Vers un concile de Jérusalem II : retrouver la communion avec le peuple juif

Le Centre Notre Dame à Jérusalem, où a eu lieu le Congrès

Du 20 au 22 octobre 2026, le mouvement « Vers un concile de Jérusalem II » (TJCII) a tenu son premier « Sommet » à Jérusalem, au Centre Notre Dame. Des disciples juifs de Jésus et des chrétiens de diverses Églises et nations s’y sont réunis pour approfondir la réconciliation entre Juifs et non-Juifs dans le Christ.

Je participe à ce mouvement depuis trois ans, à la suite d’une rencontre à Wengen, en Suisse, qui m’avait particulièrement touché. Cet engagement prolonge les « Montées de Jérusalem » auxquelles j’ai participé durant plusieurs années. L’année dernière, j’avais déjà participé à une rencontre préparatoire à Jérusalem. Après une journée de retraite et de prière dans les lieux saints, j’ai abordé cette rencontre avec une attente particulière.

Écouter Dieu après le 7 octobre

Les événements du 7 octobre 2023, la guerre et la recrudescence de l’antisémitisme ont marqué la rencontre. Marty Waldman, directeur de TJCII, a rappelé que l’essentiel n’est pas d’élaborer des stratégies, mais d’écouter le Seigneur et de discerner sa volonté.

Des représentations symboliques (« prophetic enactments ») inspirées des livres d’Esther et de Joël ont invité les participants à reconnaître les menaces contre le peuple juif et à rejeter toute justification religieuse de la violence. Des prières de repentance ont rappelé les persécutions antijuives et la responsabilité historique des Églises.

Mais la réconciliation exige également de dépasser la polarisation du conflit israélo-palestinien. Reconnaître Israël ne signifie pas rejeter les Palestiniens, ni inversement. Les participants ont été appelés à reconnaître la souffrance de chaque peuple et à rechercher ensemble la justice et la paix.

« L’Humanité Nouvelle » : une communion dans la diversité

Au cœur de TJCII se trouve la vision de « l’Homme Nouveau » de la lettre de Paul aux Éphésiens (chapitre 2). Il affirme que par le don de sa vie, Jésus a abattu le mur séparant Juifs et non-Juifs pour les réunir en un seul corps, sans abolir leurs identités. 

Cette communion prend une dimension concrète dans les relations entre croyants juifs en Jésus et chrétiens arabes. Plusieurs témoignages ont évoqué les blessures de la Shoah, de l’exil palestinien, des guerres et des territoires palestiniens. Le pasteur palestinien Bassem Adranly a insisté sur la nécessité d’écouter la souffrance de l’autre avant la sienne.

D’autres témoignages ont montré comment la rencontre personnelle avec Jésus peut transformer la haine en amour. Une réconciliation est possible quand elle passe par l’écoute des histoires personnelles, la consolation mutuelle, le pardon et l’hospitalité.

Retrouver les racines juives de l’Église

Une session importante a porté sur la place des croyants d’origine juive au sein des Églises chrétiennes. Johannes Fichtenbauer, diacre catholique, a distingué trois dimensions de cette restauration : le renouveau d’un judaïsme reconnaissant Yeshua de Nazareth comme Messie d’Israël, la redécouverte de l’identité juive des chrétiens d’origine juive et le retour des Églises à leur héritage biblique.

Des témoignages ont montré qu’il est possible de conserver son identité juive tout en appartenant pleinement à une Église chrétienne. La mission Mar Gamliel, récemment fondée à Jérusalem dans l’Église syriaque catholique par l’évêque Ephraïm – qui nous a rendu visite – en constitue une expression originale. Des gestes de bénédiction réciproque et le don de mezouzot ont exprimé cette reconnaissance nouvelle.

De Nicée à Jérusalem : dépasser la théologie du remplacement

Avec David Rudolph, professeur juif à la Kings University (USA), j’ai présenté une réflexion sur le concile de Nicée et ses conséquences pour les relations judéo-chrétiennes. Tout en reconnaissant l’importance fondamentale du Credo, nous avons souligné la nécessité de mieux expliciter ses racines juives.

D. Rudolph a évoqué la séparation entre la Pâque chrétienne et la Pâque juive, accompagnée d’un discours antijuif de Constantin. Le professeur catholique André Villeneuve a ensuite retracé les différentes formes de la théologie du remplacement, selon laquelle l’Église aurait pris la place d’Israël.

Une célébration symbolique des « funérailles » de cette théologie a constitué un moment marquant. Deux responsables, l’un juif (Dan Juster) et l’autre palestinien (Bassem Adranly), ont été libérés de bandelettes évoquant la résurrection de Lazare, avant de s’embrasser. Ce geste exprimait l’espérance d’une communion renouvelée.

Ruth, Noémi et le mystère de l’olivier

L’histoire de Ruth et Noémi a offert une autre image de cette communion. Ruth, la Moabite, accompagne fidèlement Noémi dans sa souffrance. Les participants venus des nations ont proclamé dans leurs langues : « Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu. »

La dernière session, consacrée au « Mystère de l’Olivier » de Romains 11, a rappelé que les croyants des nations sont greffés sur l’olivier d’Israël. « Ce n’est pas toi qui portes la racine, mais la racine qui te porte. » Cette communion demande humilité et renoncement à toute supériorité.

La vision s’est également élargie aux croyants d’arrière-plan musulman, considérés comme des signes d’espérance pour la réconciliation au Moyen-Orient.

Réflexion personnelle : une espérance à partager

Je repars de Jérusalem reconnaissant pour ces journées de prière, de témoignages et de rencontres. Elles ont renouvelé ma conviction que la communion avec le peuple juif touche au cœur du dessein de Dieu et de la vocation de l’Église.

Je garde particulièrement en mémoire ma prière au Golgotha le jour avant ce congrès, où la tête posée sur le trou où la tradition situe la croix du Christ, j’ai médité ce verset : « C’est lui qui est notre paix, de ce qui était divisé, il a fait une unité » (Eph 2,14). Tout part de l’adhésion à Yeshua, « doux et humble de cœur » qui ouvre un chemin là où les divisions semblent insurmontables.

Le tableau du peintre japonais Soichi Watanabe, en forme de carte postale, que j’ai distribué à tous les participants, l’exprime merveilleusement. Il est une méditation d’Éphésiens 2, texte qui était lu durant ces trois jours dans la liturgie catholique. Plus qu’une coïncidence : un appel d’en Haut !

Dans la perspective du Jubilé de 2033, j’espère qu’une rencontre fraternelle entre responsables juifs et chrétiens pourra se tenir à Jérusalem, comme un échange de dons et un signe de réconciliation. L’initiative JC2033, à laquelle je collabore, y travaille modestement en organisant chaque année un pèlerinage sur le chemin d’Emmaüs, durant lequel Églises et communautés sont visitées.

Cette espérance rejoint mon engagement œcuménique. L’unité est d’abord un don de Dieu à accueillir et une vocation à vivre. Que l’Esprit nous donne le courage de poursuivre ce chemin, dans la fidélité à la prière de Jésus : « Que tous soient un, Père, comme toi et moi sommes un ! Qu’ils soient un en nous, afin que le monde croie ! »


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