La spiritualité de l’unité et le pentecôtisme : une histoire partagée

Culte pentecôtiste au Brésil (Getty Images: EVARISTO SA)

Le pentecôtisme, en tant que mouvement spirituel né au début du XXᵉ siècle, a marqué le christianisme mondial. Par son accent sur l’expérience du Saint-Esprit, la prière fervente et la mission, il a redonné vitalité à la foi de millions de croyants, en particulier dans le Sud global. Pourtant, dans bien des contextes, son rapport à la théologie historique et à l’héritage doctrinal de l’Église ancienne demeure encore en voie d’approfondissement.

J’ai récemment participé à deux rencontres du mouvement des Focolari et ainsi pu réfléchir à la relation entre la « spiritualité de l’unité » qu’il incarne et celle du pentecôtisme. 

C’est dans ce contexte que s’inscrit la réflexion de Mayara Amaral Pazeto, jeune théologienne pentecôtiste brésilienne, une voix prometteuse du dialogue œcuménique latino-américain. Membre du mouvement Somos Um ainsi que d’autres plateformes et initiatives œcuméniques, elle fait partie de cette nouvelle génération de pentecôtistes qui souhaitent allier expérience spirituelle et ancrage théologique.

A la fin de l’article, je donne aussi la voix à Reydibel Mesa, théologienne pentecôtiste du Venezuela et à Sandra Ferreira, responsable du « Centre Uno », le centre oecuménique des Focolari.

Le témoignage de Mayara

En mars 2025, j’ai fait la connaissance de Mayara lors d’un congrès international du mouvement des Focolari, dans les environs de Rome. Elle a donné un témoignage personnel marquant. Animée par « la patience et l’espérance dans l’épreuve » (Rm 5, 3-5), elle a raconté qu’elle était le fruit d’une relation extraconjugale de son père et que cela était resté secret pendant longtemps. Dans la famille de son père, personne ne savait qu’elle existait et, dans la famille de sa mère, personne ne savait qui était son père. Son père, cependant, après s’être converti au Christ, est devenu pasteur pentecôtiste. À l’âge de dix ans, elle l’a rencontré et ce moment a été pour elle le signe d’une rencontre avec le Christ vivant, qui l’a conduite sur le chemin du pardon et de la réconciliation. À seize ans, elle a compris que Jésus l’appelait à une mission très spécifique. Lors d’une croisière organisée pour la remise des diplômes, elle a entendu le Seigneur lui dire : « Tu n’es pas née pour faire ce que font tes amis, Mayara, tu es à moi ! ». « L’épreuve est devenue une vocation », elle a confié sa blessure à la lumière du Christ, et cela s’est transformé en mission.

Plus tard, elle raconte une expérience émouvante avec le Saint-Esprit. Écoutons son témoignage :

« J’ai vécu l’expérience du baptême dans l’Esprit Saint le 14 décembre 2013. Ce jour-là, j’étais à l’église et, pour être honnête, tout cela me semblait un peu inhabituel.

Je faisais partie d’une communauté charismatique, mais mon cœur restait fermé, plein de questions. Cependant, ce jour-là, j’ai prié ainsi : « Jésus, je ne sais pas ce que c’est, mais aujourd’hui je veux ouvrir mon cœur. Si tu veux m’accorder cette grâce, me voici. »

Et c’est alors que tout a changé. J’ai senti comme si quelqu’un posait ses mains sur ma tête, et tout mon corps s’est enflammé, de la tête aux pieds, comme si je plongeais dans une profonde purification. Ce jour-là, j’ai eu une vision de mots écrits en lettres d’or devant moi, et à ce moment-là, j’ai su lire ce qui était écrit. C’est ainsi que j’ai commencé à prier en langues. Ce fut une expérience émouvante. Jésus m’a enseigné une grande leçon : lorsque j’ai ouvert mon cœur, l’Esprit est venu, et ma vie a été complètement transformée. Depuis ce jour, j’essaie toujours de garder le cœur ouvert à ceux que je rencontre. »

Par la suite, elle s’est inscrite au cours de théologie de l’Université pontificale catholique de São Paulo. C’est là qu’elle a compris sa vocation ; cette découverte l’a amenée à s’engager dans le dialogue entre catholiques et pentecôtistes et à contribuer au mouvement Somos um, dont la mission est d’édifier l’unité spirituelle et missionnaire des chrétiens au Brésil.

