Tous sont appelés ; il n’y a pas de différences. Tous sont appelés à s’approcher de Jésus.

En lui, Juifs et non-juifs sont réconciliés. C’est le message fondamental de l’apôtre Paul : en Christ, le mur de haine qui s’élevait entre les Juifs et les non-Juifs tombe (cf Éphésiens 2 ; Romains 15). Ce mur de haine que nous voyons parfois se réériger aujourd’hui doit tomber en Christ. Mais pour cela, nous avons sans cesse à nous « approcher de lui, la pierre vivante ». 

Face à l’antisémitisme galopant actuel, la responsabilité de l’Église est de rappeler cela : Israël reste le serviteur et le peuple de Dieu, appelé à pratiquer la justice, à aimer la miséricorde et à marcher humblement avec son Dieu.

Israël reste le peuple de Dieu, mais comme le dit Paul, il est aussi appelé à reconnaître la venue du Messie Jésus. « L’Évangile est une puissance de Dieu, pour le Juif d’abord, pour le Grec ensuite », affirme-t-il (Romains 1.16). 

Jusqu’à aujourd’hui, c’est pour les Juifs d’abord que Jésus est venu. Que veut alors dire vivre l’Évangile avec eux ? L’Évangile est une bonne nouvelle de joie, de justice et de paix. C’est faire le premier pas envers les juifs, les apprécier, les écouter, les visiter, les embrasser, les accueillir, parfois les interroger aussi. Mais l’Église les a jugés et exclus, et continue à le faire, transformant l’Évangile en une mauvaise nouvelle. 

« Le mystère d’Israël »

Au commencement, une multitude de juifs a adhéré au message du Christ, comme le montre ce passage du livre des Actes des apôtres où l’on voit que de nombreux prêtres ont aussi cru en lui (Actes 6.7). 

Mais peu à peu les autorités lui tournent le dos et refusent d’accueillir Jésus. C’est ce qu’on appelle le « mystère d’Israël » : pourquoi Jésus, qui est juif, qui est venu chez les siens, est-il rejeté par son peuple ?

Ce mystère de l’incrédulité d’Israël continue jusqu’à aujourd’hui. C’est un grand mystère que Dieu permet pour nous appeler à aimer et à prier encore davantage pour le peuple élu. 

Mais depuis la création de l’État d’Israël, et en particulier depuis que Jérusalem est sous souveraineté juive (en 1967), ce reste grandit de manière extraordinaire.

Sur les quinze millions de Juifs, aujourd’hui, il y a, estime-t-on, un million de Juifs qui reconnaissent Jésus comme le Messie d’Israël. Peut-être est-ce un signe des temps ?

Les trois dimensions du peuple de Dieu

Pour bien comprendre cette réalité, il me semble nécessaire de distinguer trois dimensions quand on utilise l’expression « peuple de Dieu ». La première dimension est « Israël selon la chair. » Être juif, c’est être né juif. Le peuple juif aujourd’hui, dans toute sa diversité, compte des gens très croyants, des incroyants, des gens fidèles ou infidèles, tout comme parmi les chrétiens. Il y a aussi toutes les positions possibles et imaginables concernant la politique de l’État d’Israël.

La deuxième dimension est ce que l’on pourrait appeler le « reste » d’Israël. Il s’agit de ces Juifs qui restent juifs, pratiquant la loi de Moïse, la Cashrout ou les règles alimentaires, le shabbat, les fêtes du calendrier juif, mais qui reconnaissent Jésus comme leur Messie. Une reconnaissance à laquelle est appelée tout Israël !

La troisième dimension, c’est chacun de nous : les chrétiens issus des nations qui, par la grâce de Dieu sont devenus « peuple de Dieu », branches de l’olivier sauvage greffées sur l’olivier franc qu’est Israël. (Cf. Romains 11)

Voilà ces trois dimensions du peuple de Dieu qu’il nous faut donc garder à l’esprit : Israël selon la chair, le reste d’Israël croyant en Jésus et l’Église issues des nations. 

Deux expériences à Jérusalem

J’aimerais conclure par deux expériences marquantes vécues à Jérusalem.

La première fut un congrès judéo-chrétien sur le thème : « Marcher ensemble à Jérusalem. » https://www.hoegger.org/article/congres-jerusalem/ Durant une semaine, nous avons réfléchi sur le sens de Jérusalem pour les juifs et pour les chrétiens. Puis nous avons marché ensemble dans cette ville. Les juifs expliquant aux chrétiens les lieux de mémoire juive, puis les chrétiens expliquant aux juifs les lieux de mémoire chrétienne.

