« Reste avec nous, car le soir vient »

Sur le chemin d’Emmaüs (Tableau de Soichi Watanabe)

Le mouvement des Focolari m’a demandé de commenter la « Parole de Vie » du mois d’avril pour sa zone germanophone — Allemagne, Autriche et Suisse alémanique. Elle est tirée du récit du chemin d’Emmaüs (Luc 24,29).

C’est un chemin que j’aurais dû parcourir moi-même ce mois-ci, avec un groupe, dans le cadre de JC2033… Mais la guerre actuelle a rendu ce projet impossible. Nous l’avons renvoyé à l’année prochaine, après Pâques.

 « Reste avec nous, car le soir vient. » 

Deux disciples quittent Jérusalem, découragés par la mort de Jésus, le jour précédent. Ils espéraient tant, et voilà que tout semble perdu. Sur le chemin conduisant au village d’Emmaüs, un étranger les rejoint. Il écoute leur peine puis leur explique les Écritures : leur cœur se réchauffe sans qu’ils sachent encore qui il est. Arrivé au village, l’étranger fait mine de continuer sa route. Mais ils l’invitent avec insistance : « Reste avec nous, car le soir vient. » (Luc 24.29). Et l’étranger accepte. Durant le repas, il prend du pain et rend grâce devant les disciples, avant de disparaître. Alors leurs yeux s’ouvrent et ils reconnaissent que c’est Jésus. Tout de suite ils rentrent à Jérusalem pour annoncer la grande nouvelle de la résurrection aux autres disciples. 

« Reste avec nous, car le soir vient. » Cette parole paraît simple, presque banale. Pourtant, certains Pères de l’Église y reconnaissent le cri de l’âme qui ne veut pas sombrer dans l’obscurité : sans le Christ la nuit envahit tout, mais avec lui, même la nuit devient lumière. D’autres soulignent que Jésus fait mine de s’éloigner pour éveiller notre désir de le retenir : il attend que nous l’invitions. Pour Augustin, les mots « reste avec nous » symbolisent notre prière et notre désir de la présence permanente du Christ, non seulement lors d’un repas, mais dans toute la vie chrétienne.

 « Reste avec nous, car le soir vient. » 

Cette supplication des disciples est aussi la nôtre. Aujourd’hui encore, les nuits ne manquent pas. Dans notre monde, ce sont les guerres, les injustices, les violences, mais également la solitude qui grandit, le vide spirituel, la souffrance d’une création blessée. Dans nos vies personnelles, les nuits prennent le visage de la maladie, du deuil, de l’angoisse, du découragement et de tant d’autres désolations.

Il existe aussi des nuits plus intérieures : la « nuit de la foi » quand Dieu paraît absent et la prière inutile. Et certains parlent même d’une « nuit de l’esprit », une obscurité où toute consolation disparaît. Épreuve douloureuse, mais chemin de purification où Dieu agit en profondeur pour nous unir à lui.

C’est cette nuit que Jésus a vécue lorsque, sur la croix, il crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27,46). Chiara Lubich écrit qu’il a traversé toutes nos nuits : il est « la Lumière qui se fit ténèbres et l’Amour désunité[1]. » Dès lors nos nuits sont habitées par sa présence et peuvent devenir un lieu de rencontre avec lui. Vécues seules, ces ténèbres écrasent ; partagées dans l’amour réciproque, elles s’effacent, laissant place à la joie promise par l’Évangile.

  « Reste avec nous, car le soir vient. » 

Cette parole des disciples n’appartient pas seulement au récit de Luc. Elle nous est donnée aujourd’hui comme une prière qui peut devenir la nôtre. Dans nos nuits personnelles et dans les nuits du monde, nous pouvons la dire avec confiance.

Il y a quelques années, j’ai traversé une telle nuit, à la suite d’un conflit de travail. Elle a duré plus de deux ans. Cette prière « reste avec moi » habitait souvent mon esprit. J’ai aussi partagé ce que je vivais avec un groupe chrétien. Une forte unité s’est ainsi construite, avec la présence spirituelle du Ressuscité parmi nous. Elle m’a donné un encouragement et une lumière. D’autres chemins se sont alors ouverts devant moi. 

Le Christ répond à qui l’invite. Il demeure par sa Parole qui éclaire, par le Pain partagé où il se donne, par la présence fraternelle, parfois sous les traits de l’étranger. Le Ressuscité qui a parcouru toutes les vallées obscures nous accompagne dans les nôtres. Ne tardons pas à l’invoquer en étant unis en son nom et, avec les disciples d’Emmaüs, sortons pour annoncer cette bonne nouvelle : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité.[2] »

Quelques suggestions pour réfléchir et échanger :

•    Où est-ce que je vis l’obscurité, la nuit, la désunion ? 

•    Puis-je partager ces expériences avec d’autres ? Avec qui ?

•    Où ai-je trouvé du réconfort, de l’aide, de la lumière, voire même vécu la résurrection ?

Martin Hoegger, Lausanne


[1] Cité par Giuseppe Maria Zanghí, La creazione. 3. La persona e le sue notti, in Nuova Umanità, XXXVI (2014/4-5), p. 352 

[2] Luc 24,34


Publié

dans

par

Étiquettes :

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *