Les Disciples Pierre et Jean courant au sépulcre le matin de la Résurrection (1898), Musée d’Orsay, Paris,
Cette méditation a été donnée le 3 septembre 2026 dans l’église de Montpreveyres, à l’occasion d’un temps de prière organisé par le Gîte El Jire, qui accueille des pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Dans ce lieu traversé par tant de marcheurs, le récit de la course de Marie de Magdala, de Pierre et du disciple que Jésus aimait vers le tombeau prend une résonance particulière. Il nous parle à la fois de mouvement et d’arrêt, d’accélération et d’attente. Ces images éclairent aussi le chemin des chrétiens vers 2033, année du deux-millième anniversaire de la résurrection du Christ.
La course vers le tombeau
Ce qui est frappant dans le récit de la résurrection de Jésus, au chapitre 20 de l’Évangile selon Jean, c’est la course, si bien peinte par le peintre Eugène Burnand.
Lorsque Marie de Magdala découvre le tombeau vide, elle court avertir Pierre et le disciple que Jésus aimait. Celui-ci n’est pas nommé dans l’Évangile. On peut y voir une invitation adressée à chacun de nous à nous identifier à lui. Cet autre disciple que Jésus aimait, c’est toi, c’est moi.
Pierre et l’autre disciple sortent alors et se mettent eux aussi à courir. Le même verbe est utilisé. Mais le disciple que Jésus aimait court plus vite et arrive le premier au tombeau.
Deux détails de ce récit m’ont particulièrement frappé.
Le premier est que le disciple que Jésus aimait, bien qu’il soit arrivé le premier, n’entre pas immédiatement dans le tombeau. Il s’arrête devant l’entrée et laisse Pierre entrer avant lui.
Le second détail concerne les linges funéraires. Les bandelettes qui entouraient le corps de Jésus sont là, tandis que le linge qui recouvrait son visage a été plié et déposé à part.
Deux ralentissements
Dans ce récit marqué par la course et l’accélération, nous rencontrons donc deux ralentissements.
Le disciple que Jésus aimait s’arrête. Il ne se précipite pas dans le tombeau. Ce n’est qu’ensuite qu’il entre. Alors, « il vit et il crut ». Il est le premier à croire. Peut-être cet arrêt, ce calme, lui ont-ils permis de voir et de croire. Pierre, lui, est entré immédiatement, mais le texte ne dit pas à ce moment-là qu’il a cru.
Il y a aussi ce linge soigneusement plié. C’est un détail étonnant. On pourrait presque dire que Dieu fait le ménage après la résurrection ! Pourquoi ce linge est-il ainsi plié ? Je n’ai pas vraiment de réponse, mais j’aime cette image de Jésus qui, après sa résurrection, prend le temps de mettre de l’ordre dans le tombeau. Il donne ainsi une dignité sans pareille aux tâches ménagères !
Dans un récit où tout semble aller très vite, Jésus a pris le temps de plier ce linge. Cela nous invite peut-être simplement à prendre, nous aussi, le temps nécessaire.
Une accélération vers 2033
Depuis dix ans, je collabore à une initiative œcuménique appelée JC2033, qui invite les chrétiens à se préparer aux deux mille ans de la résurrection du Christ, en 2033.
Durant ces années, nous avons visité de nombreux pays et rencontré beaucoup de responsables d’Églises, mais aussi des paroisses et des chrétiens engagés localement. Samedi dernier, nous avons vécu la Journée des amis de JC2033, précisément autour du thème de « l’accélération ».
En effet, à mesure que nous avançons vers 2033, les choses semblent s’accélérer. Il s’agit d’une sorte de pèlerinage vers une date symbolique importante pour tous les chrétiens.
Il y a dix ans, nous étions parmi les premiers à attirer l’attention sur la signification de cet anniversaire et sur la nécessité de nous préparer à le célébrer, mais surtout à le célébrer ensemble.
En novembre dernier, le pape Léon a invité tous les chrétiens à entreprendre un « chemin spirituel vers 2033. » Lors d’une célébration à Istanbul, il a également invité les responsables des Églises à se retrouver en 2033 à Jérusalem, « aux racines de notre foi. »
De même, l’Alliance évangélique mondiale a inscrit 2033 dans son programme, en mettant l’accent sur le témoignage : témoigner ensemble de notre espérance née de la résurrection du Christ.
Accélérer sans se précipiter
Il y a donc une accélération. Mais il ne faudrait pas que l’accélération devienne précipitation et que chacun se mette à courir dans sa propre direction.
Le pèlerinage vers 2033 ne doit pas devenir une course où chacun cherche à arriver le premier. Le récit du matin de Pâques nous apprend autre chose.
Bien sûr, chaque Église et chaque fédération d’Églises est libre de préparer son propre programme. Mais il est également important de vivre ce chemin ensemble. C’est le sens de notre initiative : appeler à l’unité, afin que les chrétiens sachent s’attendre les uns les autres et prennent le temps de bien faire les choses ensemble.
Nous avons, nous aussi, à « plier nos linges », à nous attendre à l’entrée du tombeau, afin d’y entrer ensemble et de témoigner ensemble du Christ ressuscité.
Marcher au rythme les uns des autres
Il me semble particulièrement significatif de partager cela dans cette petite église située sur un chemin de pèlerinage, dans le cadre de la prière organisée par le Gîte El Jire.
Le pèlerinage nous apprend à avancer à un certain rythme. Le vrai pèlerin est aussi celui qui sait marcher au rythme des autres, et notamment au rythme de celui qui avance le plus lentement.
J’en ai fait plusieurs fois l’expérience sur des chemins de pèlerinage. Lorsque j’étais fatigué, j’étais heureux qu’un autre pèlerin reste auprès de moi et marche tranquillement à mes côtés.
Puissions-nous avancer ainsi les uns avec les autres : sans transformer l’accélération en précipitation, en sachant nous attendre et en marchant ensemble.