Nous avons terminé notre parcours au pied des escaliers qui descendent de l’église Saint-Pierre en Gallicante, en dessous du Mont Sion, là où Pierre a renié Jésus à trois reprises. Selon une tradition, c’est ici que Jésus aurait prié pour l’unité de toute la famille humaine : « Que tous soient un. »

C’est là que nous avons eu un premier moment de prière, très simple. Le psaume 23, « Le Seigneur est mon berger », chanté en hébreu par une juive, puis en arabe par des chrétiens palestiniens. Et nous avons renouvelé entre nous une sorte de pacte d’amitié, demandant à Dieu que rien ne puisse nous séparer les uns des autres, et nous engageant à vivre cette fraternité à laquelle nos livres saints nous appellent.

Puis notre chemin nous a conduits dans la vieille ville de Jérusalem, à travers la porte qui ouvre vers le Mur occidental, le Kotel en hébreu. Chacun est d’abord allé y prier individuellement.

Puis nous nous sommes retrouvés en cercle sur la grande place devant le mur. Et nous avons à nouveau prié, l’une tradition s’associant à la prière de l’autre. Nous avons demandé à Dieu de nous utiliser comme des instruments de paix et de réconciliation, de pratiquer la justice et de marcher humblement avec lui, en Israël et partout dans le monde. J’ai eu alors le sentiment très fort que Dieu s’était discrètement glissé parmi nous.

La deuxième expérience, je l’ai vécue en octobre dernier à Jérusalem, dans le cadre du mouvement Vers un second Concile de Jérusalem. Après une conférence que j’ai donnée sur le concile de Nicée et sur la manière dont il a tourné le dos au judaïsme, cinquante chrétiens issus des nations ont demandé pardon à cinquante juifs confessant Jésus comme leur Messie, ce « reste », pour ce séculaire enseignement du mépris. Ce fut un moment d’une grande intensité spirituelle. https://www.communion-unite.org/article/tjcii-graces/

Conclusion 

Je vous la propose par la prière à la suite de ce message, prononcée par François Pache : 

« Prions pour que le Seigneur nous donne de regarder constamment à Lui. Approchons-nous avec confiance du trône de la grâce !

Seigneur, pardonne nos attitudes intérieures, notre dureté de cœur, notre tendance à juger, à classer et à rejeter. Tu nous appelles à un esprit nouveau, un cœur nouveau, rempli de ton amour. Nous te présentons ton peuple, Israël. 

Seigneur, nous te prions pour que le reste d’Israël grandisse, car la bénédiction viendra d’Israël quand il aura accueilli le Seigneur Jésus-Christ. Il sera une source de bénédiction pour le monde entier. 

Nous te prions pour ton peuple, sur lequel nous sommes greffés, comme le dit l’apôtre Paul. Nous te prions pour que le regard que nous portons sur lui soit illuminé de ton amour et de ta fidélité.

Nous te prions pour le monde, au milieu des tensions et des violences, pour faire régner ta paix et susciter des hommes et des femmes de justice et de réconciliation. Nous confions nos malades, ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur cœur. Viens les visiter, les soutenir, les relever. Donne sagesse et compassion à ceux qui les soignent. Nous te prions pour les chrétiens persécutés, pour les couples et les familles, pour les jeunes qui cherchent à faire quelque chose pour annoncer l’Évangile. 

Seigneur, bénis-les, encourage-les. Nous te présentons nos proches, nos amis, ceux qui nous sont chers. Bénis-les, accompagne-les et fais de nos relations des lieux de vie, de vérité et de grâce. Fais de nous, Seigneur, des témoins fidèles de ton amour, des porteurs d’espérance, là où tu nous places. Nous avons confiance en toi, car tu es le chemin, la vérité et la vie. »

Questions pour le partage en petits groupes

  1. Qu’est-ce que cela change dans notre foi de reconnaître qu’Israël demeure le peuple de Dieu et que l’Alliance avec lui n’a jamais été révoquée ?
  2. Comment l’Église peut-elle aujourd’hui vivre l’Évangile avec le peuple juif autrement que dans le jugement, en entrant dans une attitude d’écoute, de respect et de fraternité ?
  3. Dans notre vie concrète, comment sommes-nous appelés à devenir des artisans de paix et de réconciliation, là où des murs de méfiance ou de rejet se sont dressés ?

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