Le 20 juin 2026, la paroisse réformée de l’Entre-deux-Lacs à Cressier a organisé une journée de réflexion consacrée à l’avenir d’Israël, de la Palestine et aux questions qu’elles soulèvent dans les Églises. Face à un conflit qui suscite passions et divisions, cette rencontre a privilégié l’écoute et le dialogue. Plusieurs intervenants d’horizons différents ont partagé leurs analyses, leurs expériences et leurs espérances.
Oser parler ensemble
En ouvrant la journée, Ernest Geiser a souligné la difficulté croissante d’aborder la question israélo-palestinienne dans les communautés chrétiennes. Les convictions sont souvent fortes et les blessures nombreuses. L’objectif n’était pas d’organiser un débat mais d’apprendre à écouter des personnes qui ne partagent pas nécessairement les mêmes points de vue. Citant le psaume 31 — « Tu dresses mes pieds au large » — il a invité chacun à prendre du recul par rapport aux positions idéologiques et à entrer dans un espace de dialogue.
Etre « pro-paix »
Jean-Jacques Meylan a présenté les principales idées de son récent livre « Israël en son mystère. » Selon lui, la question essentielle n’est pas de choisir entre être pro-israélien ou pro-palestinien, mais d’être « pro-paix ». Il a rappelé que la Bible ne peut être lue de manière sélective pour justifier une position politique. Les textes de bénédiction envers Israël doivent être lus avec ceux qui rappellent les exigences de justice et de responsabilité.
Pour lui, le peuple juif porte une vocation particulière, mais cette vocation ne peut être comprise comme une séparation d’avec les autres peuples. Isaac et Ismaël participent tous deux à la bénédiction d’Abraham. La Terre sainte est avant tout un lieu où la dignité humaine doit être respectée. Il a conclu en rappelant la question biblique fondamentale : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »
André Katz : construire des ponts
Membre du comité de l’association Coexistences, André Katz a présenté les initiatives qui favorisent la rencontre entre Israéliens et Palestiniens.Juif de culture, il a insisté sur l’importance de distinguer la critique d’un gouvernement de la remise en question du droit à l’existence d’Israël.
Il a présenté le travail de Coexistences, qui accueille en Suisse des jeunes, des responsables d’écoles, des militants pour la paix et des acteurs du dialogue venus d’Israël et de Palestine. Ces rencontres permettent à des personnes issues de communautés opposées de dialoguer et de découvrir l’autre autrement que par les récits de conflit.
Pour André Katz, ces initiatives peuvent sembler modestes, mais elles préservent des espaces indispensables de confiance. Elles rappellent que les réconciliations jugées impossibles aujourd’hui peuvent devenir les réalités de demain.
Rencontrer l’autre face à face.
Invité à partager son expérience de la Terre Sainte, Martin Hoegger a évoqué près de 30 années de rencontres avec des juifs, des chrétiens et des musulmans. Son témoignage a mis en lumière l’importance de « rencontrer l’autre face-à-face. »
Il a évoqué plusieurs figures marquantes, notamment Émile Shoufani à Nazareth, Margaret Karram des Focolari, ainsi que de nombreux artisans de paix rencontrés à Jérusalem et dans d’autres endroits. Tous partagent la conviction que les solutions politiques demeurent insuffisantes si les relations humaines ne sont pas transformées.
Il a également souligné l’importance du dialogue judéo-chrétien, qui a conduit les Églises à reconnaître que l’Alliance de Dieu avec le peuple juif demeure irrévocable. Son expérience lui a appris que la paix naît d’abord de la rencontre personnelle, de l’écoute et de la prière commune. Malgré les violences actuelles, il demeure convaincu que l’Esprit de Dieu continue d’agir discrètement à travers les chemins du dialogue.
Mémoire et responsabilité
Journaliste et membre du Cercle Martin Buber, Emmanuel Deonna a proposé une lecture historique du conflit. Selon lui, il est impossible de comprendre la situation sans tenir compte à la fois de la mémoire juive marquée par la Shoah et de la mémoire palestinienne marquée par la Nakba.
Ces deux récits portent des souffrances réelles qui ne s’annulent pas mais se rencontrent douloureusement dans l’histoire contemporaine. Il a critiqué les extrémismes des deux camps, qui alimentent mutuellement la peur et la radicalisation.
S’inspirant de Martin Buber, il a rappelé que le dialogue commence lorsque l’autre cesse d’être un objet ou un ennemi pour devenir un « tu ». Il a également insisté sur la responsabilité de la Suisse : lutter contre l’antisémitisme, l’islamophobie et toutes les formes de haine, tout en soutenant les initiatives qui favorisent la rencontre et la coexistence.
La réconciliation comme vocation
L’entretien vidéo avec Salim Munayer, fondateur du mouvement Musalaha (« réconciliation » en arabe), a constitué le dernier temps fort de la journée. Chrétien palestinien citoyen d’Israël, il a raconté comment il a créé en 1990 un ministère de réconciliation entre Israéliens et Palestiniens.
Pour lui, la réconciliation est au cœur de l’Évangile. Elle exige justice, vérité et compassion. Son expérience lui a montré que la rencontre ne peut avoir lieu que lorsque les personnes sortent de leurs positions habituelles. C’est pourquoi Musalaha organise notamment des traversées du désert où Israéliens et Palestiniens apprennent à se connaître dans un cadre dépouillé.
S. Munayer a également lancé un appel à la compassion. Il a invité chacun à refuser la haine et à reconnaître la souffrance de tous les êtres humains. Selon lui, aimer son ennemi n’est pas un idéal irréaliste mais une nécessité pour préserver sa propre humanité.
Ajuster notre regard
En conclusion, Jane Maire, initiatrice de cette riche journée, a invité chacun à discerner ce qu’il pouvait mettre concrètement en pratique. Elle a souligné l’importance d’éviter les généralisations et a comparé la vie spirituelle à un piano qui doit être régulièrement réaccordé. De même, nos regards et nos jugements ont besoin d’être ajustés.
Cette journée n’a pas prétendu apporter des solutions à une situation complexe. Elle a cependant montré qu’un autre chemin demeure possible : celui de l’écoute, du dialogue, de la compassion et de la rencontre. Un chemin exigeant, mais conforme à l’appel du Christ à devenir des artisans de paix.
Martin Hoegger


Laisser un commentaire