Vivre de la Parole au désert

« Nous ne vivrons pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, » dit Jésus, citant une parole de l’Ancien Testament, dans l’évangile de Matthieu (chap. 4.)

Quelle grâce de pouvoir entrer dans ce temps de carême en partageant avec vous, chères Sœurs de Saint-Maurice, ici à la Pelouse sur Bex, ce moment de retraite et de Lectio Divina. Grâce aussi pour celles et ceux qui s’unissent à cette démarche d’écoute. La lecture est dite « divine » par son objet, car elle nous met en présence de la Parole de Dieu. Elle est divine également par son effet, parce qu’elle transforme celles et ceux qui l’accueillent.

L’apôtre Paul, avec Sylvain et Timothée, rend grâce pour cette force de transformation à l’œuvre chez les Thessaloniciens. Cette communauté, composée de Juifs et de Grecs, est devenue peuple de Dieu en accueillant la Parole. Ce que Dieu a fait pour eux, il veut l’accomplir encore aujourd’hui pour nous.

Au début de ce carême, nous nous mettons à l’écoute. Ici, à la Pelouse, le pain ne manque pas, et il est bon. Mais il y a aussi le jeûne, parfois exigeant, qui ouvre un espace intérieur. Vous allez bientôt vivre une semaine de jeûne ; cela demande du courage. Le jeûne nous apprend que le pain ne suffit pas. Il faut que la Parole devienne nourriture. Car notre vocation est de vivre de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

La vocation d’Israël et notre appel

« Nous ne vivrons pas seulement de pain. » Cette parole, tirée du livre du Deutéronome, rappelle la vocation d’Israël au désert. Une vocation irrévocable. Comme le dit Paul, les dons et l’appel de Dieu sont sans retour (Rom 11). Jusqu’à aujourd’hui, Israël est appelé à vivre la Parole, à pratiquer la justice, à aimer la miséricorde et à marcher humblement avec Dieu.

Cette vocation, à travers Jésus Christ, s’est élargie aux nations, aux Thessaloniciens d’hier et à nous aujourd’hui. Elle tient en un mot : écouter. « Shema Israël. » « Écoute. Le Seigneur est ton Dieu, le Seigneur est un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force… et ton prochain comme toi-même. » (Deut 6).

Jésus a vécu cette écoute de tout son être, de sa naissance jusqu’à la croix. Et son ministère s’ouvre par le récit des tentations. Au désert, il est conduit pour apprendre, dans l’épreuve, à faire de la Parole son pain.

Les tentations : trois relations à purifier

Après quarante jours et quarante nuits, Jésus eut faim. Le tentateur s’approche : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Jésus répond par l’Écriture : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu »

La première tentation touche à la relation à soi-même. La faim est réelle. Le besoin est légitime. Mais il s’agit de savoir de quoi nous voulons vivre. Le jeûne met en lumière nos dépendances. Il révèle ce qui nous gouverne. Jésus refuse de faire de la satisfaction immédiate le centre de son existence. Il choisit de recevoir sa vie du Père.

La deuxième tentation concerne la relation à Dieu. Au sommet du Temple, le tentateur cite lui aussi l’Écriture : « Jette-toi en bas. Dieu enverra ses anges. » Jésus répond : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. » La confiance n’est pas une mise à l’épreuve. Elle n’exige pas de signes spectaculaires. Elle s’enracine dans l’abandon.

La troisième tentation touche à la relation aux autres. Du haut d’une montagne, le tentateur montre tous les royaumes du monde et leur gloire : « Tout cela sera à toi si tu te prosternes devant moi. » C’est la tentation du pouvoir et de la domination. Les richesses et les possessions peuvent devenir des moyens d’asservir. Jésus refuse d’adorer un autre que Dieu. Il choisit la voie du service.

Dans ces trois épreuves, ce sont les trois grandes relations de notre vie qui sont en jeu : relation à soi-même, relation à Dieu, relation aux autres. Le tentateur cherche à les désordonner. Jésus, en s’appuyant sur la Parole, les rétablit dans leur vérité.

Les piliers d’une vie ajustée

Ces trois dimensions se retrouvent dans l’enseignement de Jésus, notamment dans le sermon sur la montagne : le jeûne, l’aumône et la prière. Le jeûne concerne notre rapport à nous-mêmes. L’aumône, ou le partage, exprime notre rapport aux autres. La prière fonde notre relation à Dieu. (Matt. 6).

L’apôtre Paul, dans la lettre à Tite, parle aussi de sobriété, de justice et de piété. Sobriété dans la manière de vivre et de désirer. Justice dans les relations humaines. Piété comme orientation du cœur vers Dieu.

Le carême nous offre un temps pour laisser ces trois dimensions s’harmoniser. Le jeûne ne se limite pas à l’abstention de nourriture. Il peut prendre des formes variées. Il s’agit toujours de créer un espace pour que la Parole trouve en nous un terrain disponible.

Un temps d’écoute renouvelée

Au désert, Jésus montre ce que signifie vivre en fils. Il ne s’appuie pas sur la puissance, ni sur le prestige, ni sur la satisfaction immédiate. Il s’appuie sur la Parole. Il en fait sa nourriture.

Que ce temps de carême, ici à la Pelouse et là où chacune retournera, soit un temps d’écoute renouvelée. Que la Parole ne reste pas un texte lu ou un discours entendu, mais qu’elle devienne une force qui oriente nos pensées, éclaire nos choix et façonne nos relations.

Prenons chaque jour un moment pour la méditer, la prier et la mettre en pratique. Alors nous comprendrons, par expérience, que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Photo: Monastère de la tentation, Jéricho


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