Val de Paix, Québec, 13 juin 2026. J’ai invité les participants à la rencontre de JC2033 à vivre un temps de lectio divina. J’ai précisé d’emblée que les contraintes de l’horaire ne permettraient pas de suivre l’ensemble du processus habituel, qui demande généralement au moins une heure. L’exercice proposé serait donc une forme condensée, un « ristretto » de lectio divina, une initiation destinée à en faire découvrir l’esprit et à en donner le goût.
La lectio divina est une lecture spirituelle de la Bible dont l’objectif n’est pas d’abord l’étude du texte, mais la rencontre avec Dieu à travers les Écritures. Elle repose sur une conviction simple : Dieu continue de parler aujourd’hui par sa Parole et désire se révéler à ceux qui l’écoutent avec un cœur ouvert. Cette démarche s’articule traditionnellement autour de plusieurs étapes : lire, méditer, prier et contempler. Pour cette rencontre, seules les premières étapes seraient brièvement expérimentées.
J’ai également rappelé que cette pratique est vécue depuis plusieurs années dans un cadre œcuménique en Suisse romande. Elle s’inspire notamment de l’expérience du cardinal Carlo Maria Martini à Milan, qui avait encouragé le développement d’une « École de la Parole » œcuménique en Suisse romande. Conçue à l’origine pour les jeunes, cette initiative s’est progressivement élargie et continue aujourd’hui de rassembler des croyants de diverses confessions autour de l’écoute commune de la Parole de Dieu.
Invoquer l’Esprit Saint
Avant d’ouvrir les Écritures, les participants ont été invités à entrer dans une attitude de prière. La lectio divina est en effet une lecture dans l’Esprit Saint, celui-là même qui a inspiré les auteurs bibliques. Comprendre les Écritures ne dépend pas seulement de l’intelligence humaine, mais aussi de l’action intérieure de l’Esprit qui éclaire le cœur du lecteur.
Une prière commune d’invocation à l’Esprit Saint a ainsi ouvert ce temps de méditation. Tous ont été invités à demander ensemble la grâce d’accueillir la Parole et de se laisser transformer par elle.
Écouter le récit de l’Ascension
Le texte choisi était tiré du premier chapitre des Actes des Apôtres (Ac 1, 6-14). Ce passage relate les derniers instants du Christ avec ses disciples avant son Ascension, la promesse du don de l’Esprit Saint et l’attente priante de la première communauté à Jérusalem.
Le récit met en lumière plusieurs thèmes essentiels : l’espérance du Royaume, la mission confiée aux disciples, la puissance de l’Esprit Saint, le témoignage jusqu’aux extrémités de la terre, ainsi que la persévérance dans la prière au sein d’une communauté unie.
Après la lecture du texte, un temps de silence a été observé.
Le silence, premier maître de la lectio divina
J’ai souligné que le silence constitue l’un des instruments les plus précieux de la lectio divina. Dans une société marquée par l’agitation et le bruit, il est devenu rare de pouvoir demeurer ensemble dans le silence pour écouter ce que Dieu veut dire.
Ce silence n’est pas un vide, mais un espace d’accueil. Il permet à la Parole entendue de descendre du niveau de l’intellect vers celui du cœur. Chacun est alors invité à laisser résonner le texte en lui et à discerner ce qui le touche personnellement.
Un mot qui rejoint une expérience de vie
Pour faciliter cette appropriation personnelle de la Parole, les participants ont reçu une consigne simple. Ils devaient relire le texte en silence et choisir un mot ou une expression qui attirait particulièrement leur attention.
Une fois ce mot repéré, chacun était invité à se demander pourquoi il le touchait. Quelle expérience de sa propre vie venait-il éclairer ? Quel souvenir, quelle rencontre, quelle difficulté ou quelle grâce faisait-il remonter à la mémoire ?
Cette démarche permet de découvrir que la Parole de Dieu n’est pas seulement un témoignage du passé, mais une parole vivante qui rejoint concrètement les réalités de l’existence présente.
Partager la Parole reçue
Après ce temps personnel, les participants se sont tournés vers leur voisin ou leur voisine pour un échange à deux.
Dans un premier temps, chacun a simplement partagé le mot qu’il avait souligné. Puis il a expliqué en quoi ce mot rejoignait une expérience vécue. Cette étape du partage constitue un élément important de la démarche. Elle permet de découvrir la richesse des différentes réceptions d’un même texte biblique et de reconnaître que Dieu parle de manière unique à chaque personne.
À travers ces échanges, la Parole devient un lieu de rencontre. Les expériences se croisent, les témoignages s’enrichissent mutuellement et une véritable communion se construit autour de l’écoute de l’Écriture.
