Pâques dans nos maisons.

        
          Dimanche dernier de Pâques restera sans doute marqué dans les annales de l’Église. Pour se protéger d’une pandémie, le peuple chrétien, en solidarité avec une grande partie de l’humanité, à dû célébrer le Ressuscité dans les maisons.

            Voir le culte où je donne cette méditation

             Une expérience qui nous relie aux premiers disciples de Jésus qui, le soir de la première Pâques, étaient enfermés dans une maison parce qu’ils avaient peur. (Jean 20,19-22)

            Mais le Ressuscité est venu au milieu d’eux apportant, avec sa présence confiance, paix, joie et pardon.

            C’est ce que sa venue au milieu de nous veut réaliser aujourd’hui. Il n’est pas nécessaire d’être une grande foule rassemblée dans une cathédrale ou sur une place pour vivre cette promesse de Jésus. Il suffit d’être à deux ou trois : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mat 18,20).

            Cette célèbre parole de Jésus prend un relief particulier dans la situation de confinement que nous vivons. Elle se réalise dans tant de maisons qui deviennent autant d’ »Eglises domestiques ». Sans doute l’Esprit saint la souligne aujourd’hui et nous appelle clairement à la vivre. L’Eglise est avant tout la vive présence de Jésus ressuscité parmi nous.

           

L’espérance des prophètes

            Cette promesse de la présence de Dieu parmi nous accomplit l’espérance des prophètes.

            En fait toutes les promesses de Dieu à son peuple de la première alliance concernent la venue de Dieu au milieu de nous.

            Abraham a reçu la promesse que Dieu le bénirait, ainsi que sa descendance. Qu’il serait avec lui dans tout ce qu’il ferait.

            Moïse a reçu la révélation du nom du Seigneur, le tétragramme (YHWH) qui signifie « Je suis celui qui est ». Il lui dit: « Je serai avec toi« .

            Au temps de David et de Salomin, le temple est devenu le lieu de la présence de Dieu, de la « Shekina », la gloire de Dieu.

            Les prophètes annoncent le jour où Dieu interviendra d’une manière définitive en établissant sa présence au milieu des hommes.

            « Ne crains rien ! Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi comme un héros qui sauve, » annonce le prophète Sophonie (Soph 3,16-17)

            Esaïe annonce la venue de l’Emmanuel, d’un enfant dont le nom signifie « Dieu avec nous ».

            C’est ce nom que recevra Jésus. Il est l’Emmanuel annoncé par les prophètes.

            Jésus avait conscience de cela quand il promet sa présence à deux ou trois unis en lui et lorsqu’avant de quitter les siens pour rejoindre le Père, il leur dit : « Voici, je suis tous les jours avec vous, jusqu’à la fin des temps ». (Mat 28,20)

            Jésus ressuscité, présent au milieu de sa communauté est l’accomplissement de l’espérance des prophètes. Il est l’Éternel notre Dieu au milieu de nous, comme un héros qui sauve. (Soph. 3,16-17)

            Cette promesse devient réelle pour nous lorsque nous la lisons à la lumière de Jésus ressuscité, notre Dieu présent au milieu de nous.

            Les premiers disciples ont vécu cela, lorsque le soir de la première Pâques, ils étaient réunis dans une maison.

            Jésus est venu et se tient au milieu d’eux et leur dit « La paix soit avec vous ».

            Cette présence de Jésus ressuscité dans cette première communauté accomplit toutes les promesses de l’Ancien Testament concernant la venue de Dieu. Jésus est l’Éternel, notre Dieu au milieu de nous.

 

La perle de l’Évangile

            Les disciples avaient-ils conscience de cela, quand Jésus est venu au milieu d’eux ?

            Se rendaient-ils compte que sa présence était l’accomplissement de toutes les espérances, la réalisation des rêves les plus fous des prophètes ?

            Se souvenaient-ils de ses paroles que lui-même avait dites, lorsqu’il leur avait promis sa présence là où deux ou trois sont rassemblés en son nom.

            Car c’est bien à cause de Jésus que les disciples étaient réunis dans cette maison.