L’unité dans la spiritualité pentecôtiste : une expérience vivante de l’Esprit

Pour Mayara, l’unité ne s’organise pas : elle se vit. Vivre l’unité, c’est se laisser enflammer par l’Esprit jusqu’à ce que tout égoïsme fonde, transformant le « je » en « nous ». Et ce « nous » ne se referme pas sur lui-même : il est tourné vers la mission de l’Église. Ainsi, l’unité a un caractère missiologique : l’Esprit unit pour envoyer. L’unité n’est pas une fin en soi, mais le moyen par lequel Dieu agit dans le monde, jusqu’à ce que, par l’œuvre et la grâce de l’Esprit, nous parvenions à la pleine unité.

Depuis la célèbre adresse du 312 Azusa Street, des missionnaires ont été envoyés vers de nombreuses nations : l’unité dans l’Esprit est devenue unité dans la mission. Un siècle plus tard, les pentecôtistes, convaincus que le baptême dans l’Esprit donne aux chrétiens le pouvoir d’annoncer la Bonne Nouvelle, sont devenus une grande force d’évangélisation.

La lecture de Jean 17 clarifie cela : l’unité est une expérience mystique d’« être avec le Christ » – « Moi en eux et Toi en moi ». Nous avons ici l’idée d’habitation : le Christ en nous, et nous en Christ. Cette « habitation mutuelle » est ce que l’Esprit accomplit dans le chrétien. L’unité est un état de présence partagée, non une structure développée. Le même Esprit qui habite en différentes personnes crée un lien entre elles « afin qu’elles soient une » (Jn 17, 21).

C’est là le cœur du message de Jean 17 : Jésus affirme qu’il a déjà partagé sa gloire afin que nous soyons un. Il ne dit pas que nous jouirons de la gloire après avoir atteint l’unité, mais que c’est par elle que l’unité s’accomplit. D’où une question essentielle : qu’avons-nous fait de la gloire de Jésus ?

Sans gloire, il n’y a pas de véritable communion ; la gloire unit : des personnes différentes, des pays différents, des traditions différentes en une seule voix. Là où il y a de la gloire, il y a l’unité ; là où il y a l’unité, il y a de la gloire. C’est pourquoi la louange, la prière et l’adoration sont si importantes dans la spiritualité pentecôtiste ; c’est là que le peuple réuni en assemblée à l’unisson manifeste le peuple de Dieu qui l’adore. Dans cette communion vibrante, le peuple adore, chante et bénit le saint nom du Seigneur.

Une unité au service de la mission

Les pentecôtistes croient que Dieu unit son peuple afin qu’il puisse servir le monde. L’unité de l’Église est donc ordonnée à la mission : elle est un signe pour le monde. C’est en ce sens que l’unité peut être qualifiée de moyen.

Elle possède, en premier lieu, une dimension eschatologique — car, à la fin de l’histoire, tous seront réunis en présence du Seigneur dans l’unité —, mais c’est aussi une réalité missionnaire. Dieu nous unit pour que nous soyons des serviteurs, pour que notre unité devienne un témoignage d’amour concret, se manifestant dans le service.

Cette perspective découle de la conscience que le monde souffre et fait face à de nombreuses difficultés. Si l’amour chrétien ne se traduit pas en service, il perd son essence. C’est pourquoi l’unité est comprise à la fois comme un moyen et comme l’expression d’une humanité renouvelée face à la mission. Cette dimension missiologique est particulièrement chère au pentecôtisme.

En effet, lorsque le croyant fait l’expérience de l’Esprit, cela le conduit naturellement au service de la communauté. Il se demande alors : « Que puis-je faire ? ». L’expérience de l’Esprit est concrète : elle n’est ni idéalisée ni abstraite. L’Esprit n’est pas une idée ; il ne peut être réduit à une simple émotion passagère.

Ainsi, l’unité est à la fois un moyen au service de la mission et la plénitude même de l’Église en marche vers la Jérusalem céleste. Dans ce pèlerinage, l’Esprit accompagne le peuple de Dieu, le façonne et le transforme en peuple de l’Alliance.

