Le dialogue interreligieux. Une rencontre au service de la vérité et de la paix

Le dialogue interreligieux occupe aujourd’hui une place importante dans des sociétés marquées par la diversité culturelle et religieuse. Pour les chrétiens, il ne s’agit pas seulement d’un exercice de coexistence pacifique, mais aussi d’une occasion de rencontre, d’écoute mutuelle et de témoignage. Dans cet article, je partage mon parcours dans le dialogue interreligieux, les expériences qui l’ont façonné, ainsi que quelques convictions sur ses objectifs, ses défis et ses perspectives. Cette démarche s’enracine dans la foi chrétienne tout en cherchant à construire des relations authentiques avec des personnes appartenant à d’autres traditions religieuses.

 

Un chemin commencé par le dialogue judéo-chrétien

Mon premier engagement dans le dialogue s’est réalisé dans le cadre du dialogue judéo-chrétien. À l’époque où j’étais assistant d’Ancien Testament à l’Université de Lausanne auprès du professeur Samuel Amsler, président des Amitiés judéo-chrétiennes, j’ai découvert l’importance de cette rencontre particulière. Mais le dialogue avec le judaïsme possède une dimension singulière pour les chrétiens, puisqu’il touche aux racines mêmes de leur foi. Selon l’image de l’olivier développée par l’apôtre Paul, les chrétiens ont été greffés sur l’olivier d’Israël.

Par la suite, diverses rencontres ont élargi mon horizon. Mon engagement au sein du comité de la Maison de l’Arzillier, à Lausanne, m’a permis de participer à un dialogue multilatéral réunissant juifs, musulmans, bahaïs, bouddhistes, hindous et chrétiens de différentes traditions. À cette époque, j’étais délégué de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud auprès de cette maison consacrée au dialogue interreligieux. Cette expérience m’a fait découvrir la richesse et la complexité de la rencontre entre traditions diverses.

 

L’apport des Focolari et de Sant’Egidio

Depuis plus de trente ans, je suis lié au mouvement des Focolari. Ce mouvement de spiritualité, enraciné dans l’Église catholique mais ouvert à des chrétiens de nombreuses confessions, place au centre de sa vie la prière de Jésus : « Que tous soient un » (Jean 17,21). Pour les Focolari, le dialogue constitue un moyen privilégié de répondre à cette aspiration à l’unité.

Le dialogue y est compris comme une rencontre fondée sur l’amitié, le respect, l’écoute et l’accueil réciproque. Mais il ne se réduit pas à sa dimension relationnelle. Il demeure également lié au témoignage de la foi. Cette conviction s’exprime notamment dans le document du Vatican intitulé Dialogue et annonce, qui souligne la complémentarité entre la rencontre et le témoignage chrétien. 

Dans le cadre des Focolari, j’ai pu vivre – durant des congrès – des dialogues multilatéraux, comme des dialogues bilatéraux avec des juifs, des musulmans et de bouddhistes. 

J’ai aussi trouvé une grande source d’inspiration dans la communauté de Sant’Egidio. Son approche associe la prière, le service des pauvres et la recherche de la paix par le dialogue. Chaque année, ses rencontres internationales offrent un espace privilégié de dialogue entre responsables religieux et acteurs de la société civile.

 

Une expérience concrète avec des musulmans

Depuis une dizaine d’années, je participe à un groupe intitulé « Musulmans et chrétiens en chemin ». Cette initiative rassemble des chrétiens et des musulmans de différentes sensibilités : sunnites, chiites et soufis. Les rencontres régulières permettent de développer une véritable amitié et d’aborder ensemble des questions de spiritualité.

L’objectif n’est pas d’entrer immédiatement dans les débats théologiques délicats, mais de créer un climat de confiance où chacun peut partager ce qui nourrit sa vie spirituelle. Chaque année, une rencontre plus large réunit entre cinquante et quatre-vingts participants autour d’un thème commun. Cette expérience montre que le dialogue peut devenir un véritable cheminement partagé.

 

Quel est l’objectif du dialogue interreligieux ?

Selon moi, le dialogue n’est pas une fin en soi. Certes, il contribue à la paix sociale, à une meilleure compréhension mutuelle et à la diminution des préjugés. Ces objectifs sont importants. Toutefois, pour un chrétien, le dialogue comporte également une dimension de témoignage.

