À la suite de la riche rencontre de Synaxe, qui s’est tenue à Sainte-Marie-aux-Mines du 1er au 7 juillet 2026 sur le thème « La liturgie, source d’espérance », je voudrais apporter une réflexion personnelle sur le sens de la liturgie à partir d’un passage de la lettre aux Hébreux. Après avoir écouté des représentants de diverses traditions chrétiennes, participé à leurs célébrations et partagé leurs expériences, une image biblique s’est imposée à moi : celle de l’espérance comme « ancre de l’âme ». Elle peut aussi être appliquée à la liturgie.
Porter l’espérance à son accomplissement
La lettre aux Hébreux présente l’espérance non comme un simple sentiment d’optimisme, mais comme une réalité fondée sur l’œuvre de Dieu : « Notre désir est que chacun de vous montre la même ardeur à porter l’espérance à son épanouissement jusqu’à la fin » (He 6,11). L’espérance est appelée à croître, à mûrir et à orienter toute l’existence.
La liturgie participe à cette croissance. À chaque célébration, elle replace les croyants dans l’histoire du salut et les invite à regarder au-delà des préoccupations immédiates. Les Écritures proclamées, les psaumes, les prières, les gestes et l’eucharistie orientent l’Église vers le Royaume qui vient. La liturgie apprend ainsi à vivre dans l’attente confiante de l’accomplissement des promesses de Dieu.
« Saisir l’espérance proposée »
L’auteur de la lettre aux Hébreux invite les croyants à « saisir l’espérance proposée » (He 6,18). Cette espérance est un don offert qu’il faut accueillir. La liturgie est précisément l’un des lieux où ce don est continuellement proposé au peuple de Dieu.
Chaque eucharistie unit mémoire, présence et avenir. Nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, nous accueillons sa présence au milieu de nous et nous attendons son retour dans la gloire. Durant la rencontre de Synaxe, le père José Maria Hernandez rappelait avec justesse que l’eucharistie ne peut être comprise uniquement comme la célébration de la présence du Christ : elle demeure aussi une attente de son accomplissement eschatologique. Toute liturgie est tendue vers la venue définitive du Seigneur.
L’ancre qui pénètre au-delà du voile
L’image la plus forte de ce passage est celle de l’ancre : « Elle est pour nous comme une ancre de l’âme, bien fermement fixée, qui pénètre au-delà du voile » (He 6,19).
Cette image est paradoxale. Une ancre descend normalement vers le fond de la mer ; ici, elle s’élève vers le sanctuaire céleste. Elle est fixée là où le Christ est entré comme « précurseur » (He 6,20). Notre espérance ne repose donc pas sur nos propres forces, mais sur le Christ glorifié qui nous précède auprès du Père.
La liturgie rend cette réalité présente. Elle nous unit à la liturgie céleste où le Christ exerce éternellement son sacerdoce. Lorsque l’Église chante le Sanctus avec les anges, elle manifeste que son véritable point d’ancrage est déjà dans le Royaume. Le père Christos Filiotis l’a souligné en présentant la divine liturgie comme une montée vers le Royaume. Les croyants ne viennent pas seulement écouter un enseignement : ils sont introduits dans la communion trinitaire et associés à la louange du ciel.
Une stabilité au cœur des tempêtes
L’ancre ne supprime pas les vagues, mais elle empêche le navire de dériver. De même, la liturgie ne fait pas disparaître les épreuves, les divisions ou les inquiétudes, mais elle rattache continuellement notre vie au Christ ressuscité.
Cette intuition rejoignait les interventions entendues durant la rencontre. Sandrine Caneri présentait l’espérance comme un choix enraciné dans l’humilité de Dieu. Florence Taubmann rappelait, quant à elle, que la liturgie engage toute la personne. Par les gestes, le chant, le silence, les symboles et la beauté, elle fait expérimenter l’espérance avant même que celle-ci ne soit formulée en concepts.
Une ancre dans la communion trinitaire
La liturgie est enfin une ancre parce qu’elle nous introduit dans la vie même de Dieu. Toute célébration est adressée au Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint. En s’unissant à la prière du Christ, l’Église participe déjà à la communion de la Trinité.
C’est aussi, me semble-t-il, l’un des fondements de la vocation œcuménique de Synaxe. Malgré la diversité de leurs traditions liturgiques, tous les chrétiens sont tournés vers le même sanctuaire céleste, où le Christ est entré pour nous. Avant même que l’unité visible soit pleinement réalisée, ils partagent déjà la même espérance.
La liturgie apparaît ainsi comme une véritable « ancre de l’âme ». Elle fixe notre existence dans le Christ ressuscité, nous fait participer dès maintenant à la liturgie du ciel et nous permet de vivre, au cœur des incertitudes de ce monde, de cette espérance déjà solidement établie « au-delà du voile », là où Jésus est entré comme notre précurseur.
L’amour, une voie infiniment supérieure… aussi pour la liturgie
Au dernier jour de Synaxe, le 6 juillet, la lectio divina animée par Irina Brandt sur 1 Corinthiens 12,31–13,13 a apporté un éclairage important. Paul annonce « une voie infiniment supérieure » : celle de l’amour. Cette voie vaut aussi pour la liturgie. Sans la charité, les plus belles célébrations risquent de rester vaines. Mais lorsqu’elle conduit à aimer, à servir, à pardonner et à rechercher l’unité, la liturgie porte son fruit. L’amour devient alors le critère de son authenticité. Ancrés dans le Christ par la célébration, nous sommes envoyés sur cette voie supérieure : vivre la « vive charité » au cœur de nos relations et de notre monde.
Martin Hoegger
Autres articles sur la rencontre de Synaxe. Lire ici : https://www.hoegger.org/article/liturgie-esperance/


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