L’accueil du Concile de Nicée dans le milieu pentecôtiste

« En ce qui concerne le Concile de Nicée », poursuit Mayara, « je ne dirais pas que toutes les Églises pentecôtistes — en particulier en Amérique latine — ont une compréhension profonde de ce que ce concile a représenté. Cependant, j’observe avec beaucoup d’espérance l’intérêt croissant des pentecôtistes pour la théologie et l’histoire de l’Église. »

Le pentecôtisme est né avant tout comme un mouvement fondé sur l’expérience spirituelle. Lorsque les premiers croyants, marqués par une rencontre intense avec l’Esprit, sont retournés dans leurs communautés, beaucoup ont été expulsés car ils ne pouvaient nier ce qu’ils avaient vécu. Le premier message pentecôtiste était avant tout expérimental, centré sur la rencontre avec Dieu, plus que sur l’enseignement doctrinal. Aujourd’hui, cependant, nous assistons à la consolidation de la théologie pentecôtiste et à une redécouverte de l’histoire ecclésiale.

Si nous considérons maintenant les Églises et les communautés qui cherchent à mettre en œuvre ce que le Concile de Nicée a signifié, nous ne trouverons pas nécessairement la récitation explicite du Credo. Cependant, les affirmations de foi qu’il contient sont bien présentes dans la vie et la foi des communautés. Tout ce que le Credo de Nicée a proclamé est implicitement confessé : dans la vie spirituelle et dans la foi des fidèles.

« Cela dit, si l’on me demandait si tous les pentecôtistes savent réciter le Credo de Nicée, je répondrais que non. Il reste encore un vaste travail à accomplir pour aider l’Église à contempler l’essentiel de la foi — ce qui a été défini de manière œcuménique et qui constitue le cœur même du christianisme », conclut Mayara.

Les pentecôtistes et la spiritualité de l’unité

Qu’ont en commun les pentecôtistes et les Focolari, demande Mayara ? Chiara Lubich et le mouvement des Focolari expriment un désir ardent de vivre l’Évangile, la même impulsion qui animait les premiers pentecôtistes.

Les deux mouvements sont nés d’une expérience de l’Esprit qui renouvelle l’Église. Leur point de convergence réside dans une spiritualité pneumatologique.

Les Focolari et les pentecôtistes peuvent se reconnaître dans la même impulsion de l’Esprit, qui appelle à la communion. Pour Chiara Lubich, la spiritualité des Focolari devait être, dans le monde, une manière d’être « sel et lumière ». Telle est aussi la perspective du pentecôtisme : un style de vie enraciné dans le mystère du Christ, accessible à tous — non seulement aux monastères, mais aussi aux hommes et aux femmes ordinaires, dans leurs activités et leurs services quotidiens.

Dans les deux cas, l’amour est le signe de la présence de l’Esprit. Il s’agit d’une communion réelle, et non d’une simple idée. Les pentecôtistes parlent de « renouveau » ; les Focolari, de « Jésus au milieu ». Là où il y a de l’amour, il y a l’Esprit. Là où il y a l’Esprit, il y a l’unité. Et là où il y a l’unité, le monde croit.

Le pentecôtisme exprime le cri de l’Esprit pour une Église vivante, tandis que les Focolari représentent la réponse d’une Église qui vit pour aimer.

Pour conclure, en partant de la spiritualité pentecôtiste, je crois que l’avenir de la mission chrétienne sera œcuménique et charismatique : un véritable Pentecôte de l’unité. Tout comme dans les Actes des apôtres (chap. 2), chacun dans sa propre langue, proclamant le même message. Une symphonie vivante qui prépare l’Église à la rencontre nuptiale du Christ avec les invités eschatologiques de toutes les nations. L’unité proposée par Dieu ne vise pas à effacer les différences, mais à les transfigurer, jusqu’à ce qu’il soit possible : « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! » (Ap 22, 17).