Trois appels pour le chemin vers 2033
A la fin de la démarche, j’aurais voulu relever trois éléments importants de ce passage des Actes des Apôtres, qui résonnent particulièrement avec la vision et la démarche de JC2033. Par manque de temps, je n’ai pas pu le faire. Je les livre ci-dessous.
« Vous serez mes témoins »
La première parole mise en lumière est l’appel du Christ à devenir ses témoins. Le témoignage constitue l’un des trois ADN de JC2033. Il ne se limite cependant pas à l’annonce verbale de l’Évangile. Il s’exprime également à travers les actions et les relations.
Le livre des Actes le montre dès les premiers jours de l’Église. Après la Pentecôte, le premier acte significatif des apôtres n’est pas une prédication, mais un geste de compassion et de guérison : Pierre et Jean relèvent un homme paralysé qui mendiait à l’une des portes du Temple. Le témoignage chrétien prend ainsi la forme d’une parole incarnée dans des actes qui manifestent la présence du Christ.
Jésus lui-même a donné un autre critère essentiel du témoignage lorsqu’il déclare : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » La qualité des relations entre les croyants fait partie intégrante de leur mission. Le témoignage chrétien se déploie donc dans trois dimensions inséparables : la parole qui annonce, les actions qui servent et les relations qui manifestent l’amour de Dieu.
« Jusqu’aux extrémités de la terre »
Le second point concerne l’extension universelle de cette mission. Lorsque Jésus parle des « extrémités de la terre », il ne désigne pas seulement des régions lointaines ou des frontières géographiques. Ces extrémités peuvent également être très proches de nous. Elles sont présentes dans nos familles, nos lieux de travail, nos quartiers ou nos cercles d’amis, partout où des personnes n’ont pas encore découvert la joie de l’Évangile ou ne connaissent pas encore réellement le Christ.
Dans les rencontres de JC2033, qu’elles soient organisées en présentiel ou en visioconférence, cette dimension universelle devient particulièrement visible. Des participants provenant de plusieurs continents se retrouvent autour d’une même vision. Les extrémités de la terre sont déjà parmi nous.
Cette réalité invite à renouveler notre compréhension de la mission. Celle-ci n’est plus un mouvement allant simplement d’un continent vers un autre ni l’exportation d’un modèle particulier de christianisme. Dans le monde d’aujourd’hui, les Églises ont besoin les unes des autres. Chacun reçoit des autres des dons, des expériences et des perspectives qui enrichissent son propre témoignage. Nous sommes appelés à devenir ensemble témoins du Christ dans nos diverses « extrémités de la terre ».
« Tous, unanimes, étaient assidus à la prière »
Enfin, le texte attire l’attention sur la communauté réunie dans la chambre haute. Les apôtres ne sont pas seuls. Parmi eux se trouvent des femmes, ainsi que Marie, la mère de Jésus. Tous persévèrent ensemble dans la prière en attendant l’accomplissement de la promesse du Seigneur.
Cette présence discrète mais essentielle des femmes mérite d’être soulignée dans la perspective du chemin vers 2033. Au cours de ces journées, il a souvent été question d’accélération, de multiplication et de mobilisation missionnaire. Ces dynamiques sont tournées vers l’extérieur et vers l’action. Mais toute mission authentique a besoin d’être enracinée dans la communion et dans la prière.
Les femmes jouent un rôle déterminant dans cette dimension relationnelle de la vie chrétienne. Elles contribuent à maintenir l’attention portée aux personnes, à nourrir les liens de communion et à rappeler que le but ultime de la mission n’est pas l’activité elle-même, mais la participation à la vie de Dieu. Cette communion trouve son modèle dans la Trinité, où l’amour circule éternellement entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
La mention de Marie et des femmes priant avec les apôtres rappelle ainsi que le chemin vers 2033 ne pourra porter du fruit que s’il demeure un chemin de prière. Avant d’être une stratégie ou un programme, il est une attente confiante de l’action de Dieu. Comme les premiers disciples réunis au Cénacle, nous sommes appelés à persévérer ensemble dans la prière afin de recevoir l’Esprit Saint et d’être renouvelés pour la mission.
Conclusion
Ce bref exercice de lectio divina a permis aux participants de goûter à une manière de lire la Bible qui unit l’écoute, le silence, la réflexion personnelle et le partage fraternel. À partir d’un même texte, chacun a pu accueillir une parole particulière pour sa vie et découvrir comment l’Esprit Saint continue d’agir aujourd’hui dans le cœur des croyants.
Même condensée en quelques minutes, cette expérience a montré que la Parole de Dieu devient source de communion lorsqu’elle est reçue dans le silence, méditée avec attention et partagée dans la confiance. Elle ouvre alors un chemin où l’écoute de Dieu conduit naturellement à la rencontre des autres.


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