            A cause du témoignage de Marie-Madeleine, de Pierre et de Jean, qui le matin leur avaient annoncé cette grande nouvelle : « Il est vivant » !

            Ils étaient là à cause de lui, comme nous le sommes aujourd’hui dans nos maisons.

            Et nous devons croire que la même chose se passe pour nous, bien que nous soyons très inférieurs aux apôtres. C’est-à-dire qu’il est au milieu de nous à chaque fois que nous nous réunissons en son nom.

            Sa venue parmi nous apporte confiance, paix et joie

            

            La venue de Jésus parmi les apôtres apporte la confiance. Tant de fois il dit: « n’ayez pas peur« !

            C’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui : une confiance du cœur qui chasse la pandémie de la peur.

 

            La venue de Jésus parmi nous apporte la paix. « Que la paix soit avec vous » ! Ce sont les premières paroles de Jésus aux disciples. Et il les répète, comme pour nous assurer que nous en avons doublement besoin.

            Sa paix nous délivre de la colère qui nous gagne si facilement.

 

            La venue de Jésus nous apporte aussi la joie : « Les disciples furent remplis de joie en voyant Jésus ».

            Cette présence de Jésus au milieu de nous est la perle de l’Évangile

            Elle est le trésor de l’Église.

            Elle est le diamant de toute communauté.

            Elle a plus de valeur que les biens les plus grands, plus de valeur que les affections les plus profondes, plus de valeur que les connaissances les plus élevées.

 

Grâce et responsabilité.

            Elle est à la fois une grâce et une responsabilité.

            Une grâce, car les apôtres ne s’y attendaient pas. Elle les a surpris et transportés de joie, au-delà de tout ce qu’ils pouvaient rêver et espérer.

            C’est ainsi lorsque Jésus vient au milieu de nous. Il nous surprend, nous déroute, donne des inspirations nouvelles, nous conduit, nous rassure, nous donne un élan de joie et de fraternité.

            Mais c’est aussi une responsabilité.

            Déjà les prophètes de l’Ancien testament annonçaient que la venue de Dieu se ferait au milieu d’un reste, d’une petite communauté de personnes humbles et pauvres de cœur. Dieu ne vient pas au milieu de la multitude, mais parmi ceux qui cherchent sa face, qui vivent dans l’amour réciproque et recherchent ce qui unit les cœurs.

            Ainsi en va-t-il aujourd’hui, et en particulier dans le temps de confinement que nous devons vivre, malgré nous. Cette expérience unique est sans doute un fort et clair appel de Dieu.

            Jésus vient où l’on se rassemble « en son nom » (Mat 18,20), c’est-à-dire où l’on veut vivre son style de vie

            Jésus vient au milieu de nous lorsque nos relations sont clarifiées par un pardon plein et du fond du cœur. Il vient au milieu de nous lorsque nous soulignons le positif chez l’autre ; il vient au milieu de nous lorsque nous discernons son image sur le visage de chaque frère et sœur ; il vient au milieu de nous lorsque nous faisons le vide en nous pour accueillir la joie et la peine de l’autre.

 

Appel au pardon

            Pour pouvoir venir au milieu de nous, il nous appelle à être des ouvriers de paix par le pardon et la recherche de réconciliation.

            C’est pourquoi la première chose que Jésus dit à ses apôtres concerne le pardon: « Recevez l’Esprit…Pardonnez » (Jean 19,23)

            En leur donnant l’Esprit saint, Jésus vient vivre en eux. Ce ne sont plus eux qui vivent, mais le Christ en eux.

            Par l’Esprit saint, Jésus vit en nous et nous donne ce qui l’habite : sa confiance dans le Père, sa paix, sa joie et son pardon.

            La promesse Jésus est non seulement de venir au milieu de nous, mais aussi de vivre en nous. « Ce n’est plus moi qui vis, mais Christ qui vit en moi » (Galates 2,20).

             Il nous donne la force de pardonner, comme il a pardonné à ceux qui lui ont tant fait de mal et de transmettre ce pardon comme de le vivre nous-mêmes.

            Chaque jour et chaque heure, nous avons besoin de vivre de ce pardon.

