Les Disciples Pierre et Jean courant au sépulcre le matin de la Résurrection (1898), Musée d’Orsay, Paris,
À mesure que nous avançons vers 2033, année où nous célébrerons les deux mille ans de la résurrection du Christ, un mot revient avec insistance dans la vision de JC2033 : « accélération ». Nous voyons déjà se multiplier les rencontres, les initiatives, les réseaux et les appels à la prière.[1]
Mais de quelle accélération parlons-nous ? L’Évangile nous aide à discerner. Après la résurrection, tout semble en effet s’accélérer : on court, on revient à Jérusalem, on part annoncer la Bonne Nouvelle jusqu’aux extrémités de la terre. Pourtant, cette accélération n’est jamais agitation ni précipitation. Elle naît d’une rencontre avec le Ressuscité et conduit à la foi, à l’unité et au témoignage.
Pierre et le disciple que Jésus aimait : courir en s’attendant
Le thème de l’accélération m’a tout de suite rappelé le récit de la course vers le tombeau vide, admirablement représentée par Eugène Burnand.
Après avoir découvert que la pierre a été enlevée du tombeau, Marie de Magdala court avertir Pierre et le disciple que Jésus aimait. Aussitôt, les deux hommes se mettent eux aussi à courir.
Le disciple que Jésus aimait arrive le premier. L’Évangile ne le nomme pas, comme si chacun de nous pouvait se reconnaître en lui. Pourtant, arrivé avant Pierre, il n’entre pas. Il se penche, voit les bandelettes, puis il attend. Accélération ne signifie par précipitation, ni agitation.
Pierre arrive à son tour et entre dans le tombeau. Il voit les bandelettes et le linge qui avait recouvert la tête de Jésus, non pas abandonné en désordre, mais roulé à part.
Ce détail est étonnant. Il semble que Dieu « fait le ménage » et apporte son ordre.
Puis le disciple que Jésus aimait entre à son tour : « Il vit et il crut » (Jean 20,8). Il est le premier à croire sans avoir encore rencontré le Ressuscité. La précipitation peut nous rendre aveugles. Mais lui a attendu et il voit avec le cœur et croit.
Ce disciple est ainsi une figure du disciple de Jésus : il s’est tenu au pied de la croix et, maintenant, il croit devant le tombeau vide. Suivre Jésus, c’est demeurer fidèle dans l’épreuve et faire confiance à la puissance de sa résurrection.
À mesure que 2033 approchera, les initiatives vont certainement se multiplier. Une question se posera alors : allons-nous entrer dans une course où chacun voudra arriver le premier, imposer son projet ou tirer la couverture à soi ?
Le disciple que Jésus aimait est arrivé le premier, mais il a attendu Pierre.
Voilà une image pour notre chemin vers 2033 : nous avons à nous attendre les uns les autres. Certains courent plus vite, d’autres avancent plus lentement. Certains disposent de davantage de moyens, de réseaux ou de visibilité, mais nous ne pouvons avancer véritablement ensemble qu’en respectant le rythme des autres, particulièrement celui des plus petits.
Les disciples d’Emmaüs : du cœur brûlant aux pas pressés
Le récit d’Emmaüs nous montre une autre forme d’accélération.

Stig Petrone : les deux disciples d’Emmaüs sur leur chemin de retour vers Jérusalem… accompagnés par la présence spirituelle du Ressuscité. (Collection privée).
Deux disciples quittent Jérusalem, accablés par la mort de Jésus. Ils marchent lentement, prisonniers de leur déception : « Nous espérions… » (Luc 24,21). Un inconnu les rejoint et marche avec eux. Il écoute leur désarroi, puis leur ouvre les Écritures.
Peu à peu, quelque chose change en eux. Après avoir reconnu Jésus à la fraction du pain, ils se disent : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin ? »
L’accélération commence donc à l’intérieur. Avant que leurs pas ne s’accélèrent, leurs cœurs s’embrasent.
Puis « leurs yeux s’ouvrirent ». Cette expression rappelle le récit d’Adam et Ève. Mais ici, le mouvement est inversé. Après l’ouverture de leurs yeux, Adam et Ève se cachent l’un devant l’autre et devant Dieu. Luc pourrait suggérer ici que le disciple qui n’est pas nommé est la femme de Cléopas. À Emmaüs, au contraire du jardin d’Eden, les yeux ouverts par le Ressuscité conduisent à la communion et au témoignage.
Et ces deux disciples forment déjà une petite communauté. Paul dira : « Dans le Seigneur, la femme n’est pas sans l’homme, ni l’homme sans la femme » (1 Corinthiens 11,11). Ensemble, ils reconnaissent le Ressuscité ; ensemble, ils repartent et exercent le ministère.
Ils se lèvent « à l’instant même » et retournent à Jérusalem. La nuit ne les arrête plus. La rencontre avec le Christ ressuscité provoque une double accélération : intérieure, parce que le cœur brûle ; extérieure, parce que les pieds se remettent en mouvement.
Voilà ce que nous pouvons demander sur le chemin vers 2033 : non pas d’abord davantage d’activités, mais des cœurs brûlants qui mettent nos pas en mouvement.
Thomas : du doute à la mission
Thomas nous fait découvrir une troisième dimension de l’accélération.