Reydibel, une vocation à l’unité 

Reydibel Mesa est une pentecôtiste vivant aujourd’hui dans une communauté des Focolari à Budapest. Elle est née au Venezuela dans une famille partagée entre deux confessions : son père est pentecôtiste et sa mère catholique. Elle a grandi auprès de sa grand-mère paternelle, femme de foi et fondatrice de l’Église pentecôtiste de sa ville. C’est auprès d’elle qu’elle a découvert la prière, la confiance en Dieu et la force de l’Esprit Saint. Sa grand-mère lui a transmis une foi simple et solide, fondée sur la conviction que Dieu ne nous abandonne jamais.

Baptisée et formée dans l’Église pentecôtiste, Reydibel y a appris à se laisser guider par l’Esprit. À l’adolescence, elle rencontre le mouvement des Focolari et découvre chez ces jeunes catholiques un même désir de vivre l’Évangile au quotidien. Surprise et touchée par leur témoignage, elle participe à un congrès où Chiara Lubich cite cette parole de Jésus : « Père, que tous soient un » (Jn 17,21). Ce verset résonne profondément en elle, comme un appel personnel : « Vis pour cela. » Depuis ce jour, une passion pour l’unité habite son cœur.

Cette expérience la pousse à s’engager dans le dialogue entre Églises. Dans sa ville, elle participe chaque année à la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, où catholiques, baptistes, presbytériens et pentecôtistes prient ensemble. Elle découvre alors une atmosphère de fraternité dans laquelle les différences s’effacent devant la présence de Jésus. Malgré les incompréhensions, cette démarche œcuménique devient pour elle une source de joie et de fidélité à l’Évangile.

Peu à peu, Reydibel ressent l’appel de Dieu à se consacrer au sein du mouvement des Focolari. Ce choix ne fut pas simple : ni sa famille ni sa communauté ne comprenaient comment elle pouvait vivre parmi des catholiques tout en demeurant pentecôtiste. Le moment décisif fut celui où sa grand-mère, avec une douceur désarmante, lui dit : « Je crois que Jésus est heureux de ton choix », avant de lui donner sa bénédiction. Son pasteur, lui aussi, l’encouragea : « Si l’Esprit te conduit là-bas, suis-le. »

Aujourd’hui, Reydibel vit à Budapest dans une communauté Focolare. Elle y découvre une fraternité concrète, fondée sur la prière, le service et l’écoute mutuelle. Être pentecôtiste parmi des catholiques n’est pas pour elle une contradiction, mais une vocation : vivre le rêve de Jésus, « que tous soient un. » Elle en est convaincue : l’unité est possible, car l’Esprit Saint ne connaît pas de frontières.

Le mouvement pentecôtiste : une réactualisation du baptême chrétien

Lors de la rencontre en ligne du 1er novembre 2025, Sandra Ferreira, co-directrice du Centre pour l’unité chrétienne du mouvement des Focolari et également brésilienne, a estimé que tous les mouvements nés dans les différentes Églises sont des œuvres de l’Esprit Saint, des charismes donnés à l’Église pour aujourd’hui. On pourrait dire que chacun de ces mouvements représente une vivification de la foi chrétienne et une actualisation du baptême.

« Je vois là comme une image du baptême dans l’Esprit Saint, car ce baptême est une manière de se réapproprier le don que Dieu nous a fait. Que nous ayons été baptisés enfants ou adultes, peu importe : nous sommes appelés à redécouvrir ce don et à le faire fructifier. Il s’agit d’une prise de conscience plus profonde de notre identité chrétienne, » affirme-t-elle.

Beaucoup de personnes, une fois baptisées, ne vivent plus réellement comme des chrétiens. Pourtant, le baptême n’est pas seulement un rite du passé : il est donné pour que nous vivions aujourd’hui ce que nous avons professé à ce moment-là (ou ce que nos parents ont professé).

Ainsi, chaque charisme suscité par l’Esprit aide les chrétiens, à sa manière propre, à vivre plus consciemment leur foi et leur vocation baptismale. Vivre avec une conscience renouvelée de ce que signifie être chrétien, c’est en quelque sorte réactualiser notre baptême, lui redonner toute sa force spirituelle et missionnaire.

« Cette perspective est belle, car elle nous invite à reconnaître dans le mouvement pentecôtiste – comme dans d’autres mouvements spirituels – une œuvre de l’Esprit qui ravive la foi des croyants et ranime la grâce du baptême. C’est une invitation à vivre pleinement ce que nous avons reçu, dans la joie et la puissance de l’Esprit Saint, » conclut S. Feirreira. 