            Le pardon reçu et offert, c’est quelque chose que nous pouvons ressentir : joie et harmonie. L’Esprit saint fait souffler alors une douce brise, dans la paix du soir, comme aux premiers jours de la création (Genèse 3,8).

            Même si nous ne le ressentons pas, ne nous inquiétons pas. Continuons à aimer. Un jour, viendront des temps de plus de plus grande plénitude, comme l’écrit Frère Roger, de Taizé :

            « Là où il y a l’amour, Dieu est présent. Ne nous fatiguons pas à nous inquiéter si nous n’en ressentons rien. Là où il y a une vivante charité, Dieu est présent, plus encore : il l’est en plénitude ».

 

Appel à l’unité

            Oui, chacun est responsable de faire grandir la présence du Christ parmi nous, à travers le pardon et la recherche de l’unité.

           Veillons donc à nous accorder les uns aux autres, à chercher l’unanimité dans la diversité comme le faisaient les premiers chrétiens : « Ils étaient un seul cœur » (Cf Ac. 4,32). Plus nous chercherons la concorde, plus Jésus Christ sera présent au milieu de nous.

           Gardons cette concorde de toutes nos forces ! Ou rétablissons-la si elle venait à manquer, en nous aidant, en nous appréciant et en nous soutenant les uns les autres.

           Avançons non par nos propres forces, mais par celles de Jésus qui vit en nous !

           Vivons notre vie présente « dans la foi au Fils de Dieu qui nous a aimés et qui s’est livré lui-même pour nous ».(Gal 2,20)

           En lui, donnons-nous les uns aux autres afin qu’il soit au milieu de nous et en nous !

 

Conclusion: l’Eglise de l’avenir.

           Vivre consciemment la présence du Ressuscité parmi nous est l’avenir de l’Église.

           Il y a plus de dix ans, j’ai écrit un texte « J’ai fait un rêve, une Église fraternelle » où je disais que le défi pour l’Église réformée d’aujourd’hui est de susciter la communauté fraternelle au sein de la paroisse. Comment : en créant des petites communautés où chacun peut partager sa vie à la lumière de l’Évangile. La paroisse de demain sera une « communion de petites communautés ». Et la célébration dominicale, avec en son centre le repas du Seigneur, sera l’expression plus large de cette communion.

           Il me semble que ce que nous vivons ces jours nous y appelle. Comme nous ne pouvons pas nous rassembler nous découvrons que nos maisons peuvent devenir des petites « Églises domestiques ».

           Chiara Lubich écrivait ces paroles prophétiques en 1960 : « Et si les églises sont fermées, qui peut détruire le temple vivant de Dieu qui est le Christ au milieu de nous ? Et si les sacrements sont annulés, comment ne pas boire à cette fontaine d’eau vive qui est la charité vivante au milieu de nous, qui est le Christ au milieu de nous »

           Depuis plusieurs années, notre paroisse du Mont sur Lausanne a mis l’accent sur les groupes de partage. Ils sont plus d’une vingtaine aujourd’hui, où l’on peut vivre concrètement la présence du Christ ressuscité. Le tissu de l’Église se renouvelle par ces petites cellules de vie partagée. En fait c’est Jésus au milieu de nous qui accomplit cette œuvre. Et nous en sommes émerveillés !

           Alors pour vivre de la présence du Ressuscité parmi nous, mettons-le au centre de nos vies, vivons en paix les uns avec les autres, pardonnons-nous mutuellement et cherchons ce qui unit !

 

Une prière

A tes disciples apeurés,
enfermés dans une maison,
tu apportes la confiance du cœur.
Par ta salutation de paix,
tu chasses le trouble et la colère.
Tu fais habiter la joie
à la place de la tristesse.
Tu souffles l’Esprit,
force de pardon.
 
En ce temps de confinement,
visite nos maisons !
Viens au milieu de nous
comme au premier soir !
Verse maintenant sur nous
ta confiance et ta paix,
ta joie et ton pardon !

Questions pour un partage

– Quelle est ma plus grande peur dans la situation actuelle de pandémie?

– Comment la foi au Christ ressuscité m’aide-t-elle à la surmonter?

– Que représente pour moi la présence du Christ parmi nous?


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