Le Caravage, « L’incrédulité de Thomas » (1603), Palais Sans-Souci, Potsdam
Le doute devant la résurrection est une réalité de tous les temps. Il traverse particulièrement nos sociétés postchrétiennes et a également marqué certains courants de la théologie moderne.
Thomas nous enseigne quelque chose d’essentiel : il ne suffit pas de répéter le « kérygme » (le cœur de l’Évangile : la mort et la résurrection de Jésus), aussi indispensable soit-il.
Les autres disciples lui annoncent : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais leur témoignage ne lui suffit pas.
Il faut que Jésus lui-même vienne à sa rencontre.
C’est finalement le Ressuscité qui transforme Thomas. Jésus vient au milieu des disciples et l’invite personnellement à passer du doute à la foi. Thomas répond alors par une des plus fortes confessions de foi de tout le Nouveau Testament : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Après cette rencontre, selon une ancienne tradition chrétienne, la vie de Thomas connaît une extraordinaire accélération missionnaire. Son témoignage est associé à l’Orient. Des traditions anciennes relient en effet son voyage à l’Inde, d’autres à la Chine.
Cette tradition a pris pour moi une dimension très concrète. L’année dernière, Olivier Fleury et moi avons visité Taxila, dans le nord du Pakistan, où l’apôtre Thomas se serait arrêté et aurait témoigné du Christ auprès du roi Gondopharès. J’ai été particulièrement touché de passer deux jours dans cette ville qui avait entendu l’Évangile bien avant la Suisse !
Cela élargit notre regard : dès les premiers siècles, l’Évangile s’est mis en route vers l’Orient comme vers l’Occident. Sur le chemin vers 2033, nous sommes appelés à retrouver cette ampleur universelle de la résurrection.
Lorsque nous avons commencé la prière mondiale de JC2033, il y a une dizaine d’années, nous n’étions que quelques personnes réunies dans nos locaux. Aujourd’hui, chaque dernier vendredi du mois, des personnes d’une vingtaine de pays prient ensemble. Quelle accélération !
Cela nous encourage à envisager 2033 avec foi. Pouvons-nous espérer que, le matin de Pâques 2033, de grands pays comme l’Inde et la Chine, qui rassemblent une part considérable de l’humanité, entendent cette proclamation dans leurs langues maternelles — plus de mille au total :
« Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! »
L’accélération missionnaire ne vient cependant pas de nos seules stratégies. Comme pour Thomas, elle commence par une rencontre : le Ressuscité vient au milieu de nous.
Le véritable accélérateur : Jésus ressuscité au milieu de nous

Nous arrivons ainsi au cœur de l’accélération vers 2033.
Le véritable accélérateur n’est ni une organisation, ni une stratégie de communication, ni la multiplication des événements. C’est Jésus ressuscité présent au milieu de nous :
« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18,20).
Mais cette promesse nous appelle à une manière particulière de vivre ensemble.
D’abord, nous avons à nous accorder. Juste avant cette parole, Jésus déclare : « Si deux d’entre vous, sur la terre, se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit… » (Matthieu 18,19). Le mot grec évoque une symphonie. L’accélération vers 2033 sera donc une accélération de la communion : apprendre à nous écouter, à discerner ensemble, à harmoniser nos différences et à nous réjouir des dons que Dieu a confiés aux autres.
Ensuite, nous avons à nous réunir « en son nom ». Cela signifie davantage que prononcer le nom de Jésus au commencement d’une rencontre. Se réunir en son nom, c’est chercher à vivre entre nous comme lui-même vit avec nous. C’est mettre son commandement de l’amour réciproque au centre de nos relations.
Paul l’exprime admirablement : « Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu » (Romains 15,7).
Voilà peut-être le discernement essentiel pour les années qui nous conduisent vers 2033 : ne pas seulement nous demander comment faire davantage, mais comment permettre davantage au Ressuscité d’être présent au milieu de nous.
Nous découvrirons que le chemin vers 2033 n’est pas d’abord notre projet. C’est le Ressuscité qui nous rejoint, nous rassemble et nous envoie. Plus nous lui donnerons sa place au milieu de nous, plus il pourra accélérer lui-même ce mouvement d’unité et de témoignage, afin que retentisse, jusqu’aux extrémités de la terre, la joie qui a tout commencé au matin de Pâques :
« Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! »
[1] Rencontre des amis de JC2033. Lonay 29 août 2026


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