Conclusion : une « histoire partagée »

À travers ces voix se dessine une vision renouvelée du pentecôtisme, enracinée dans la conviction que l’Esprit Saint est le protagoniste de l’unité et de la mission de l’Église. Loin d’être un mouvement marginal, le pentecôtisme apparaît comme une force spirituelle et théologique capable de raviver la foi et la conscience baptismale des chrétiens et de réconcilier expérience et doctrine, ferveur charismatique et enracinement ecclésial.

L’unité, dans cette perspective, n’est pas un concept abstrait ni un programme institutionnel : elle est une expérience vivante, une réalité mystique façonnée par la présence du Christ dans son peuple. L’Esprit transforme le « je » en « nous » et fait de la communion fraternelle le moteur même de la mission. Ainsi, l’unité devient à la fois moyen et finalité, don et tâche, adoration et envoi.

La redécouverte du Credo de Nicée dans le milieu pentecôtiste s’inscrit dans ce mouvement de maturation. Elle rappelle que la foi confessée dans les premiers conciles demeure la base sur laquelle toute expérience spirituelle doit se déployer. Ce retour aux fondements chrétiens, vécu dans la liberté et la créativité de l’Esprit, ouvre un espace fécond pour un œcuménisme charismatique, où la confession commune de la Trinité s’unit à la vitalité du témoignage.

Enfin, comme le souligne Sandra Ferreira, le pentecôtisme peut être compris comme une vivification de la foi et une réactualisation du baptême chrétien : il réveille la grâce endormie, ranime la joie de croire et appelle les chrétiens à vivre pleinement ce qu’ils professent. En ce sens, il ne s’oppose pas à la tradition, mais l’actualise dans la puissance de l’Esprit.

Je ne peux que confirmer cela à partir de mon propre itinéraire. Il y a cinquante ans, j’ai moi-même vécu une expérience de “baptême dans l’Esprit Saint”, inoubliable, alors que je ne connaissais rien du renouveau charismatique ni du pentecôtisme. Cette rencontre fondatrice avec le Christ vivant est devenue l’axe spirituel de ma vie (voir ici mon témoignage). Tout en demeurant enraciné dans mon Église réformée, j’ai progressivement été exposé à la spiritualité charismatique et au mouvement pentecôtiste.

Au fil des années, cette ouverture s’est transformée en histoire partagée avec des frères et sœurs d’autres traditions chrétiennes. J’emploie ici la notion « d’histoire partagée » développée par Friedrich Wilhelm Graf, selon laquelle les confessions ne sont pas des mondes clos, mais des traditions enchevêtrées (Verflechtungsgeschichte)[1]. Elles partagent plus d’histoire qu’elles ne veulent bien l’admettre : elles ont évolué ensemble, affronté les mêmes crises, appris les unes des autres. Dans cette perspective, nos chemins ecclésiaux et personnels s’inscrivent dans une histoire spirituelle commune, où l’Esprit Saint tisse des liens inattendus entre les traditions. 

Aujourd’hui, je vis avec gratitude cette communion concrète. Pasteur réformé, membre du mouvement des Focolari (voir ici quelques publications sur ce lien), je collabore avec des pentecôtistes dans plusieurs initiatives, notamment le Forum chrétien romand et francophone et JC2033.

Peut-être est-ce là un signe de notre temps : dans la diversité des dons et des expressions ecclésiales, l’Esprit Saint prépare une nouvelle Pentecôte, où la louange, la foi et l’amour se rejoignent pour annoncer ensemble le Christ, « Dieu et Sauveur », jusqu’à ce que l’Esprit et l’Épouse puissent dire d’une seule voix : « Viens ! ».


[1] Sur la notion d’« histoire partagée », voir Friedrich Wilhelm Graf, Die Wiederkehr der Götter. Religion in der modernen Kultur (Munich, C.H. Beck, 2004). Graf y distingue trois modèles pour comprendre le pluralisme religieux moderne : le marché religieux, le champ religieux et la shared history. Ce dernier met en lumière le fait que les confessions religieuses, loin d’évoluer isolément, partagent une histoire commune marquée par des influences réciproques, des crises partagées et des apprentissages mutuels.


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