La rencontre avec des croyants d’autres religions m’invite à approfondir ma propre foi. Le regard de l’autre met parfois en lumière des aspects de l’Évangile que j’avais négligés. Le dialogue devient alors un enrichissement mutuel.

Mais il conduit aussi, lorsque le moment est venu, au partage de ce qui nous fait vivre. Comme l’écrit l’apôtre Pierre, nous sommes appelés à rendre compte de l’espérance qui est en nous. Le dialogue authentique ne consiste pas à dissimuler ses convictions, mais à les partager avec respect dans le cadre d’une relation de confiance.

 

Des expériences marquantes

Parmi les expériences qui m’ont particulièrement marqué figurent plusieurs démarches de demande de pardon. Dans le cadre du dialogue judéo-chrétien, j’ai souvent été conduit à reconnaître les blessures causées aux juifs par des siècles d’antijudaïsme chrétien. Cette reconnaissance constitue un acte de vérité indispensable à la réconciliation.

Une autre expérience significative s’est produite lors de l’accueil d’un jeune musulman venu d’Israël dans le cadre d’un programme de rencontres organisé par l’Association « Coexistence » à laquelle je suis relié. Il a logé chez moi durant une semaine. À la suite d’une maladresse de ma part, une tension est apparue. J’ai compris que la seule attitude juste consistait à demander pardon sans chercher à me justifier. Cette démarche a permis d’apaiser la situation et de restaurer la relation. J’y ai vu une illustration concrète de la force réconciliatrice de l’humilité.

 

Les défis du dialogue

Le dialogue rencontre naturellement des difficultés. Les incompréhensions, les divergences doctrinales ou les tensions relationnelles peuvent surgir à tout moment. Lorsqu’une difficulté apparaît, elle ne doit pas être considérée comme un échec, mais comme une invitation à approfondir la relation et la réflexion.

L’un des dangers consiste à rester à la surface des choses et à créer un consensus artificiel où les différences réelles seraient minimisées. Il est essentiel de commencer par ce qui nous rassemble, comme la « règle d’or » présente sous diverses formes dans de nombreuses traditions religieuses. Cependant, il faut également reconnaître avec sérénité les différences qui demeurent. Le respect de l’autre ne suppose pas l’effacement des convictions.

Un autre défi réside dans le passage du dialogue au témoignage. Par crainte ou par respect mal compris, il arrive que les croyants hésitent à partager ce qui constitue le cœur de leur foi. Pourtant, le témoignage fait partie intégrante d’un dialogue authentique, même s’il demande discernement et patience.

 

Pour une culture de la rencontre

Parmi les textes que je considère comme importants figure l’Engagement du Cap adopté lors du Congrès du Mouvement de Lausanne en 2010. Dans mon cours que j’ai donné à l’Institut biblique et missionnaire d’Emmaüs, avant qu’il se transforme dans la Haute École de théologie (HET-PRO) je demandais aux étudiants de l’analyser. La partie consacrée au dialogue de ce document commence par un appel à la repentance. Il reconnaît que les évangéliques n’ont pas toujours su développer des relations d’amitié avec les membres d’autres religions. Cette prise de conscience demeure actuelle, me semble-t-il…pas seulement pour les évangéliques. 

Le dialogue ne remplace pas la mission chrétienne ; il en fait partie. Les obstacles au dialogue deviennent souvent des obstacles au témoignage lui-même. La rencontre respectueuse de l’autre ouvre des chemins que l’affrontement ou l’ignorance ne pourront jamais créer.

Si l’annonce de l’Évangile peut parfois être directe, elle s’inscrit le plus souvent dans une relation de confiance. C’est dans cette relation que peut naître un véritable échange sur les convictions de chacun.

 

Conclusion: avant tout une rencontre 

Le dialogue interreligieux est avant tout une rencontre entre personnes. Il commence par l’écoute, se développe dans l’amitié et peut conduire au partage sincère des convictions les plus essentielles. Mon parcours, du dialogue judéo-chrétien aux rencontres avec des musulmans, des bouddhistes ou des croyants d’autres traditions, m’a convaincu que cette démarche est indispensable dans le monde actuel.

Le dialogue authentique ne cherche ni à effacer les différences ni à imposer ses convictions. Il invite à reconnaître ce qui est commun, à respecter ce qui distingue et à témoigner avec humilité de ce qui nous fait vivre. Lorsqu’il est vécu dans cet esprit, il devient un chemin de paix, de vérité et de fraternité au service de tous.


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