Guérir la relation entre juifs et chrétiens dans la perspective de 2033


L’année 2025 a marqué le 1700e anniversaire du concile de Nicée, événement fondateur pour l’Église, au cours duquel fut confessée la foi en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. Cet anniversaire a constitué une occasion privilégiée de rendre grâce pour l’héritage doctrinal reçu, mais aussi de relire avec lucidité les conséquences historiques de ce concile, notamment dans les relations entre juifs et chrétiens.

C’est dans cette perspective que j’ai été amené à réfléchir à nouveau sur Nicée à deux reprises cette année-là. Une première fois lors du 16e Congrès international d’ecclésiologie à Thessalonique en septembre, puis une seconde lors de la rencontre « Vers un concile de Jérusalem II » de (TJCII) qui a eu lieu à Jérusalem. Ces deux contextes, l’un académique, l’autre ecclésial et spirituel, m’ont confirmé l’importance d’inscrire la commémoration de Nicée dans un chemin plus large, orienté vers 2033, année du jubilé des deux mille ans de la résurrection du Christ.

Nicée et l’éclipse de l’ecclesia ex circumcisione

Le concile de Nicée a joué un rôle décisif dans la clarification de la foi christologique. Cependant, il s’inscrit aussi dans un processus historique de séparation croissante entre l’Église et le judaïsme. L’une des conséquences majeures de ce processus fut l’éclipse progressive de l’ecclesia ex circumcisione, “l’Église issue de la circoncision”, du judaïsme croyant en Jésus.

L’Église primitive, les disciples, les apôtres et surtout Jésus étaient tous  juifs. Puis, dans les années qui ont suivi, l’Église apostolique a connu une communion vivante entre Juifs et non-Juifs ; cependant, cette composante juive de l’Église fut progressivement marginalisée, puis rendue invisible. Les conciles dits « œcuméniques », depuis Nicée jusqu’au VIIe siècle, se sont déroulés sans la participation de cette Église issue de la circoncision, contribuant à une compréhension unilatérale de l’unité ecclésiale.

Or, depuis une cinquantaine d’années, l’ecclesia ex circumcisione connaît une forme de résurgence, notamment à travers les communautés messianiques. Cette réalité constitue un appel adressé à toutes les Églises. Elle interroge les catégories ecclésiologiques héritées et oblige à repenser la relation entre Israël et l’Église à la lumière de l’Écriture et de la foi apostolique.

Ma participation, durant près de vingt ans, à plusieurs « Montées de Jérusalem », ainsi que mes rencontres avec des communautés messianiques en Israël et avec diverses Églises historiques, m’ont permis de mesurer la profondeur de ce défi. Plus récemment, la rencontre de TJCII à Jérusalem, avec des croyants juifs en Jésus venus de différents pays, a confirmé que cette question dépasse largement le cadre local et concerne l’Église universelle.

L’initiative TJCII pose une question centrale : comment transformer l’éclipse historique de l’ecclesia ex circumcisione en un accueil réciproque et structurant pour l’Église ? Sa réponse s’inscrit dans une logique biblique et ecclésiale : convoquer un concile où cette Église serait pleinement partie prenante.

Le parallèle avec le premier concile de Jérusalem est éclairant. En Actes 15, l’Église a discerné les conditions d’accueil des croyants issus des nations dans la nouvelle alliance en Jésus, le Messie d’Israël. Aujourd’hui, un second concile de Jérusalem aurait pour vocation de discerner les conditions d’une communion pleinement restaurée entre les juifs qui croient en ce même Messie et l’Église issue des nations, sans assimilation ni effacement des identités.

L’horizon de 2033 : résurrection et réconciliation, un chemin d’humilité

C’est dans cette perspective que le chemin vers 2033 prend toute sa signification. Le jubilé des deux mille ans de la résurrection ne peut être qu’une simple commémoration. Il appelle l’Église à revenir à la source même de sa foi et de sa mission. Or la résurrection du Christ confirme à la fois la fidélité de Dieu aux promesses faites à Israël et l’ouverture du salut aux nations.

A l’issue de la rencontre oecuménique vécue à Iznik, l’antique Nicée, en novembre 2025, le pape Léon XIV a invité toutes les Églises à « parcourir ensemble le chemin spirituel qui mène au Jubilé de la Rédemption en 2033 », à la source de notre foi, à Jérusalem (Cf. Vatican News). Ce chemin ne pourra pas se faire sans le judaïsme et en particulier sans cette Église issue de la circoncision! Prions et travaillons pour qu’en 2033 une accolade fraternelle soit donnée !

Selon les paroles de Syméon, Jésus est « lumière pour les nations et gloire d’Israël » (Luc 2.32).  Le jubilé de 2033 ne pourra donc être authentiquement célébré sans un approfondissement de la réconciliation entre juifs et chrétiens, et sans un accueil renouvelé de l’ecclesia ex circumcisione comme une dimension constitutive de l’unique peuple de Dieu.

La relecture critique du concile de Nicée, loin d’affaiblir la foi de l’Église, peut au contraire la purifier et la rendre plus conforme à l’intention originelle de Dieu. Accueillir l’ecclesia ex circumcisione ne relève pas d’une option secondaire, mais touche au cœur même de l’unité de l’Église.

Prions et travaillons pour que le chemin vers 2033 soit marqué par l’humilité, la repentance, l’écoute de l’Esprit et une grande effusion de sa grâce. Alors l’Église pourra davantage correspondre à ce que son Seigneur a voulu pour elle : une communion réconciliée entre juifs et gentils, vivant selon l’appel de l’apôtre Paul : « Accueillez-vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu » (Romains 15.7).

Pour un article plus complet sur cette question, voir https://www.hoegger.org/article/nicee-judaisme/ 

Image : Les escaliers de Saint Pierre en Gallicante à Jérusalem, lieu traditionnel où Jésus aurait prononcé sa prière pour l’unité (Jean 17)


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